Des scientifiques interpellent la politique agricole européenne

Aris Oikonomou / AFP

Des scientifiques d’Europe et au-delà demandent aux institutions européennes d’améliorer «drastiquement» la proposition pour la Politique Agricole Commune (PAC) post-2020, afin qu’elle cesse de nuire à l’environnement.

Près de 3.600 scientifiques de 63 pays (137 en Belgique) proposent dix actions urgentes pour la sécurité alimentaire, la protection de la biodiversité et l’atténuation du changement climatique. Ces actions pourraient, selon eux, inverser les processus destructeurs en cours et permettre de dépenser l’argent des contribuables dans une agriculture respectueuse de la planète.

D’après ces scientifiques, la PAC actuelle, qui est un moteur central des crises du climat et de la biodiversité, échoue à répondre aux enjeux socio-économiques des zones rurales. Actuellement, les critères d’attribution des aides sont inadéquats: les aides sont distribuées injustement entre agriculteurs, et elles financent des pratiques qui détruisent la biodiversité à grande échelle, en contribuant au changement climatique et à la dégradation des sols et des terres.

Un moment crucial

Cette déclaration des scientifiques tombe à un moment crucial alors que le budget européen 2021-2027 est en cours négociation, y compris la part qui devrait être allouée à la PAC et à quelles conditions. Il est clair qu’en son état actuel, la PAC proposée risque de mettre en danger le Pacte Vert pour l’Europe.

La déclaration propose donc une recette pour la transition écologique de l’agriculture. Notamment, elle appelle à dédier 10% de la surface agricole aux habitats naturels et semi-naturels comme les haies, les bandes fleuries, fossés, talus et mares. Il devrait aussi y avoir des financements spécifiques accordés aux fermiers pour des activités de protection de la nature.

L’abandon de l’Europe?

Pour le moment, le facteur principal qui détermine le montant des «aides aux revenus» versé à un agriculteur est la taille de sa ferme: 80% des paiements vont à 20% des plus grandes fermes en Europe. Les agriculteurs sont alors coincés dans un cercle vicieux où moins ils ont de terre, moins ils ont d’aide et de revenu, et moins ils peuvent s’agrandir -quelle que soit la qualité environnementale de leurs pratiques.