L’écoféminisme, quand la cause féministe s’allie à celle de la planète

Ph. Twitter

« La planète, ma chatte, protégeons les zones humides », « Bouffe-moi le clito, pas le climat » ou « Pubis et forêts, arrêtons de tout raser » sont des pancartes que l’on a pu voir dans les rues lors des manifestations pour le climat. Ces slogans ont en commun de lier causes féministe et écologique et, à l’intersection de celles-ci, on retrouve le courant de l’écoféminisme, un mouvement pluriel qui se trouve être de plus en plus populaire… 

Né dans les années 70, l’écoféminisme se situe à l’intersection des courants écologiques et féministes, et qui part du principe que le patriarcat empêche l’émancipation de la femme, mais aussi celle de la planète. Porté par des figures comme Vandana Shiva ou Greta Thunberg, qui n’hésitent pas à défier les plus grands, il se répand de façon toujours plus large à travers le monde. Ces dix dernières années, la période de crise d’identité politique et écologique, avec des enjeux climatiques au centre des préoccupations, a donné un nouveau coup de projecteur sur l’écoféminisme.

Entre écologie et féminisme, on retrouve un geste commun pour toutes celles qui s’inscrivent dans le mouvement, celui de « reclaim » (récupérer, ndlr). En effet, les femmes souhaitent se réapproprier ensemble ce dont elles ont été exclues, pour créer un pouvoir collectif et une force d’agir plus grande. Et ce terme vient justement de l’écologie, voire plus précisément de l’agriculture, puisqu’il fait référence au défrichage. Cette action, que ceux qui ont la main verte connaissent bien, est celle de détruire un terrain occupé par une culture en mauvais état, afin de l’assainir et de récupérer une parcelle cultivable.

Des principes forts au cœur du mouvement

Les écoféministes ont donc un ennemi et une conviction intime : celle que capitalisme et patriarcat sont intimement liés, et que ceux-ci dominent les femmes, tout en continuant à maintenir des politiques qui détruisent la planète. Le courant s’oppose aussi à une vision de la modernité qui montre la réussite sociale, si l’on caricature, d’être un homme qui possède une grosse voiture, le dernier smartphone et une maison moderne. Cette vision des choses est destructrice pour la planète, dommageable pour les femmes et, plus largement, exclut les classes sociales défavorisées.

Le mouvement se veut aussi le porte-drapeau de toutes les femmes, et pas seulement de celles qui vivent en Occident. En effet, les femmes venues du Sud sont au centre des préoccupations. Elles ne vivent généralement pas dans les pays les plus polluants, mais sont les premières victimes du réchauffement climatique. Médiaterre relevait qu’en cas de catastrophe naturelle, « les décès chez les femmes sont jusqu’à 14 fois plus élevés ».

Lors du tsunami de 2004, 80 % des victimes en Indonésie étaient des femmes, 73 % en Inde et 65 % au Sri Lanka, comme le rapporte le Programme des Nations unies pour l’environnement. Celles-ci étaient restées en zone rurale tandis que leurs maris se trouvaient généralement en ville pour travailler et ramener de l’argent à leur domicile. Par ailleurs, elles ne savaient, pour la plupart du temps, pas nager, ce qui les a rendues plus vulnérables face à cette catastrophe naturelle.

L’écologie pas assez virile ?

Dans ce qui ressort d’une étude menée en 2015 par le Pew Research Center, les femmes sont en moyenne plus préoccupées par le sort de la planète que les hommes. Aux États-Unis, les femmes sont 17 % de plus que les hommes à considérer le réchauffement climatique comme « un sérieux problème ». De façon générale, elles sont plus enclines à trier, économiser, ce qui n’est pas sans lien avec la gestion du ménage, qui revient encore maintenant plus souvent au sexe féminin.

Même dans le milieu professionnel, les femmes sont plus impliquées dans le développement durable. Selon l’étude Birdeo sur les métiers du développement durable menée en 2018, on trouve 60 % de femmes travaillant aux fonctions liées à la transition écologique et sociale. Si l’on compare à d’autres secteurs, elles sont minoritaires lorsqu’il s’agit des professions de cadres de même niveau.

Deux hypothèses sont avancées pour expliquer cet intérêt plus profond. D’une part, certains scientifiques estiment que les femmes sont plus enclines à se préoccuper des questions d’intérêt général, comme le cas de l’écologie. Cela s’explique par des différences de structures cérébrales et dans des différences d’éducation. D’autre part, les hommes auraient plus de mal à adopter des gestes écolo car ils jugent cela trop féminin, d’après une étude menée par l’Université d’Oxford. Ces derniers chiffres nous montrent bien qu’il y a encore des avancées à faire aussi bien d’un point de vue féministe qu’écologiste, et que la pluralité des causes de l’écoféminisme, avec sa solide colonne vertébrale basée sur des principes forts, a parfaitement sa place en 2020, sans doute plus que jamais il ne l’a eue.