Comment se motiver en télétravail ?

Le nombre de télétravailleurs se réduit depuis le début de l’épidémie de Covid-19, mais cette pratique devrait, au moins en partie, rester dans les habitudes de ceux qui le peuvent. Dans ce contexte, cette rentrée s’annonce plus numérique que jamais. Il est grand temps de prendre conscience de ce nouveau rapport à la technologie, afin de veiller à notre bien-être digital.

Développer notre intelligence numérique

Pour la chercheuse en sciences de l’information et de la communication, Marie-Pierre Fourquet, qui a publié un livre à ce sujet au mois de février dernier, « Connectés et Heureux », il est urgent de comprendre les effets positifs et négatifs du numérique, et de reprendre notre autonomie face aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Son principal conseil ? Prendre conscience de nos pratiques individuelles, et surtout, ne pas faire de « régime » (couper complètement les ponts avec la technologie digitale) mais procéder à un « rééquilibrage ». Pas de tout ou rien donc, un bilan de nos usages et la mise en place de quelques règles suffisent.

Eviter le multitasking

Le multitasking, ou le fait de faire deux choses en même temps, est une illusion largement répandue dans nos pratiques numériques. Mais notre cerveau est incapable de se concentrer sur deux choses en même temps (sauf si l’une d’elles est gérée par l’attention automatique, comme lorsqu’on passe une vitesse en conduisant). Il jongle en réalité entre l’une et l’autre ; cela entraîne un ralentissement de nos facultés, de notre attention, et réduit nos performances intellectuelles (qui n’a jamais envoyé un message par erreur en faisant deux choses à la fois ?).

Se débarrasser de la surcharge d’informations

À l’heure du numérique et du flux infini d’informations, il est essentiel de poser des limites en fonction de sa tolérance à la surcharge numérique. « Les grands utilisateurs des réseaux sociaux sont les plus vulnérables, car ces plateformes créent des flux d’échanges très rapides et nous poussent constamment à abandonner nos tâches en cours. Le sentiment de surcharge numérique vient de cette sollicitation continue qu’on reçoit sans vraiment s’en rendre compte », explique la chercheuse. « Cette surcharge peut entraîner des effets délétères chroniques sur les plans cognitifs et psychologiques, mais également physiologiques », ajoute-t-elle.

Reprendre notre autonomie

L’acculturation au numérique peut nous permettre de retrouver un équilibre personnel, et de tirer le meilleur parti du numérique. Les exergames, par exemple, peuvent apporter de nombreux bienfaits et lutter contre la sédentarité, un problème de santé publique dans lequel le numérique et les écrans sont des facteurs majeurs. « Les exergames sont une sous-catégorie des serious game, et visent à améliorer la santé et le bien-être en ajoutant une dimension ludique à une activité physique par exemple. On peut penser à la Wii Sport, mais également à l’application Zombies, run ! qui propose à l’usager de faire son footing tout en échappant à des zombies », dévoile Marie-Pierre Fourquet. « Ces jeux aident aussi à lutter contre les symptômes dépressifs chez les personnes âgées, et contribuent à maintenir leur santé cognitive », précise-t-elle.

Lutter contre la surconsommation d’écrans

La chercheuse se situe dans un courant qui met à distance le terme « d’addictions » quant aux pratiques numériques. Elle parle plutôt d’hyper-usages ou d’usages excessifs, sans nier leur aspect problématique. « Les hyperconnectés perdraient deux heures de temps de sommeil et n’auraient pas un sommeil récupérateur, ce qui est dangereux notamment chez les adolescents ». Encore une fois, la chercheuse conseille de reprendre le contrôle, si besoin avec des règles et des rituels familiaux (dans lesquels les parents montrent l’exemple), comme l’absence d’écrans dans la chambre à partir d’une certaine heure en semaine, ou pendant les devoirs. « C’est d’autant plus conseillé que la lumière bleue des écrans est interprétée comme lumière du jour par le cerveau, ce qui l’empêche de sécréter la mélatonine, l’hormone du sommeil. »

Créer un espace-temps dédié au travail

Pour les télétravailleurs, la principale difficulté est de constituer une frontière entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Les rôles sociaux se mélangent (parent, conjoint, employé…) et le sentiment de fatigue cognitive et émotionnelle est vite arrivé. Il est possible de se créer un espace-temps dédié au travail, même s’il s’agit de la cuisine ou du salon, avec des horaires précis de connexion et de déconnexion, des accessoires dédiés au travail, etc. « Attention à certains traits de personnalité, plus sujets à la pression sociale que d’autres. Les personnes consciencieuses, qui ont tendance à respecter leurs obligations à la lettre, sont très sensibles au stress numérique généré par leur sphère professionnelle.»

Préférer le bien-être hédonique

À cause du phénomène d’infobésité, et de la consommation de contenus culturels violents, certaines personnes ont tendance à croire qu’elles vivent dans un monde plus dangereux qu’il ne l’est. À ces personnes, Marie-Pierre Fourquet conseille de « privilégier le bien-être hédonique, en choisissant de regarder un documentaire sur la nature plutôt qu’un film d’action. » Le bien-être hédonique est le niveau de plaisir, de confort et de bonheur ressenti par un individu. Les choix fait en pleine conscience peuvent donc améliorer notre qualité de vie psychique.