Le corps d’un nouveau-né déterré pour être jeté au bord d’une route au Bangladesh

AFP / M. Zaman - Photo d'illustration

Le corps d’un nouveau-né de la minorité musulmane des Ahmadis a été déterré par des «fanatiques» dans un cimetière du Bangladesh où il venait à peine d’être inhumé pour être jeté sur le bas-côté d’une route, ont annoncé samedi des responsables de cette communauté.

C’est le dernier en date d’une série d’incidents ayant visé les Ahmadis que nombre d’autres musulmans qualifient d’« infidèles » parce que les membres de cette ramification du sunnisme, au nombre d’une centaine de milliers dans ce pays de plus de 160 millions d’habitants, pensent que son fondateur est un prophète.

Le bébé, une fillette âgée de trois jours seulement, avait été enterré jeudi à Ghatura, dans le district de Brahmanbaria (est), a raconté le chef local de cette minorité, S.M. Selim. «Son crime est d’être née dans une famille musulmane ahmadie», a-t-il ajouté, pour expliquer l’exhumation de la petite dépouille survenue quelques heures plus tard.

Une photo du corps du nouveau-né étendu sur une natte a été largement partagée sur les réseaux sociaux, où les réactions d’indignation se sont multipliées. Un membre du clergé local, Munir Hossain, a démenti qu’il ait été déterré, disant que des musulmans avaient empêché les parents de l’inhumer. «C’est contre la Charia (la loi islamique, ndlr) de laisser un infidèle être enterré dans un cimetière musulman», a-t-il déclaré. «Les pieux musulmans du village ne permettraient jamais cela».

Aucune plainte déposée

Un policier a affirmé que l’affaire avait été réglée «de manière pacifique», aucune plainte n’ayant été déposée, un responsable municipal, Azad Hazari, assurant quant à lui que le bébé avait en fin de compte été placé dans une autre tombe, 16 km plus loin.

Ces derniers mois, des musulmans extrémistes ont menacé d’organiser des actions de protestation pour exiger que les Ahmadis soient qualifiés de «non-musulmans» par les autorités du Bangladesh.

En 1999, l’explosion d’une bombe dans une mosquée de cette communauté à Khulna, une ville du sud de ce pays, avait fait au moins huit morts.

En 2015, trois personnes avaient été blessées dans une attaque-suicide dans un autre lieu de culte de cette minorité, à Bagmara, dans le nord-ouest.