L’ASMR, ces vidéos pleines de satisfaction

Ph. YouTube

Si vous avez fait le tour des centaines de milliers de videos ASMR sur le web ou si ces petits bruits vous hérissent plus qu’ils ne vous titillent, alors vous pouvez vous tourner vers les «vidéos satisfaisantes» («oddly satisfying», en anglais) qui vous apporteront la détente. Vous plongeant dans un état proche de l’hypnose, elles provoquent en effet des stimuli qui vont du plaisir simple à l’euphorie.

Des petites choses que l’on triture ou que l’on malaxe, du ‘slime’ dans lequel on plonge les doigts et qu’on décore de paillettes, des blocs de sable cinétique que l’on découpe au cutter, des objets qui passent sous la presse hydraulique, une main qui peint au pinceau, un crâne que l’on masse, etc. L’imagination est au pouvoir quand il s’agit de se faire du bien. Étirer, dessiner, malaxer, presser, écraser, découper, manipuler, caresser… Toutes les sensations sont bonnes, et on est bien loin du fétichisme.

C’est vers 2010 que les premières «vidéos satisfaisantes» ont commencé à éclore, notamment sur le site Reddit. À l’époque, personne ne mettait réellement de nom à ce phénomène. Mais c’est aujourd’hui que nous avons atteint son apogée.

Sur Snapchat, certains appellent même cela les «kiffs étranges», et il est vrai que dans ce domaine, l’imagination est au pouvoir et ‘the sky is the limit’.

Des millions de vidéos

Sur Instagram, le hashtag #oddlysatisfying représente près de 2,1 millions de publications, #satisfyningvideos en est à 803.000 tandis que #slime atteint même les… 13,3 millions d’occurrence. Tout cela sans compter Snapchat ou YouTube où l’on atteindrait des chiffres astronomiques. C’est un véritable phénomène sur les réseaux sociaux. Mais pourquoi aime-t-on autant regarder ces courtes séquences? Parce que leur visionnage créerait un mélange d’endorphine, de dopamine et d’ocytocine, comme lorsque l’on consomme des aliments sucrés ou que l’on a des… rapports sexuels.

Malheureusement, qui dit stimuli dit également réceptivité. Et si l’on est loin d’être égaux face à l’hypnose, nous ne le sommes pas plus devant ces vidéos qui ne parleront pas à un nombre significatif de personnes dont la sensibilité ne permet pas d’être stimulée. Et pourtant, plonger ses doigts dans le sable ou presser une balle anti-stress est dans le même ordre d’idée.

Par procuration

Le plaisir est toutefois de différents ordres. Le ‘oddly satisfying’ peut être une sorte de bien-être par procuration, une thérapie visuelle que l’on s’offre pour ses vertus relaxantes voire même en défouloir. Certaines catégories sous-tendent en effet une forme de destruction. C’est le cas, pour les plus soft, de la pâte slime que l’on malaxe, que l’on triture et que l’on étire à l’envi, jusqu’aux objets du quotidien que l’on explose sous une masse hydraulique, en passant par le savon que l’on découpe au couteau ou au bloc de mousse que l’on détruit à main nue.

À l’instar de l’ASMR, ce phénomène pourtant énorme a jusqu’ici été très peu étudié par les psychologues. Alors pourquoi se détend-on devant une destruction? Pourquoi cette presse qui écrase deux bougies atteint-elle près de 861.000 vues sur Instagram?

Voir une boule de bowling éclater dans une machine, ou un Iphone neuf se faire détruire d’un coup de marteau relève de l’idée ‘Tiens! Quel effet cela fait-il de détruire ce truc?’. L’attrait et la satisfaction tiennent ici par une sorte de fascination. Mais cela activerait en outre nos neurones miroirs qui nous projettent à la place de la personne qui effectue l’action. Cette forme d’empathie deviendrait même quasi sensorielle lorsqu’on regarde une vidéo d’une personne se faisant masser le crâne, par exemple.

Ordre et sérénité

Toutefois la «destruction» n’est pas la seule source de bien-être. La «construction» peut l’être tout autant. Il y aurait en effet quelque chose de tout aussi «satisfaisant» dans le maintien d’un ordre que dans sa destruction. On évoquera notamment ces vidéos de pièces qui s’imbriquent miraculeusement bien, ces moments où la symétrie atteint la perfection, ou encore la personnalité du célèbre Bob Ross qui, dans les années 80, donnaient des cours de peinture à la télévision et qui devrait être au programme de tous les cours de sophrologie.

Une forme de perfection peut en effet créer une sensation de grande satisfaction, que les psychologues appellent un sentiment de justesse et qui rappelle le plaisir que l’on peut avoir lorsque l’on range ou que l’on fait le tri. Mais cela peut aller jusqu’au moins ragoûtant comme les explosions de… points noirs ou de poils incarnés. À vous donc de vous faire une idée et à trouver ce qui pourrait vous faire le plus de bien.