Des bières XXS

Ph. Pikaflor

Avant la crise du coronavirus, le secteur brassicole a connu trois phénomènes paradoxaux : une baisse généralisée de la consommation de bière par habitant, une vente dans l’horeca qui, elle, a augmenté pour la première fois en 10 ans, et surtout une explosion du nombre de brasseries dans notre pays. Et parmi elles, une quantité certaine de micro- et nano-structures.

Dire que les microbrasseries ont poussé comme des champignons dans notre Royaume est une lapalissade. Selon l’asbl Zythos, on comptait en effet, en début d’année, près de 607 sociétés brassicoles quand il n’y en avait encore ‘que’ 267 en 2014. Un phénomène qui n’est d’ailleurs pas que Belge. A l’instar du vin, la bière a retrouvé ses lettres de noblesse dans l’esprit des gens. Les concepts de terroir, produits naturels, production local et savoir-faire ont participé à cet engouement. Si on boit peut-être moins, on le fait en tout cas mieux. Moins de pils certes, mais plus de bières ‘spéciales’.

D’aucuns prétendaient, déjà avant la crise, que le marché arrivait à saturation. D’autres leur répondaient toutefois qu’il y avait encore de la place en arguant que l’on comptait près de… 3.000 brasseries sur notre territoire avant la Première Guerre mondiale, et qu’aujourd’hui encore nous avons bien moins d’établissements que la Suisse ou la Nouvelle-Zélande par million d’habitants.

Oui, mais, comment les petites structures vont-elles surmonter la crise ? Difficile à dire… Pendant cette période, près d’une brasserie sur trois a en effet dû cesser son activité, et malgré les nombreux apéros virtuels, il est déjà clair que la consommation de bière a baissé de près de 30% sur les cinq premiers mois de 2020, selon la fédération des brasseurs. Il est donc plus que temps de se montrer solidaire d’entreprises, souvent très petites, qui portent en elle un vrai projet de produits de qualité.

Micro ou nano ?

Il est communément admis que l’on est une micro-brasserie lorsqu’on produit moins de 12.500 litres par an, même s’il n’y a pas de définition précise. Selon la taille, certains brasseurs aiment s’appeler ‘pico-brasserie’, voire même ‘fermenterie’. Mais c’est dans la catégorie auto-proclamée ‘nano’ que l’on vous propose quelques coups de cœur.

L’Ermitage. Situé au cœur même de Bruxelles, cette nano-brasserie est d’abord née dans la cave d’une colocation avant de devenir, en 2016, une véritable entreprise proprement dite. Son produit-phare est La Lanterne, une IPA à la fois légère et sèche. Parmi leurs créations, ils viennent de sortir, en quantité limitée ‘Les Canons de l’Ermite’, une fermentation mixte de bière et de vin. Mais on retiendra également le Théorème de l’Empereur, un pale ale au thé et au jasmin.

Brasserie Surréaliste. Niché dans l’ancien bâtiment de l’Atelier Coppens, dans le quartier Dansaert, la brasserie surréaliste n’est pas encore une affaire qui roule puisqu’ils en sont encore au stade du crowfunding. Et pourtant, leurs bières se retrouvent déjà dans bon nombre d’épiceries fines et de bars spécialisés. Leurs étiquettes valent autant le détour que le goût de leur Surréaliste Pale Ale, Mirror Mirror ou que leur Ultraviolet Wheat Season.

Les 3 Florins. La nano-brasserie Les 3 Florins est né à Bomal-sur-Ourthe en février 2018. Dans sa petite structure, Benjamin Demblon propose néanmoins quatre bières : la Bichon Malt-Thé, une ambrée, la Coléoptéra, une bière à la framboise et hibiscus, la Blanque Panse, une blanche au laurier et au citron, et enfin la Chienne de Garde, une stout à l’orge torréfié. Malheureusement, il y en a bien peu.

L’Annexe. La bière étant un produit qui fermente, Maxim et Grégoire, de la brasserie-fermenterie L’Annexe, se sont dits qu’ils ne devaient pas s’arrêter à ce seul produit en travaillant également sur le sureau et le gingembre. Néanmoins, c’est avec la Saison de Bruxelles qu’ils se sont fait connaître, une blonde légèrement ambrée et refermentée en bouteille. Ils proposent aujourd’hui la Black Saison, la Weize Saison et, prochainement, la Rosse Saison.

No Science. Une nano-brasserie certes, mais néanmoins près de neuf bières à la carte de cette structure rock’n’roll créé par Maxime Dumay qui s’est inspiré de l’ambiance du Magasin 4, haut lieu des musiques alternatives à Bruxelles, pour nommer ses bébés. On y goûte ainsi la Noisy, la Psyche, la Heavy, la Stoner Witch, la Fade to Grey, la Da’Funk, la Sabotage, la Whack !, et la Garage Ale. Des bières légères (pas plus de 6°) pour des musiques fortes.

Pikaflor. Depuis 2018, cette petite structure s’est installée dans les murs de l’ancien moulin à eau, le ‘Maalbroekmolen’ à Wetteren,  pour devenir la première brasserie à utiliser le système Brewtower qui permet de brasser des petites quantités. Ils ont pour philosophie le circuit court et les produits de qualité, c’est pourquoi ils soutiennent les producteurs locaux de houblon pour maintenir cette culture en Belgique.