En finir avec le tabou de la masturbation au sein du couple

La masturbation, ou l’art de se faire plaisir en solitaire, est encore souvent perçue comme un geste pervers au sein du couple. «Mon partenaire est-il insatisfait au lit avec moi?», «Fait-il cela seul parce que je ne lui plais plus?» sont des questions que la sexologue Valérie L’Heureux a l’habitude d’entendre en consultation. Pourtant, il s’agit, d’après elle, d’une pratique tout à fait saine qui peut apporter beaucoup au sein du couple. Dépoussiérons ensemble ce tabou sur le plaisir le plus intime qui soit!

Au cours de l’Histoire, la masturbation a longtemps été réprimée, soit par les religions, soit par les normes sociétales. Si sa pratique s’est normalisée au cours du 20e siècle, voire plutôt au cours du 21e pour les femmes, elle n’en reste pas moins un sujet parfois difficile à aborder au sein du couple. «Avant cette normalisation de la pratique, environ dans les années 60, il y a eu un 19e siècle qui faisait de ce geste un pêché et qui était profondément ancré dans la culture et dans les familles. Il y avait en plus de cela un certain puritanisme qui affirmait que c’était mauvais pour la santé, on retrouve d’ailleurs encore cette idée dans le sport, alors qu’on est en 2020», explique la sexologue Valérie L’Heureux.

Se masturber, en couple, pourquoi faire?

De prime à bord, on pourrait se demander l’intérêt de se masturber lorsque l’on a un compagnon avec qui partager des moments intimes. Parfois diabolisée et considérée comme réservée aux célibataires, elle a pourtant bel et bien sa place au sein de votre relation. C’est une des raisons pour laquelle elle est légitime, car le désir n’est pas toujours présent au même moment pour les deux membres d’un couple. Nos libidos ne sont pas toujours réglées de la même manière et la masturbation permet de rééquilibrer son désir sans créer de sentiment de frustration ou harceler son partenaire.

Et naturellement, cela n’a rien à voir avec l’attirance que l’on éprouve pour lui ou pour elle. Cette pratique lorsque l’on est en couple est souvent associée à un manque de désir pour l’autre, voire pour une insatisfaction, choses qui s’expliquent notamment via notre rapport à la pornographie, affirme Valérie L’Heureux: «On sait qu’environ 98% des garçons utilisent un support pornographique pour se masturber. Lorsque les images ne concernent pas la fille elle-même, ça peut être vécu comme une trahison, car l’excitation visuelle concerne quelqu’un d’autre. Pourtant il ne s’agit que d’une stimulation, et cela n’a souvent rien à voir avec la personne présente sur le support.»

D’après notre experte, il est toutefois important de dédramatiser cette pratique tout à fait saine: «Les couples sont parfois dans une idée plus romantique de la sexualité. Dès lors, ils veulent mettre les rapports avec l’autre en principal, garder le meilleur pour l’autre.»

Choisir son moment

Il est donc important de penser à soi-même et de s’accorder des moments intimes. Lorsque l’on vit ensemble, il est parfois compliqué de se trouver un moment et un endroit pour se retrouver avec soi-même, que cela soit pour la masturbation comme pour d’autres raisons. Toutefois, il n’est pas toujours indispensable de le dire à l’autre, notamment lorsque son partenaire n’a pas envie de faire l’amour. «Je ne pense pas que cela soit nécessaire de dire à l’autre l’heure, l’endroit et la façon dont on s’est masturbés. Ce n’est pas agréable de savoir que son partenaire a pu se masturber en pensant à quelqu’un d’autre. Il faut laisser sous-entendre que l’on est autonome pour se faire plaisir, mais pas spécialement plus», estime la spécialiste.

Par contre, cela peut être intéressant de discuter de cette pratique avec l’autre pour savoir ce qui lui plaît et pour mieux connaître ces organes qui peuvent être extrêmement complexes à apprivoiser. On a beaucoup à apprendre de ce que l’autre aime. L’essentiel, c’est donc de faire preuve d’ouverture envers l’autre et d’accepter que son partenaire puisse ne pas avoir besoin de quelqu’un pour avoir une sexualité épanouie.

Se faire plaisir, sans que cela devienne un problème

Cette pratique ne doit pas non plus devenir un refuge, pour Valérie L’Heureux: «Quand cela prime sur la relation sexuelle, c’est qu’il y a d’une certaine manière un dysfonctionnement. Si cela devient plus plaisant tout seul et que lorsque l’autre vient vers nous, on éprouve plus de désir, cela devient problématique.» Dès lors, il est important de trouver son équilibre, entre moments pour soi, qui ont naturellement leur légitimité, et moments de partage avec l’autre.

Même son de cloche pour la masturbation qui précède un rapport dans une optique de performance, toujours selon la sexologue: «C’est effectivement quelque chose qui peut arriver et ce n’est pas dérangeant. Maintenant cela ne doit pas devenir une sorte de médicament que l’on prend de façon systématique. Je pense que cela doit être fait dans de bonnes conditions, ni trop vite, ni trop peu avant le rapport.» Comme souvent, il est donc recommandé de trouver un juste milieu afin que les deux membres du couple aient une sexualité épanouie, dans laquelle la masturbation existe en complément des relations sexuelles.

Sébastien Paulus

Et le sextoy dans tout ça ?

Le sextoy est souvent associé au plaisir solitaire et n’est pas spécialement quelque chose auquel on pense tout de suite lorsque l’on aborde la sexualité au sein du couple. Pourtant, il est possible de pimenter vos ébats avec ces accessoires, qui peuvent facilement devenir des jeux entre vous. Réfléchissez-y : télécommandes à distance, sextoy en plus durant le rapport ou encore anneaux péniens peuvent servir d’accessoires fun, pour faire grimper encore un peu plus vos soirées en amoureux. Il peut également permettre de mettre la femme plus à l’aise et de la stimuler comme elle l’apprécie, si elle a été habituée à se masturber avec un sextoy. Le web et autres sexshops regorgent de sextoys aussi loufoques qu’intrigants, il serait tout de même dommage de s’en priver !