Instagram privilégierait certains canons de beauté

AFP / D. Charlet

Instagram privilégierait-il un certain canon de beauté et la peau nue? Une étude a soulevé la question en se basant sur l’analyse des photos apparaissant dans le fil d’utilisateurs volontaires, tandis que des influenceuses censurées se plaignent des « erreurs » de l’algorithme.

Pour avoir du succès sur Instagram, rien ne vaudrait une pose lascive en maillot de bain, si l’on en croit la banalité de ces images dès l’ouverture de l’application.

La star de téléréalité américaine Kylie Jenner semble avoir appliqué récemment ce précepte en postant une photo en bikini pour appeler ses 197 millions d’abonnés à s’enregistrer sur les listes électorales avant la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis. Cette démarche est-elle encouragée par l’algorithme du réseau social, la formule secrète qui régit les contenus sur la plateforme?

Selon une enquête de l’organisation AlgorithmWatch parue en juin, la réponse est oui. « Nos résultats permettent d’affirmer qu’une photo de femme en sous-vêtement ou maillot de bain est montrée 1,6 fois plus qu’une photo d’elle habillée. Pour un homme, ce taux est de 1,3 », ont affirmé sur Mediapart deux auteurs de l’étude, Nicolas Kayser-Bril et Judith Duportail.

D’après les auteurs de l’étude, il pourrait notamment s’appuyer sur un « niveau de nudité » calculé lorsque l’image est publiée sur le réseau. Ils citent un brevet déposé en 2011 par Facebook (qui a racheté Instagram l’année suivante), protégeant un système pour identifier la peau via des bandes de couleur spécifiques.

Instagram réagit

Cette étude est « complètement biaisée », a rétorqué une porte-parole d’Instagram interrogée par l’AFP. « L’algorithme regarde le temps passé sur certains types de contenus, les interactions, et affiche en priorité » les contenus qui plaisent à chaque abonné, mais « il n’y a pas de brevet qui mette en avant la nudité, ça n’a pas de sens ».

La sensation d’être confronté à des images similaires, en l’espèce des photos dénudées, viendrait donc des habitudes de l’utilisateur, qui pourrait s’en extraire en faisant « un petit pas (de côté), pour aller rechercher d’autres types d’images », fait valoir la porte-parole.

Instagram est d’ailleurs parallèlement accusé de pudibonderie, et surtout de manque d’objectivité dans l’application de ses propres règles sur la nudité. Celles-ci interdisent notamment les « gros plans sur des fesses complètement exposées » et les « mamelons de femmes découverts », mais dans plusieurs cas, la modération a supprimé avant de rétablir des photos de femmes nues, montrant leurs formes et leurs bourrelets.

Instagram réfute toute « censure sur une certaine catégorie de personnes. Il arrive qu’on fasse des erreurs, soit via l’algorithme, soit humaines », a reconnu sa porte-parole. Mais nous ne calculons pas « un pourcentage de peau » apparente pour appliquer les critères de modération, « c’est une légende urbaine. »