L’Union européenne s’attaque à l’épineux problème de la pédopornographie

La Commission européenne a adopté vendredi sa «stratégie» pour l’UE en matière de sécurité pour les prochaines années (de 2020 à 2025), une sorte de catalogue d’actions futures pour renforcer la sécurité des citoyens et la coopération intra-européenne sur ces questions. La Commission planifie entre autres une nouvelle législation pour lutter contre les abus sexuels d’enfants et l’échange en ligne d’images pédopornographiques.

«Ces cinq dernières années, nous avons vu l’Europe devenir l’épicentre de l’hébergement de matériel» pédopornographique, a indiqué vendredi la commissaire aux Affaires intérieures Ylva Johansson. Les Pays-Bas sont, plus particulièrement, un grand hébergeur de telles images illégales, ajoute-t-elle, ce qui ne constitue que le sommet visible de l’iceberg de l’ensemble des abus sexuels commis sur des enfants. On en a rapporté 725.000 (online) l’an dernier à travers l’UE, contre 23.000 en 2010, rapporte la Commission.

La crise exacerbe le problème

La pandémie de Covid-19 a, plus récemment, encore exacerbé la problématique, selon des observations d’Europol. La Commission «proposera l’an prochain de nouvelles lois obligeant les plateformes internet à détecter, rapporter et supprimer ces matériaux», explique la commissaire Johansson. Elle envisage parallèlement la création d’un centre européen de prévention et de lutte contre les abus sexuels d’enfants. Il servirait entre autres de lieu privilégié d’échange d’expertise et de résultats de recherche scientifique.

Le chiffrement de bout en bout de certaines communications électroniques ne facilite pas non plus la tâche des enquêteurs. D’ici à la fin de l’année, un recensement et une évaluation des solutions techniques possibles devraient avoir été réalisés, annonce la Commission.

Face aux autres «nouvelles menaces transfrontières et transsectorielles de plus en plus complexes» qui pèsent sur la sécurité européenne et mettent en lumière les besoins accrus de coopération, la Commission a aussi d’emblée dévoilé vendredi ses stratégies plus spécifiques pour lutter contre les trafics de drogues et d’armes à feu au cours des cinq prochaines années.

Un marché juteux

«L’Europe est passée du statut de région consommatrice de drogues à celle de productrice, nous exportons des drogues depuis l’Europe. Nous produisons des drogues synthétiques à échelle industrielle», a constaté la commissaire Ylva Johansson. C’est un marché juteux pour les trafiquants, estimé à 30 milliards € par an, et la cause d’un nombre inconnu de décès. Via son programme et son plan d’action antidrogue, l’UE veut davantage prendre en compte l’aspect international et multidisciplinaire des organisations criminelles qui se cachent derrière ce trafic.

La «stratégie de l’UE sur l’Union de la sécurité» englobe encore bien d’autres problématiques, en fonction des priorités fixées pour les prochaines années. L’exécutif européen va entre autres réviser la directive SRI, le premier texte législatif européen sur la cybersécurité.