Squattons les terrasses !

Belga E. Lalmand

C’est officiel, les terrasses ont rouvert depuis lundi, pour le plus grand bonheur du secteur de l’Horeca, qui respire enfin. Certains ajustements ont dû être faits pour ces établissements afin d’accueillir les clients dans le respect des mesures de distanciation sociale, et la météo a parfois été capricieuse cette semaine, mais l’essentiel est ailleurs: les Belges retrouvent enfin leurs terrasses et ça leur fait un bien fou!

En 2011, notre compatriote James Deano cartonnait sur les ondes avec le titre « Squatter les terrasses ». « Dès le retour du printemps, la nature reprend ses droits (…) ; Allons-y, quoi qu’on fasse, on va squatter les terrasses », chantait-il avec entrain. Effectivement, on a vu que partout dans le monde, la nature n’a jamais été aussi étonnante que lors de cette période de crise sanitaire. Mais pour « squatter le terrasses », il aura fallu attendre le mois de juin et la phase 3 du déconfinement.

L’Horeca retrouve des couleurs

Le coronavirus s’est abattu comme un coup de massue sur ce secteur, particulièrement fragilisé par les mesures sanitaires prises par le gouvernement. Alors l’assouplissement de ces dernières a naturellement été accueilli avec le sourire par les propriétaires des bars et des restaurants. Lundi, même si le soleil n’était pas présent, environ 80% des établissements ont décidé de rouvrir et accueillir les clients enthousiastes.

« C’était impensable pour moi de ne pas aller prendre une pression au coin de ma rue ce lundi », explique Alexandre, jeune travailleur dans l’immobilier. « Cela m’a attristé de passer tous les jours devant l’établissement fermé, et j’ai voulu symboliquement m’y rendre dès que cela a été autorisé. J’ai souvent croisé le tenancier du bar dans la rue durant le confinement et je lui avais fait cette promesse.»

Sophie Wilmès avait d’ailleurs assuré il y a quelques jours qu’elle ferait de même : « Huit Belges sur 10 ont l’intention de retourner dans un café ou un restaurant dès leur réouverture, selon un sondage publié par Edenred. Et je compte bien en faire partie. Je serai au restaurant lundi, ne fut-ce qu’en signe de soutien. »

Belga / D. Waem

Des mesures pour un redémarrage sûr

Pour les clients comme pour les professionnels, cette réouverture s’accompagne de mesures sanitaires exceptionnelles, mais compréhensibles. Il vous faut donc respecter les mesures de distanciation sociale, limiter au maximum vos déplacements au sein de l’établissement et privilégier les paiements sans contact. Partout, un couvre-feu à 1h du matin a été imposé, et les tablées doivent être de 10 personnes maximum. Pour ce qui est des professionnels, ils doivent désormais porter un masque, et être particulièrement vigilants lors de la préparation de leur établissement, au niveau de l’hygiène des tables, des couverts, et des produits servis.

Mais ces consignes, loin d’effrayer les clients, ne semblent pas être plus perturbantes que cela. « Très franchement, ça ne change presque rien à notre façon de consommer et de prendre un verre. Tout le monde comprend bien l’importance de ces mesures, et on voit qu’il y a une bienveillance générale qui se développe », explique Romain, vendeur dans un magasin de sports, une Triple Westmalle à la main.

Un secteur au ralenti

Ces dernières semaines, le secteur a inévitablement plié, mais n’a jamais rompu. De nombreux établissements ont organisé des services de « take away », afin de tout de même avoir des rentrées d’argent durant cette période difficile. « Pour pallier à ces temps difficiles et essayer de sortir un peu la tête de l’eau, nous avons décidé de faire des livraisons des bières disponibles sur notre carte », avait partagé sur Facebook le « Live Central Park », situé en bordure du parc Josaphat.

C’est d’ailleurs sur les réseaux sociaux que la résistance s’est organisée dès le début du confinement. En effet, un groupe d’étudiants avait alors décidé de lancer une page pour venir en aide aux restaurateurs. « Il nous semblait impensable de ne pas soutenir les restaurateurs dans ce moment difficile. On a donc répertorié les propriétaires de restaurants qui le souhaitaient sur Facebook, par régions. Ceux-ci ont donc pu organiser un service de « take away » pour avoir des clients malgré tout », explique Marie Frère, à l’origine du projet. D’abord destinée uniquement  à  l’Horeca, cette initiative est devenue une page d’aide citoyenne, dans la lutte contre le coronavirus.

A l’heure de la reprise, le pire est sans doute derrière le secteur de l’Horeca, qui peut rebondir, bien aidé par l’enthousiasme des Belges à l’idée de retrouver progressivement une vie normale. Les boîtes de nuit et autres salles de concert attendent désormais impatiemment leur tour, tout comme les fêtards et les amateurs de musique que nous sommes !

Ab InBev au secours de ses cafés

Désormais, le client pourra directement passer commande depuis son smartphone, grâce à la nouvelle application lancée par Ab InBev pour soutenir ses quelque 12.000 cafés à travers la Belgique. « Après avoir scanné un QR code, le client pourra utiliser l’application pour consulter la carte à table, commander des boissons et même les payer », explique Pieter Anciaux, directeur des ventes et des opérations en Belgique chez AB InBev. Les cafés ne sont pas tenus d’utiliser l’application, mais elle peut leur faciliter la tâche.

Quid des boîtes de nuit ?

Depuis plusieurs années, le secteur de la nuit a dû s’adapter à beaucoup de situations difficiles (attentats, normes sonores plus strictes, augmentation de la TVA, etc.) et fait aujourd’hui face à la crise du Covid-19. «La situation devient dramatique et il est temps de la prendre en compte», déclare Lorenzo Serra. porte-parole de la toute nouvelle «Brussels by Night Federation». Ce secteur demande au plus vite une date de réouverture aux autorités, et souhaite discuter de ses difficultés financière à l’heure actuelle. « L’idée, c’est d’être constructif et dire que c’est le moment de nous inviter à table », explique-t-elle.