Midam : « J’ai toujours rêvé d’avoir Kid Paddle sur un verre à moutarde »

Ph. Daniel Fouss / Centre Belge de la Bande Dessinée

En cette fin d’année, Midam est de retour avec un nouvel album de « Game Over » et de « Kid Paddle ». Jusqu’au printemps prochain, l’auteur et illustrateur bruxellois est mis à l’honneur au musée de la BD avec l’exposition « Itinéraire d’un kid de Bruxelles ».

Comment est née cette expo ?

« De manière très simple, par un coup de téléphone au mois de juin. Quelqu’un du musée m’a demandé si j’étais intéressé de faire une expo. Je m’imaginais que c’était pour 2021 ou 2022, mais c’était dans trois mois ! Au début, j’étais extrêmement sceptique car ça demande beaucoup de travail. Mais finalement, je me suis dit que comme j’ai déjà fait pas mal d’expos-ventes et que j’avais beaucoup de planches et de croquis encadrés. C’était déjà un gros travail en moins car j’avais déjà du matériel à exposer et je me suis dit que c’était faisable »

Qu’est-ce qui était important à vos yeux ?

« Je voulais surtout que ce soit dense. Je n’aime pas du tout les expos où tu n’es pas guidé, où tu dois juste regarder des planches ou des peintures. J’ai donc essayé de légender au maximum en mettant des anecdotes en-dessous des planches exposé es. C’est le genre de chose que j’aime bien et qui permet au visiteur de rentrer un peu dans le métier de l’auteur. »

Ph. Daniel Fouss / Centre Belge de la Bande Dessinée

Et il n’y a pas que des dessins, il y a votre diplôme aussi !

« Oui, ça c’est une revanche ! »

Kid Paddle a plus de 25 ans. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre œuvre ?

« Je pense que je suis arrivé au bout d’un cycle. Je peux trouver des gags et continuer à en trouver mais le problème est que je n’ai plus rien à me prouver en faisant de la bande dessinée. Aujourd’hui, j’ai besoin d’autres défis et l’un de ces défis est de pérenniser ce que j’ai commencé. C’est le plus beau cadeau que je puisse me faire et faire aux lecteurs, c’est-à-dire pouvoir prétendre que Game Over et Kid Paddle continueront toujours avec une bonne qualité. C’est très difficile mais on s’organise. Je cherche des assistants graphiques et des scénaristes. Pour le moment, je me complais dans un rôle de chef d’orchestre où de temps en temps, je descends dans l’orchestre pour faire une petite partition et expliquer des arrangements. Ça me plait bien d’avoir cette vision globale et ça me laisse beaucoup de temps et d’opportunités pour travailler l’esthétique de Kid Paddle mais à travers des matériaux plus nobles. »

N’avez-vous jamais eu peur du syndrome de la page blanche ?

« J’ai eu peur à un moment. Pendant quelques années, je me suis dit qu’on avait une sorte de réservoir à idées au-dessus de la tête dont on ne savait pas mesurer la jauge et quand il est vide, il est vide. Aujourd’hui, je suis tout à fait rassuré et je suis convaincu qu’il s’agit en fait simplement d’un mode de pensée. Si je me convaincs que Kid a une certaine vision du monde, je peux voir n’importe quel événement à sa manière. Par exemple, un pot de confiture périmé sera un fût nucléaire et je peux utiliser et reporter cette situation sur plein de situations quotidiennes. Encore aujourd’hui, et c’est un défaut professionnel qui m’a souvent valu des problèmes d’ordre privé, il y a toujours une partie de mon cerveau focalisée sur la possibilité d’avoir un gag ou une idée. Au restaurant ou si quelqu’un me parle de sa vie, je ne suis jamais complètement focalisé sur la personne. C’est une déformation professionnelle mais c’est aussi ça qui me permet de produire beaucoup d’idées et de scénarios. »

Croquis Kid Paddle © Midam

Est-ce que vous vous fixez certaines limites voire une forme de censure dans les gags ?

« Oui bien sûr. Je reçois pas mal de gags destinés à Game Over où la finalité est toujours que la princesse ou le barbare meurt. On m’a déjà proposé des gags où la princesse mourrait à l’hôpital du sida. L’équation est bonne mais l’aspect malsain est trop important. Une princesse dont le cerveau a complètement explosé et repeint tout une pièce, c’est beaucoup moins grave qu’une princesse qui meurt du cancer. Ce sont des censures qui se font naturellement mais tout le monde n’a pas cette délicatesse. »

Les objets dérivés de Kid Paddle sont également présents dans l’expo. Pourquoi sont-ils si important pour vous ?

« Ce sont des ambassadeurs. Quand j’étais enfant, le fait d’avoir un personnage que tu as créé sur un objet usuel, c’était pour moi une consécration de notoriété. J’ai toujours rêvé d’avoir Kid Paddle sur un verre à moutarde. Une grande partie de la profession hait ce type de BD populaire. D’ailleurs certains nous considèrent comme des héros de verres à moutarde. Mais ça a toujours été important pour moi. Mais parfois, la technique ne suit pas. Actuellement, on travaille sur une boule à neige dans laquelle il y a le petit barbare à moitié défiguré. Au final, ce n’est pas ce que je veux. Ils ont juste mis des paillettes vertes. Normalement, il aurait fallu de l’eau verte pour faire penser à de l’acide. »

Ph. T. Wallemacq

Il y a aussi des fans qui se font tatouer, avec plus ou moins de réussite…

« Il y a des tatoueurs qui se disent qu’ils vont réinventer Kid Paddle et qui le dessinent à main levée. Parfois, le résultat est vraiment triste. Alors quand on me demande un tatouage, quand je peux le faire, je fais gratuitement le dessin. C’est une publicité à vie.

Thomas Wallemacq

L’exposition « Itinéraire d’un Kid de Bruxelles » est visible jusqu’au 7 mars 2021 au Centre Belge de la Bande Dessinée.