Le #Jegardemespoils enflamme les réseaux sociaux

Ph. Twitter

Le hashtag « #Jegardemespoils » a fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux en quelques heures seulement, permettant à celles qui assument et leurs poils et leur féminité de réaffirmer leur engagement en la matière. Les témoignages affluent pour donner de la visibilité à ce combat. 

A l’origine, Mélanie avait simplement tweeté une réflexion sur le fait qu’elle trouvait les termes « prise mâle » et « prise femelle » déplacés en électricité. Un compte anti-féministe était alors monté au créneau en postant une photo d’elle avec ses poils, qu’elle avait pu partager par le passé. De nombreux commentaires négatifs avaient alors afflué, donnant raison à cette forme de harcèlement.

Heureusement, de nombreuses femmes ont été là pour prouver à Mélanie qu’elle n’était pas seule à garder ses poils et le sujet est devenu viral, avec le #jegardemespoils. De nombreuses femmes ont ainsi apporté leurs témoignages et ont exprimé les raisons pour lesquelles elles conservaient leur pilosité, quel que soit l’endroit.

Sara livre sa vision des choses

Sara, 26 ans, étudiante en journalisme, se confie sur les raisons qui l’ont poussée à arrêter de s’épiler, et s’exprime sur le regard des autres et les diktats de la beauté qui semblent avoir la dent dure.

Pourquoi avoir décidé d’arrêter de vous épiler ? Y a-t-il eu un déclencheur ? 

Ça a été un processus très lent. J’ai mis à peu près 4 ans avant de vraiment prendre la décision d’arrêter de m’épiler, et ce n’est pas une mais plusieurs choses qui m’ont poussée à le faire. Le prix d’abord, car ça coûte cher de se faire épiler les jambes complètes, le maillot, et les aisselles, mais aussi la douleur. C’est aussi un acte féministe. Ça me dérangeait d’avoir à faire ce genre d’efforts, sachant qu’il y en a tant d’autres à faire en tant que femmes, donc j’ai pris la décision d’arrêter. Je me suis dit pourquoi faire un truc qui me fait du mal, qui me coûte de l’argent, et qui en plus, au fond, ne sert pas à grand-chose.

Est-ce que ça a été une décision facile à prendre ? 
Non, évidemment il y a toute une espèce de chape de plomb à détruire avant de pouvoir faire cela. Même maintenant, après 4 ans, je repère facilement les hommes et les femmes qui regardent mes jambes ou mes aisselles, donc je ne suis pas complètement vaccinée contre ce type de réactions.

Quel est le regard des autres à ce sujet ? Avez-vous déjà eu des remarques ? 
Globalement, le regard des autres est à la fois assez positif, assez je-m’en-foutiste, et parfois un peu critique. Mais ce n’est pas du tout un regard oppressant, à mon sens bien sûr, car je pense que toutes les femmes ne répondraient pas la même chose. On me dit souvent que je suis courageuse de faire ça. Ce sont surtout des femmes, qui m’expliquent d’ailleurs qu’elles aimeraient le faire aussi, mais qu’elles n’osent pas.

Et les hommes ?
Quand j’en parle avec des hommes, ils me disent souvent que ça leur est égal; mais c’est vrai que je reste avec des hommes qui sont très féministes donc encore une fois ce n’est pas forcément représentatif, notamment de ceux qui veulent des femmes épilées à tout prix. Ça m’arrive d’en rencontrer en soirée, et ils peuvent me poser des questions du style ‘t’es sûre que tu es une femme ?’, et il suffit de leur répondre et de discuter généralement. Je les remets juste un peu à leur place, et ils repartent avec d’autres idées dans la tête… Je l’espère en tout cas car c’est aussi un acte militant, politique, pour moi. Ce n’est pas seulement pour l’esthétique. En tant que femme, je veux aussi dire aux gens ‘réveillez-vous’ !

Certains détracteurs ont tendance à dire qu’avoir des poils est anti-féminin. Avez-vous l’impression d’avoir perdu en féminité ?
Pas du tout. Au contraire, j’ai l’impression que mes poils me rendent plus féminine. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais c’est vraiment l’effet inverse. Pour moi, c’est une force et je l’exprime quand je lève mes bras ou quand je mets des jupes.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer ?
Pendant des siècles, les femmes se sont fait tuer, emprisonner, mutiler, violer, et on commence à peine à ouvrir les yeux sur certaines choses. Ça bouge aujourd’hui, et j’en suis très heureuse, mais il faut encore accélérer les choses. Il faut aussi détruire les diktats liés à la beauté et ouvrir le champ de la beauté à d’autres types de corps, de visages, et de couleurs. Le poil fait partie intégrante de ces diktats. Il faut libérer les femmes de cette entrave, on perd un temps fou avec ces délires de beauté.

Est-ce que vous pourriez renoncer à d’autres pratiques dites féminines ? 
J’ai déjà renoncé aux pratiques dites féminines dans le sens où j’ai arrêté de me maquiller. Je ne me maquille plus tous les jours, je le fais peut-être deux fois par an pour des occasions spéciales. Mais ça ne fait plus du tout partie de mon quotidien. J’ai aussi arrêté de mettre du déodorant, et j’évite autant que possible le vernis à ongles. La seule chose que je ne pourrai jamais changer, c’est mon rapport à mes cheveux. Pour moi, c’est ce qui définit complètement ma féminité, et qui me donne le plus confiance en moi. Mais c’est personnel.

Que diriez-vous à des jeunes filles ou des femmes qui hésitent à arrêter de s’épiler ? 
Je leur dirai qu’elles sont sur la bonne voie dans le sens où c’est tout à fait normal de douter et d’hésiter quand on commence à réaliser tout ce qu’il y a autour de l’épilation et des poils. Je conseillerai de prendre son temps, d’y aller étape par étape, et de commencer par de petites zones. Chaque femme doit suivre son propre rythme.