La RDC fête son 60e anniversaire de l’indépendance sur fond de Covid, de tensions et de violences

Ph. Zuma Press

La République démocratique du Congo (RDC) célèbre mardi le 60e anniversaire de son indépendance, dans une ambiance morose, entre tensions politiques au sein de la coalition au pouvoir, crises sanitaires, dont celle du coronavirus qui a fait quelque 150 morts dans la moitié des 26 provinces de l’ex-Congo belge et violences endémiques, principalement dans l’est du pays.

Le gouvernement congolais a décidé que la commémoration de cet anniversaire, le 30 juin, se déroulera dans la « méditation », compte tenu « des circonstances particulières liées à la crise socio-économique occasionnée par la Covid-19 ». Aucun défilé, aucune cérémonie n’est prévue alors que le roi des Belges, Philippe, avait été invité à se rendre en RDC, dix ans après la visite du précédent souverain, son père Albert II pour le « cinquantenaire ».

Le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo – un ancien opposant proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 – a toutefois prononcé lundi soir une allocution diffusée par la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC). « Il y a soixante ans, nos pères fondateurs, parmi lesquels Joseph Kasavubu et Patrice Lumumba, sont parvenus à concrétiser la profonde aspiration du peuple congolais à l’émancipation », a-t-il ainsi déclaré, soulignant que le « Congo, ce pays voulu et créé sans nous 75 années plus tôt à Berlin, nous l’aimons et nous le chérissons, unis par le sort et ayant en partage une longue histoire commune faite de joies, de larmes, de sueur et de sang ».

Conflit politique

« Aucune majorité politique ou parlementaire, d’où qu’elle vienne, ne peut outrepasser les principes fondateurs de la République », a-t-il poursuivi, laissant entendre qu’il n’accepterait « sous aucun prétexte » une réforme du statut des magistrats très controversée que les députés pro-Kabila veulent faire adopter à l’Assemblée où ils ont la majorité. Le chef de l’État « estime que les réformes dans ce secteur doivent être dictées, non par le souci d’assurer la protection d’une personne ou d’un groupe de personnes, mais plutôt par le souci d’apporter plus d’efficacité au fonctionnement de la justice ».

Cet anniversaire intervient en effet alors que deux des composantes de la coalition au pouvoir – le Front commun pour le Congo (FCC), la plate-forme de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, largement majoritaire au parlement et au sein du gouvernement, et l’Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), le parti d’origine du président Tshisekedi – s’opposent sur un projet de réforme du statut des magistrats qui risque de les « caporaliser », selon des députés. Ce texte risque d' »amoindrir l’indépendance de l’appareil judiciaire », ont prévenu jeudi les ambassadeurs des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du Canada à Kinshasa.

Son dépôt a provoqué des manifestations jusqu’aux abords du Palais du Peuple, le bâtiment qui abrite les deux chambres du parlement.

Les trois ambassadeurs ont aussi demandé que le renouvellement en cours à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) soit « crédible et inclusif », pour « créer de la confiance dans le processus électoral » alors que les prochains scrutins sont prévus en 2023. Des mouvements citoyens et les Églises catholiques et protestantes s’opposent à la désignation d’un cadre de l’équipe sortante.

Crise institutionnelle

La Céni, considérée comme aux ordres du régime de M. Kabila, a proclamé en janvier 2019 la victoire de M. Tshisekedi à la présidentielle et du camp kabiliste aux législatives – des résultats encore et toujours contestés par une partie de l’opposition. Une Congolaise étudiant aux Etats-Unis, Bibiche Bolobiongo, a ainsi mis en garde contre la crise institutionnelle qui se profile à l’horizon, dans une tribune récemment publiée par le site La Libre Afrique. Elle y dénonce « une classe politique corrompue profondément » ainsi que « la main noire de la communauté internationale, qui n’a jamais cessé de collaborer avec des leaders incompétents et illégitimes au détriment de la volonté de la population congolaise ».

« Au 21e siècle, ce pays potentiellement riche regorge de l’une des plus pauvres populations au monde. »

« Au 21e siècle, ce pays potentiellement riche regorge de l’une des plus pauvres populations au monde. Le peuple congolais n’a pas d’accès à des soins de santé adéquats; le système éducatif est totalement détruit; la population n’a pas accès à l’eau potable ni à aucune infrastructure de base adéquate. Bref, la misère est indescriptible et la crise sanitaire planétaire assombrit encore l’horizon en RDC », a ajouté Mme Bolobiongo. Selon elle, « c’est sur cette sombre toile de fond que la classe politique dans son ensemble se donne en spectacle pour distraire la population, avec des guerres au sein des institutions de la République depuis la fameuse alternance du 24 janvier 2019 (date de l’investiture de M. Tshisekedi, ndlr) ».

« La population assiste, impuissante, aux séquences théâtrales de mauvais goût tantôt au sein du parlement entre des députés supposés alliés, tantôt entre le parlement et le pouvoir judiciaire, tantôt entre les bureaux des deux chambres et le Président de la République, tantôt entre le Sénat et le pouvoir judiciaire. »

Un pays frappé par deux épidémies

Cette crise politique intervient alors que le pays est lui aussi frappé par la pandémie de Covid-19, qui a aggravé les difficultés économiques que rencontrent les Congolais au quotidien. La RDC est riche en minerais mais le revenu moyen par habitant plafonne à 457 dollars par an, soit 1,25 dollar par jour, selon des chiffres de la Banque mondiale pour 2017. Le pays reste aussi confronté à des flambées de rougeole, de choléra et de la maladie à virus Ebola (MVE).

Une épidémie d’Ebola, la dixième, a été déclarée vaincue jeudi dans l’est après avoir tué 2.277 personnes en dix mois. Mais un nouveau foyer infectieux est apparu début juin à l’ouest, dans la province de l’Equateur, à plus de 1.000 km, sans lien épidémiologique. Au total 24 cas (21 confirmés et trois probables) ont été enregistrés, avec 13 décès, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Et dans plusieurs régions, les violences se poursuivent, 17 ans après la fin proclamée de la « deuxième guerre du Congo » (1998-2003). Elles touchent principalement les deux Kivu (est) et l’Ituri (nord-est), en proie aux exactions de plusieurs dizaines de groupes armés – locaux et étrangers – et de réseaux criminels qui exploitent sans vergogne les richesses minérales (or, coltan, cassitérite, manganèse, tourmaline…).

L’insécurité cause des déplacements massifs de populations (plus de 5 millions de déplacés internes et plus de 500.000 réfugiés).