Comment expliquer l’impression de déjà-vu?

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Vous arrivez à un nouvel endroit, quelqu’un vous raconte une histoire… Et là, c’est le flash! L’espace d’un instant, vous pourriez jurer que vous avez déjà vécu ce moment. Mais d’où nous vient cette sensation de déjà-vu?

C’est un phénomène que l’on a tous déjà ressenti. Enfin presque tous, puisque seulement 70% des gens auraient déjà connu cette sensation de déjà-vu, qui touche plus fréquemment les jeunes âgés de 15 à 25 ans et qui a tendance à moins se manifester avec l’âge. Rien que son nom, déjà-vu, exprime parfaitement ce que l’on ressent lorsque le phénomène apparaît. Le terme provient d’ailleurs d’un philosophe français, Emile Boirac, qui, en 1876, l’a popularisé. C’est pour cela que le terme «déjà-vu» se dit à la française dans de nombreuses autres langues, comme l’anglais, l’espagnol, ou encore le néerlandais. Attention cependant à ne pas le confondre avec le flashback, où l’on revit une situation passée, et l’éclair de mémoire, où un souvenir du passé surgit d’un coup.

Selon une étude parue dans la revue Psychological Bulletin en 2003, on ressentirait la sensation de déjà-vu en moyenne une fois par an. «Le nombre de cas diminue avec l’âge mais augmente avec l’éducation et la classe socio-économique de la personne. Le déjà-vu est également plus commun sous certaines conditions, comme lorsqu’on est stressé et fatigué, et est expérimenté plus fréquemment chez les personnes qui voyagent», explique Alan S. Brown, auteur de l’étude et professeur à l’Université de Columbia.

Des causes méconnues

Si M. Brown est arrivé à dresser un portrait des personnes qui risquent le plus d’expérimenter la sensation de déjà-vu, il ne sait par contre pas exactement ce qu’il se passe dans notre cerveau lorsque cela arrive. Et si plusieurs théories ont apporté leur réponse à la question, aucune ne reçoit totalement l’aval de la communauté scientifique. Des chercheurs se sont par contre rendu compte que l’impression de déjà-vu était plus souvent ressentie chez les personnes qui souffraient d’épilepsie du lobe temporal, la forme d’épilepsie la plus courante chez l’adulte. Cette forme d’épilepsie se caractérise en effet par des crises qui peuvent engendrer la peur, la joie, la colère ainsi que, ce qui nous intéresse plus, le déjà-vu. Et pour cause, le lobe temporal joue un rôle au niveau des émotions, mais aussi de la mémoire. Des chercheurs français sont d’ailleurs arrivés à simuler des sensations de déjà-vu chez des patients épileptiques en stimulant leur cortex rhinal, une zone justement située dans le lobe temporal, et impliquée dans la familiarité.

Des déjà-vu expérimentaux

Simuler le déjà-vu, c’est aussi ce dont il est question dans une étude réalisée par des chercheurs de l’Université St-Andrews (Écosse) en 2016. Si le principe est intéressant, comment faire pour provoquer une sensation qui arrive aussi périodiquement? Pour y arriver, les chercheurs ont cité aux participants toute une série de mots ayant un rapport les uns avec les autres (oreiller, lit, rêve…) sans le mot qui les lie tous. Dans ce cas, il s’agissait du mot sommeil. L’équipe des chercheurs a alors demandé aux cobayes s’ils avaient entendu un mot commençant par «S». Ce à quoi ils ont répondu non, même s’ils avaient l’impression de l’avoir entendu à cause du champ lexical utilisé, provoquant ainsi une sorte de déjà-vu. Pendant tout ce procédé, les volontaires étaient observés par IRMf, un examen qui permet de cartographier l’activité cérébrale. Et les chercheurs ont découvert que, contrairement à ce que l’on pensait jusque-là, le déjà-vu n’est pas une sorte de faux souvenir. L’hippocampe, une des zones en lien avec la mémoire, est en effet resté «en sommeil» lors l’expérience. Contrairement à des zones responsables de la prise de décision situées dans le lobe frontal.

Une vérification de souvenirs

Pour Akira O’Connor, à la base de l’étude, cela signifie probablement que notre cerveau vérifie nos souvenirs et envoie une sorte de message d’erreur lorsqu’il y a un décalage entre ce que nous avons réellement vécu et ce que nous pensons avoir vécu. Dans ce cas, cela signifierait que les personnes qui expérimentent une sensation de déjà-vu ont une mémoire qui fonctionne correctement et qu’ils risquent moins d’erronément se souvenir d’un événement. Cela expliquerait également pourquoi les personnes plus âgées n’expérimenteraient plus de déjà-vu. «Peut-être que leur système de vérification général est en déclin et que ces personnes ont moins de chances d’identifier des erreurs de mémoire», poursuit le Dr O’Connor, cité dans le magazine New Scientist. Et pour expliquer pourquoi 30% de la population ne connaîtrait pas le phénomène, le Dr O’Connor avance tout simplement que leur cerveau ne ferait pas d’erreur. Si la théorie est intéressante, elle ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique. Et près de 150 ans après l’apparition du terme, on ne sait toujours pas exactement d’où provient cette sensation on ne peut plus étrange.