Les perturbateurs endocriniens : Que sont-ils ? Que font-ils ? Et comment les éviter ?

Récemment, les experts du Conseil supérieur de la santé (CSS) ont tiré la sonnette d’alarme face à la multiplication des agents chimiques qui ont comme effet de perturber l’équilibre endocrinien ou entraînent des mutations incontrôlées. Dans notre vie quotidienne, nous sommes constamment en contact avec ces perturbateurs endocriniens qui s’attaquent à notre santé, et bien plus encore aux jeunes enfants et aux femmes enceintes. Mais que sont-ils? Que font-ils? Et comment les éviter?

«Nous disposons de données épidémiologiques moléculaires suffisantes pour affirmer que les agents mutagènes, les perturbateurs endocriniens, les substances qui se lient à des récepteurs hormonaux ou à des récepteurs nucléaires agissent en tant que facteurs de transcription dans les polluants et les produits synthétiques. Et contribuent au risque de maladie cardiovasculaire, de cancer, de diabète, de dysfonctionnement de la reproduction féminine et masculine, mais aussi aux troubles du neurodéveloppement et de la cognition» «expliquait le toxicologue Nicolas Van Larebeke, dans Le Soir. Sur 145.297 produits chimiques répertoriés en Europe, seule une centaine a été évaluée quant à leur dangerosité. Un sur cinq serait à exclure, à terme.

Quels dangers?

En perturbant l’équilibre hormonal, les perturbateurs endocriniens peuvent être très nocifs pour la santé en altérant des fonctions telles que la croissance, le développement, le comportement et l’humeur, le sommeil, la circulation sanguine, la fonction sexuelle et reproductrice, etc. Même à très faible dose, ils provoquent des changements graves, notamment sur le fœtus, l’embryon et les jeunes enfants. Malformations génitales, ménopauses et pubertés précoces, infertilité et même cancers peuvent être des conséquences de l’exposition à ces substances.

Quelles substances?

La liste de ces produits dangereux est longue. On y trouve notamment le bisphénol, les phtalates, les pesticides, le PCB, le cadmium, le mercure, le plomb, le Triclosan, les parabènes ou encore le téflon. Parmi toutes ces substances, la justice européenne a confirmé en juillet dernier la classification du bisphénol A comme «substance extrêmement préoccupante», une désignation qui était contestée par l’industrie du plastique. S’il n’est pas la substance la plus toxique de tous les noms cités plus haut, il était par contre le plus répandu dans nos habitudes de consommation. Il intervenait en effet dans la fabrication des matières plastiques (dont les biberons), dans les résines ‘époxydes’ des faces internes des boîtes de conserve et des cannettes, ainsi que dans les emballages de plats préparés.

L’industrie alimentaire a donc été contrainte de remplacer le bisphénol A par du… bisphénol S dont on ne connaissait alors que très peu les effets sur le corps humain. Mais une récente étude française, parue en juillet dernier, a suggéré que le ‘S’ était potentiellement encore plus dangereux que le ‘A’. D’après des chercheurs de l’Université de Grenade en Espagne, près de 90% des… tickets de caisse contiendraient encore du bisphénol A. Selon le professeur Nicolas Olea, «les tickets ne doivent pas entrer en contact avec des aliments pendant qu’on déballe les courses dans la cuisine. Ne froissez pas les reçus avant de les jeter à la poubelle, ne les laissez pas traîner dans votre voiture ou dans votre sac.»

Fast-food et sandwiches

Parmi les autres perturbateurs endocriniens en contact avec nos aliments, on peut également citer les phtalates présents dans les emballages alimentaires et qui peuvent migrer dans la nourriture, notamment lors d’un passage aux micro-ondes. D’après une étude américaine parue l’an dernier, prendre ses repas à l’extérieur augmenterait d’ailleurs son exposition aux phtalates de près de 35%., indique une étude américaine. Les adolescents -les plus gros consommateurs de restauration rapide et de produits à emporter- semblent particulièrement touchés: leurs niveaux de phtalates étaient 55% plus élevés par rapport aux participants de l’étude qui mangeaient exclusivement à la maison. Burgers et sandwiches figurent parmi les produits alimentaires les plus à risque «s’ils ont été achetés à un fast-food, un restaurant ou une cafétéria» avec une exposition aux phtalates augmentée de 30%.

Si notre alimentation baigne dans un environnement de perturbateurs endocriniens, c’est également les cas des cosmétiques. Que ce soit les shampoings, les gels douche, le dentifrice, les crèmes à raser, les lingettes jetables, les déodorants, ou encore les colorants pour cheveux, la plupart contiennent des phtalates, mais aussi des parabènes, du triclosan et des alkyphénols. Des produits qui modifient l’équilibre des hormones thyroïdiennes mais qui sont aussi toxiques pour le foie et les voies respiratoires.

Enfin, un récent adage affirme que l’air de nos intérieurs est plus pollué que celui à l’extérieur. Et c’est vrai! Les sources ne manquent pas: des peintures aux tissus sur les meubles, des produits d’entretien aux vêtements, des matelas aux cires pour parquet, etc. Certaines huiles essentielles sont même à éviter fortement.

Comment les éviter le plus possible?

La règle de base est d’éviter au plus possible les contenants (bouteilles, conserves, canettes, sacs plastiques), et d’acheter les produits en vrac. Ce qui est de plus en plus simple grâce à cette tendance de consommation ‘zéro déchet’ depuis quelques années. Pour mettre en place une stratégie, de petites actions peuvent être facilement mises en place: utiliser un sac cabas pour les courses, boire dans un verre, refuser les sacs plastiques et les tickets de caisses, acheter des plats en bocaux, mais aussi boire de l’eau du robinet en la filtrant, réchauffer les aliments dans des plats en verre, et enfin bien laver et éplucher les fruits et légumes bio!

Pour les bébés, il vaut mieux se fournir dans les magasins de puériculture bio pour les couches, les jouets, l’alimentation, les biberons et les vêtements. Côté ménage, le savon noir, le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude sont redevenus à la mode. N’hésitez en outre pas à aérer le plus possible votre intérieur. Pour les cosmétiques, c’est plus compliqué. S’il est facile de trouver des produits sans parabène, il est plus difficile d’échapper aux phtalates. Le bon réflexe est donc de vérifier que la liste des composants est courte et qu’on n’y trouve pas de parfums, de MIT (methylisothiazolinone), des sulfates, de BHA, de BHT ou encore de Triclosan. Enfin, s’il est bon de consommer du poisson, il vaut mieux éviter d’en manger plus de deux fois par semaine tout en diversifiant les espèces et leur provenance. On trouve bien souvent dans leur chair grasse des résidus de métaux lourds tels que le mercure, mais aussi des PCB.