Festival de Venise : Notre Palmarès Subjectif

Quatre mois après l’annulation du festival de Cannes, la Mostra de Venise a tenu sa promesse : respecter des mesures anti-COVID très strictes pour permettre aux manifestations culturelles d’envergure d’exister physiquement. Un symbole encourageant, marqué par la victoire du drame américain ‘Nomadland’. Métro était présent pour observer cette renaissance, et vous livre sa propre liste de prix.

Prix de l’école buissonnière : les Stars
Avec une compétition désertée par les grosses machines hollywoodiennes, il fallait s’attendre à moins de paillettes sur le tapis rouge. Fini les Scarlett, Joaquin et autres Brad acclamés par le passé, il a fallu cette année se contenter de films d’auteur moins orientés vers le grand public. Les fans de glamour ont pu se consoler en regardant du côté du jury, présidé par l’immense Cate Blanchett.

Prix du Happy End : les mesures anti-COVID
« On l’a fait ! » s’est exclamée l’actrice Anna Foglietta en ouvrant la cérémonie de clôture samedi soir. La Mostra est pourtant connue pour ses salles de projection remplies et ses bains de foule devant le tapis rouge. Mais tout le monde a joué le (nouveau) jeu : gel à gogo, division du nombre de festivaliers, prise de température quotidienne, réservation des places en ligne pour éviter les files… « Franchement ils ont géré » nous confiait un journaliste, « c’est juste bizarre de porter un masque quand on pleure devant un beau film ».

Prix du Buzz : Greta Thunberg, héroïne du documentaire ‘I am Greta’
Faute de stars, l’attention des journalistes pouvait se tourner vers tout et n’importe quoi. Le documentaire ‘I am Greta’ semble avoir tiré son épingle du jeu en début de festival, en retraçant le combat de la jeune activiste la plus connue au monde. Dommage que le résultat se contente de la suivre sagement, sans esprit critique ni proposition artistique.

Prix spécial COVID : ‘Amants’ de Nicole Garcia
Ce triangle amoureux se prenant pour un hommage à Alfred Hitchcock (mais flirtant plutôt avec ‘Sous le Soleil’) n’a pas touché le cœur des festivaliers, mais bien celui des hypocondriaques. L’actrice Stacy Martin y prend un bain à chaque changement de décor, propulsant le nanar dans une toute nouvelle catégorie, celle des films COVID-friendly.

Prix du Mouchoir : ‘Nomadland’ de Chloé Zhao
Le gagnant du Lion d’Or était le titre le plus attendu de la compétition, et il n’a pas déçu ! Porté par la géniale Frances McDormand (‘Fargo’, ‘Three Billboards’), il conte les aventures d’une femme se réfugiant dans son camping-car et sur la route après la crise financière de 2008. Un film tendre et élégant, refusant tout misérabilisme pour mieux faire couler nos larmes.

Prix du Forcing : Vanessa Kirby pour ‘Pieces of a Woman’ et ‘The World to Come’
Connue pour ses rôles secondaires dans ‘Mission : Impossible’ et ‘The Crown’, la Britannique Vanessa Kirby ne s’est pas contentée de voler la vedette à Casey Affleck dans le drame lesbien ‘A World to Come’. Elle a aussi détruit sa concurrence en prenant (enfin) le devant de l’affiche dans ‘Pieces of a Woman’, qui lui a valu le prix de la meilleure actrice.

Prix de la Fumette : Pedro Almodóvar et Tilda Swinton
Avec une compétition plus anonyme qu’à l’accoutumée, la Mostra a consolé ses festivaliers en révélant le court-métrage que le réalisateur culte de ‘Tout sur ma mère’ a tourné pendant le confinement. Une prolongation de son œuvre déjà très colorée, avec le parfum de folie de l’actrice Tilda Swinton (‘Burn After Reading’) en piment sur le gâteau. La comédienne a également reçu un Lion d’honneur pour sa carrière, terminant son discours en clamant ‘Wakanda Forever’, en hommage à Chadwick Boseman, l’acteur de ‘Black Panther’ décédé en août dernier.

Prix du Public : ex aequo ‘The Duke’ de Roger Michell et ‘Mandibules’ de Quentin Dupieux
Les comédies passent toujours bien en festival ! Réussies ou non, elles ont le bénéfice de venir alléger le moral des spectateurs, plombés par une compétition souvent concentrée sur des drames sociaux. En contant l’histoire de deux abrutis perturbés dans leurs magouilles par la découverte d’une mouche géante, le Français Quentin Dupieux (‘Au Poste’, ‘Rubber’) a fait péter l’applaudimètre comme personne. Si ce n’est peut-être Roger Michell (‘Coup de foudre à Notting Hill’), qui a ravi les foules avec ‘The Duke’, l’histoire réelle d’un chauffeur de taxi anglais ayant volé un tableau de Goya pour faire chanter le gouvernement britannique.

Stanislas Ide

 

Le Palmarès officiel :

Lion d’Or : ‘Nomadland’ de Chloé Zhao
Lion d’Argent – Grand Prix du Jury : ‘Nuevo Orden’ de Michel Franco
Lion d’Argent du meilleur réalisateur : Kiyoshi Kurosawa pour ‘Wife of a Spy’
Coupe Volpi de la meilleure actrice : Vanessa Kirby pour ‘Pieces of a Woman’
Coupe Volpi du meilleur acteur : Pierfrancesco Favino pour ‘Padrenostro’
Prix du meilleur scénario : Chaitanya Tamhane pour ‘The Disciple’
Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir : Roohollah Zamani pour ‘Sun Children’
Prix spécial du Jury : ‘Dear Comrades’ d’Andreï Kontchalovski
Prix du meilleur film de la section Orizzonti : ‘The Wasteland’ d’Ahmad Bahrami
Prix Luigi di Laurentiis pour la meilleure première œuvre : ‘Listen’ de Ana Rocha de Sousa
Prix de la Réalité Virtuelle : ‘The Hangman at Home’ de Michelle Kranot et Uri Kranot