Tout savoir sur la chair de poule

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Vous l’avez déjà ressenti. Lorsqu’on a froid, que l’on écoute une musique que l’on aime particulièrement ou que l’on a simplement peur, les poils sur notre corps se hérissent de façon incontrôlable. Mais pourquoi a-t-on la chair de poule ? 

Notre corps nous confronte tous les jours à des phénomènes plus bizarres les uns que les autres : les bâillements, les éructations, notre peau qui se fripe suite à un contact trop prolongé avec l’eau… Mais un des phénomènes les plus étranges auquel il nous confronte est probablement la chair de poule, aussi appelée piloérection ou horripilation. Surtout quand on sait qu’elle peut être provoquée par le froid, la peur, ou encore la jouissance.

200.000 récepteurs

Pour comprendre son origine, il faut remonter des milliers d’années dans le passé à l’époque de nos lointains ancêtres qui étaient bien plus poilus que nous le sommes aujourd’hui. À l’époque donc, cette réaction que l’on trouve si étrange aujourd’hui avait une vraie utilité selon les scientifiques : réguler la température du corps. Et pour cause, en se redressant lorsque le froid se faisait ressentir, les poils de nos ancêtres permettaient de capturer une fine couche d’air qui servait d’isolation naturelle.

Le phénomène est possible grâce à la présence de plus de 200.000 petits (thermo)récepteurs sur notre peau. Lorsque ces récepteurs constatent un changement de température, ils envoient un signal à notre hypothalamus, situé dans notre cerveau, qui va lui-même ordonner aux muscles arrecteurs (ou horripilateurs), situés à la base de chaque poil de se contracter. Avec le résultat cité ci-dessus des poils qui se dressent pour conserver de la chaleur, un phénomène qui est devenu bien moins utile aujourd’hui mais qui a tout de même été conservé au cours de l’évolution.

Frayeur et orgasme

Si la chair de poule permet de lutter contre le froid, comment expliquer que le phénomène se produise également lorsqu’on regarde ou écoute quelque chose qui nous plaît énormément ? Ou, à l’inverse, lorsque quelque chose nous effraie ? Pour la seconde interrogation, la réponse semble toute trouver. La chair de poule serait provoquée par une décharge d’adrénaline et aurait tout simplement permis à nos ancêtres d’effrayer de potentielles menaces. On le rappelle, ces derniers étaient particulièrement poilus. Il n’est donc pas difficile d’imaginer que le hérissement de leurs poils devait les rendre bien plus grands et effrayants. À ce niveau, il s’agit d’un simple réflexe que l’on partage avec de nombreux animaux. Vous avez probablement tous en tête une image d’un chien ou d’un chat dont les poils se hérissent en quelques secondes face au danger.

Pour la première interrogation, la réponse est plus incertaine. D’après plusieurs études, on aurait à faire à une sorte d’orgasme de la peau. Le phénomène serait d’ailleurs similaire à celui du hérissement des poils à cause de la peur, selon Mitchell Colver, chercheur à l’Université d’État de l’Utah. « Les cordes vocales d’un chanteur doué sont entraînées à crier en harmonie. Ainsi, certaines vibrations des cordes vocales lors du chant sont similaires à celles d’une personne criant au meurtre », expliquait-il fin 2018 dans le magazine de vulgarisation scientifique Popular Science. À une différence fondamentale près : le cerveau se rendant compte qu’il ne risque aucun danger, la surprise est positive et la personne peut apprécier ce qu’il voit ou entend.

Une poule plumée

D’après une étude publiée en 2014 dans la revue académique Frontiers in Psychology, le phénomène toucherait 5 % des personnes qui écoutent de la musique. Il serait surtout provoqué par des changements soudains d’harmonie qui surprennent positivement notre cerveau, qui produirait à son tour des frissons.

Reste la question de l’appellation « chair de poule ». Cette dernière n’a rien de très compliqué et fait juste référence à l’aspect que prend notre peau lorsque nos poils se hérissent, à l’instar d’une poule que l’on viendrait de plumer.

La chair de poule maîtrisée

Si, chez la plupart d’entre nous, la chair de poule n’est pas contrôlable, ce n’est pas le cas chez certains individus qui sont parvenus à la contrôler. Ces personnes ont d’ailleurs fait l’objet d’une étude par James Heathers, chercheur à l’université de Northeastern, située à Boston. Dans un rapport réalisé en 2018 sur 32 personnes capables de contrôler leurs poils, les chercheurs se sont rendu compte que 80% des testés décrivaient de la même manière la façon dont ils contrôlent leurs poils. « Il faut créer une tension musculaire à l’arrière de la tête, au niveau de la nuque ou derrière les oreilles. La chair de poule commence là et se propage ensuite dans le dos et le bras. Cela ne demande presque pas d’effort », détaillent les chercheurs sur le site de l’Université. Selon James Heathers, les personnes qui arrivent à contrôler la chair de poule trouvent cela très facile et intuitif, ils seraient même surpris de savoir que tout le monde n’arrive pas à le faire. M. Heathers ne sait par contre pas pourquoi certaines personnes arrivent à contrôler la chair de poule, alors que cela devrait être impossible selon lui. Il a tout de même noté que la plupart des personnes concernées étaient très ouvertes. Il compte réaliser une nouvelle étude, plus vaste, pour mieux comprendre la question.