Confinement : quel impact sur notre bien-être psychologique ?

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La crise du coronavirus a de multiples conséquences sur nos vies. Certaines sont très concrètes, très pratiques. Mais le confinement peut aussi en avoir sur notre bien-être psychologique. Explications et conseils avec Vincent Lorant, professeur en sociologie médicale à l’UCLouvain.

Voilà dix jours que tous les Belges voient leur quotidien chamboulé. Dix jours que toute la Belgique vit confinée. Selon Vincent Lorant, professeur de sociologie de la santé à l’Institut de recherche santé et société de l’UCLouvain, ce confinement aura très probablement des impacts sur notre bien-être psychologique et social.

« C’est en grande partie lié à la modification de la structure et de la régularité de nos activités sociales. Le confinement a deux grands effets. D’une part, il modifie votre routine sociale : vous alliez travailler, voyiez vos collègues, vous passiez par les transports,… Tout cela est terminé. D’autre part, même si vous avez des contacts sociaux en ligne, le confinement vous restreint aux contacts avec les personnes qui vivent sous votre toit. La diversité des contacts que vous aviez se réduit donc fortement. »

En outre, « des études montrent que lorsque l’on isole des personnes, leur état de santé mentale diminue et leur détresse psychologique augmente », explique le chercheur. « C’est en partie parce que l’on a besoin de contacts avec les autres, de liens sociaux. Mais on a aussi besoin de la reconnaissance et de l’estime que l’on reçoit d’autrui. Si l’on a une forte réduction dans nos interactions sociales, tout simplement, on a un sentiment d’inutilité sociale. D’autant plus que certaines personnes ne peuvent plus travailler et se retrouvent à la maison, désœuvrées. »

Symptômes immédiats

« Un autre élément à prendre en considération », poursuit Vincent Lorant, « c’est que certaines personnes sont très vulnérables aux craintes relatives à l’infection. Non seulement pour elles, mais aussi pour les autres. Pour certains, cela peut être aussi les craintes liées à leur situation socio-économique. »

Ainsi, « tout cela peut provoquer un état d’angoisse, voire un stress post-traumatique qui peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois après la cessation des mesures de quarantaine », explique le sociologue. Cet état d’anxiété peut se traduire de diverses manières, et par des symptômes assez immédiats : bouffées de chaleur, crises d’angoisse, troubles du sommeil… Certaines personnes vont en outre adopter des mesures de prudence excessives : se laver constamment les mains, contrôler toutes les allers- et venues, éviter les contacts sociaux…

Des populations plus vulnérables

Pour autant, nous ne sommes pas tous exposés de la même façon aux potentiels risques psychologiques et psycho-sociaux du confinement. « Forcément, les personnes qui ont déjà au départ une vulnérabilité psychiatrique sont à risque. Un deuxième groupe à risque, ce sont les personnes âgées. Enfin, un troisième groupe à risque, ce sont aussi les professionnels de la santé, qui sont exposés à une quantité de travail impressionnante mais qui craignent pour leur propre santé également. »

« À l’heure actuelle, on a très peu de données scientifiques lorsque le confinement concerne toute une population. Néanmoins, mon hypothèse est que dans un petit segment de la population, il y aura des effets durables sur leur état de santé mentale. » Et le chercheur souligne, il faudra que les pouvoirs publics puissent y apporter des réponses. « Mais, finalement, la population qui est effectivement à risque d’un problème de santé majeur est assez limitée », relativise le spécialiste.

Des conseils pour lutter contre l’anxiété

En cette période particulière, quelques bonnes pratiques sont à adopter pour préserver notre bien-être psychologique et social. « Ce qui est bon pour la santé mentale, c’est l’activité physique et sociale, c’est de faire des choses. Alors faîtes des choses : allez dans le jardin, faîtes des activités physiques, bricolez, jouez de la musique… Mettez-vous en activité, et veillez les uns sur les autres », conseille le sociologue. « Il faut aussi garder une hygiène de vie chez soi, c’est très important. »

Eviter les nouvelles catastrophiques

Dans ce contexte particulier, on a tendance à suivre l’actualité de très près. Mais ces informations peuvent elles aussi avoir un impact sur notre moral. « Par ailleurs, un excès d’information peut contribuer à augmenter l’angoisse de ceux qui sont vulnérables », souligne Vincent Lorant.

« D’ailleurs, c’est l’un de premiers symptômes de fragilité : les gens qui sont tout le temps sur les réseaux sociaux, à suivre les informations et s’abreuver de nouvelles catastrophiques. » Pour sortir de ce contexte de nouvelles catastrophiques, consommez aussi une information plus ludique, des sujets qui ne sont pas liés à la crise en cours, avise le spécialiste.

Préserver son intimité

Dans un autre registre, il est aussi important de préserver son espace personnel. « Quand on est confinés à plusieurs, on a le risque d’avoir des relations sociales qui deviennent plus conflictuelles. Il faut donc pouvoir garder une certaine intimité au sien du ménage, que l’on ne soit pas tout le temps confrontés les uns aux autres. »

« Il est temps de s’intéresser aux risques secondaires du confinement »

Malgré les risques existants, la santé mentale de la population ne semble pas être une priorité à l’agenda politique aujourd’hui, déplore le chercheur. « Actuellement, les autorités font ce qu’elles peuvent. Néanmoins, je constate que tout est centré sur la gestion du risque du covid-19 et du risque de contagion. Or, il est temps de s’intéresser aux effets secondaires liés au confinement. »

Et de réclamer des actions concrètes de la part des autorités : « qu’il y ait une réflexion sur un plan stratégique, comme il y a un plan stratégique de lutte contre l’épidémie, pour amoindrir les effets négatifs sur la santé sociale et mentale des individus ». Au-delà, ajoute Vincent Lorant, développer des initiatives qui permettent aux citoyens de garder une activité sociale, en particulier pour les personnes les plus isolées et les personnes âgées. Enfin, assurer l’accès à des soins de santé mentale pour les 5 à 15% de la population qui vit avec un trouble psychiatrique.

Une enquête est lancée

Afin d’évaluer l’impact que ce confinement a et aura sur notre santé mentale et sociale, l’UCLouvain a lancé une vaste enquête via un questionnaire en ligne.

« Ensuite, dans deux semaines, on va recontacter les gens pour voir si leur état de santé mentale s’est maintenu, ou si, au contraire, s’est dégradé », précise Vincent Lorant, qui coordonne cette étude. « Cela permettra de donner un signal important aux pouvoirs publics sur l’évolution du moral de la population ».

Un message qui sera essentiel, insiste le chercheur. « Il faut bien se rendre compte que l’implémentation des mesures de prévention décidées par les pouvoirs publics dépend en grande partie de l’adhésion de la population. Cette adhésion de la population dépend elle-même de son état de santé mentale. Et une population soutiendra les mesures du gouvernement dans la mesure où elle est disposée à le faire. »

L’enquête est disponible sur www.uclouvain.be/covidetmoi, la participation prend environ dix minutes.