Géraldine Chaplin dans The Barefoot Emperor : « Je connais le chaos politique belge »

Elle a un des noms de famille les plus célèbres de l’histoire du cinéma, et à 75 ans, ses yeux pétillent comme ceux d’une petite fille. Polyglotte et pleine d’humour, Géraldine Chaplin a suivi les traces de son père Charlie. Entre cinéma d’auteur, séries (‘The Crown’) et blockbusters (’Jurassic World’), elle a trouvé le temps de passer au Festival de Gand pour nous parler de son (double) rôle dans la comédie belge ‘The Barefoot Emperor’.

Comment avez-vous atterri dans l’univers particulier de Peter Brosens et Jessica Woodworth (‘Altiplano’, ‘La Cinquième Saison’)?

Geraldine Chaplin: «Jessica m’a envoyé le scénario, et avec, leurs films précédents. Je les ai trouvés tellement drôles que j’ai immédiatement accepté.»

Que saviez-vous de la Belgique avant ce film?

«J’ai tourné un film à Bruxelles: ‘Une page d’amour’ de Maurice Rabinowicz, avec Sami Frey. C’était juste après la naissance de mon fils, il y a une quarantaine d’années, en 1978. Je me souviens que j’étais très triste, parce qu’on ne voyait jamais le soleil! Moi qui ai vécu une partie de ma vie en Espagne, c’était dur. Mais j’ai des beaux souvenirs de la ville, surtout la Grand-Place.»

Donc vous connaissiez un peu le chaos politique belge…

«Oui, tout à fait. Et puis je vis en Suisse, c’est la même merde: il fait gris, on parle trois langues différentes, et personne ne veut parler la langue de l’autre (rires)!»

Vous jouez un double rôle dans le film…

«À la base on ne m’en a proposé qu’un seul, celui de Lady Liz. Et puis ils ont eu un souci avec l’actrice qui devait jouer l’autre rôle, et Jessica a eu cette idée géniale et m’a dit: puisque tu es là, tu ne veux pas le faire? Et elle a réfléchi à comment l’incorporer au récit…»

Née en Californie, vous avez vécu en Suisse, en Espagne… vous vous sentez plutôt européenne ou américaine?

«J’ai toujours eu l’impression de ne pas avoir de racines. Et pourtant je n’ai qu’un seul passeport, le Britannique. Quand mon père, accusé de communisme, a été expulsé des États-Unis, il a jeté nos passeports américains. Les USA ne l’ont jamais laissé revenir… jusqu’en 1972 pour l’Oscar d’honneur. Ils ont été fantastiques: ils ont donné un long visa à ma mère sans souci, mais pour mon père, seulement une semaine. Il a dit: ‘ils ont encore peur de moi’ (rires)!»

Est-ce que ça vous lasse qu’on vous parle de votre père?

«Pas du tout, j’adore parler de mon père. C’était un homme formidable, et incomparable. L’autre jour on m’a demandé si ce n’était pas trop de pression de se comparer à lui, mais pourquoi ferais-je cela? Personne ne peut se comparer à Charlie Chaplin, il est unique.»

Dans votre filmographie on trouve des grands noms du cinéma d’auteur, comme Claude Lelouch, Carlos Saura, Robert Altman… mais aussi ‘Jurassic World’!

«C’est parce que Juan Antonio Bayona pense que je lui porte chance! J’ai fait son premier film, ‘El Orfanato’, et ça a été un grand succès. Depuis, il me trouve toujours un petit rôle. Mais quand il a été choisi pour faire ‘Jurassic World’, il m’a dit, désolé: ‘il n’y a rien pour toi’… Je lui ai répondu: ‘je peux faire un dinosaure’ (rires)! Ensuite il m’a annoncé ‘j’ai trouvé, tu te feras manger par le plus féroce de tous’… et puis finalement il l’a coupé au montage.»

Votre prochaine aventure?

«Je vais en Bolivie tourner un film dont je suis tombée amoureuse du scénario. Je joue une vieille femme mourante, comme souvent (rires). Et puis je suis dans la troisième saison de ‘The Crown’ avec Olivia Coleman, où je joue Wallis Simpson, et dans la série américaine ‘Britannia’. J’ai un film qui sort en Espagne le mois prochain… Je bosse!»

Elli Mastorou

The Barefoot Emperor

En 2017, ‘King of the Belgians’ imaginait un Roi des Belges (Peter Van den Begin) traversant l’Europe via les Balkans pour rejoindre son pays qui avait fait sécession. Un pitch visionnaire, à l’aune de la crise des réfugiés… Trois ans plus tard, Nicolas III et son équipe (Lucie Debay, Titus de Voogdt, Bruno Georis) sont toujours sur la route de Bruxelles. Mais, victimes d’un attentat à Sarajevo, ils échouent sur une île croate qui appartenait à Tito, avec des individus aux intentions politiques douteuses… (Udo Kier, Géraldine Chaplin). Lâchant l’aspect ‘faux docu’ du premier volet, Brosens & Woodworth perdent en dynamisme mais regorgent toujours de bonnes idées (tant sur la mise en scène que le scénario, plein d’allusions à l’Europe du siècle passé, et au regain de nationalisme actuel). Il manque hélas un collier pour lier toutes ces perles, car le rythme a tendance à s’essouffler. Le résultat est original, mais manque d’aboutissement. Un peu comme la Belgique, finalement.(em) 3/5