Les voitures rouleront-elles bientôt à l’hydrogène ?

Ph. Halle Dassenveld

Alors que la vente de voitures électriques est en pleine croissance, l’avenir réside-t-il dans les véhicules à pile à combustible fonctionnant à hydrogène ? Coup de projecteur sur ce carburant et cette autre façon de rouler sans rejeter d’émissions de CO2.

Durant le deuxième trimestre 2020, les voitures 100 % électriques ont représenté 7,2 % des ventes de voitures neuves dans l’Union européenne, soit trois fois plus qu’à la même période en 2019. Les modèles hybrides ont quant à eux atteint une part de marché de 9,6 %. Mais à peine les modèles électriques commencent à se faire une place dans le parc automobile qu’un nouveau type de carburant fait de plus en plus parler de lui. Les voitures roulant à l’hydrogène sont-elles l’avenir de l’automobile ? Voici quelques éléments de réponse.

Les avantages de l’électrique sans les inconvénients

Certains constructeurs proposent déjà des véhicules à hydrogène dans leur catalogue. La technologie consiste à embarquer un réservoir stockant de l’hydrogène comprimé. Grâce à une pile à combustible, celui-ci est transformé en électricité qui sert à alimenter un moteur électrique. Pour certains, comme les analystes de Fitch Solutions, l’hydrogène est « la prochaine étape logique » pour réduire les émissions polluantes des véhicules, pour résoudre les défauts des voitures électriques comme la faible autonomie et le temps de recharge, mais aussi pour réduire la consommation d’électricité.

En effet, une voiture à hydrogène se recharge en quelques minutes, comme lorsqu’on fait le plein d’essence, et propose une autonomie comparable aux véhicules thermiques, à savoir environ 600 km. Tout cela avec les avantages des voitures 100 % électriques : rouler dans le silence le plus complet et sans rejeter d’émissions polluantes. Présenté comme ça, l’hydrogène peut être vu comme une solution miracle. Mais est-ce vraiment le cas ?

La situation en Belgique

Il est probable que les véhicules roulant à l’hydrogène deviennent la norme d’ici quelques dizaines d’années. D’ici là, comme c’était le cas avec les premières voitures électriques, il faudra mettre la main au portefeuille pour acquérir un modèle propulsé à l’hydrogène. Chez nous, deux modèles sont actuellement disponibles sur le marché : la Toyota Mirai, un modèle hybride hydrogène de 154 chevaux, commercialisé à partir de 80.000 €, et la Hyundai Nexo, un SUV dont le prix commence à partir de 82.000 €. En Belgique, une vingtaine de véhicules à hydrogène a officiellement été immatriculée depuis 2014. « Il y a eu six voitures à hydrogène immatriculées cette année entre le 1er janvier et le 31 août en Belgique, soit exactement le même nombre qu’en 2019 durant cette même période », nous a indiqué Christophe Dubon de la Febiac, en précisant que ces six véhicules étaient des Hyundai Nexo. La quasi-totalité de ces achats sont effectués par des entreprises. Colruyt Group possède à lui seul une flotte de 21 véhicules H2.

Il faut dire que, pour le moment, notre pays n’est pas encore équipé pour accueillir des flottes entières de véhicules propulsés à l’hydrogène. En effet, contrairement aux voitures électriques, il n’est pas possible de recharger son véhicule chez soi, à son travail ou sur le parking d’un supermarché. Il existe pour le moment seulement deux stations publiques permettant de faire le plein en hydrogène, une à Zaventem et l’autre à Hal Dassenveld. DATS 24, l’exploitant des stations-service du groupe Colruyt, prévoit d’ouvrir quatre nouvelles stations avec des pompes H2 d’ici juin 2021, à Louvain, Erpe-Mere, Wilrijk et Herve.

Dans ces stations hydrogène, le plein se fait en cinq minutes. Quant au prix, il est pour l’instant très proche d’un plein d’essence. En effet, le kilo d’hydrogène est facturé 10 € chez DATS 24 et les réservoirs ont une capacité d’environ six kilos. Le plein d’H2 revient donc à environ 60 € pour une autonomie d’environ 600 km.

Une énergie propre ?

Le gros avantage des voitures à hydrogène, c’est qu’elles ne rejettent aucune émission polluante dans l’air, uniquement de la vapeur d’eau. Néanmoins, la production de l’hydrogène soulève quant à elle de nombreuses questions. En effet, elle est encore loin d’être propre. La plupart du temps, elle est issue du reformage de gaz naturel. Une solution bon marché mais qui émet beaucoup de CO2. Il est pourtant tout à fait possible de produire de l’hydrogène vert, notamment par l’électrolyse. Ainsi, la station DATS 24 située à Hal propose de l’hydrogène 100 % vert produit avec l’électricité des éoliennes du groupe Colruyt, situées à proximité. Il est donc bel et bien possible de produire de l’hydrogène « propre », produit à partir de sources non-fossiles.

En juillet dernier, la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, a estimé que l’hydrogène était une solution viable pour une économie climatiquement neutre. De 2025 à 2030, l’exécutif européen vise une capacité d’au moins 40 gigawatts (GW) d’électrolyseurs et une production allant jusqu’à dix millions de tonnes d’hydrogène renouvelable. Actuellement, la capacité en UE est de 1 GW. Le chemin à parcourir est donc encore long mais il semblerait que l’hydrogène soit promis à un bel avenir, et cela y compris dans les transports.