Des pistes pour renverser le déclin massif des insectes

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Arrêter de répandre des pesticides, réduire la pollution lumineuse et sonore, privilégier des biens dont la production n’est pas nocive pour l’environnement… Voici quelques-unes des mesures qu’il faudrait appliquer immédiatement pour lutter contre le déclin massif et alarmant d’insectes. Dans un plan d’action relayé par le magazine Nature, une septantaine de scientifiques internationaux livrent leurs pistes et appellent les autorités à agir, sans délai. 

Les études se multiplient et se répètent. Depuis des années, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : l’activité humaine sur Terre menace les populations d’insectes d’extinction.

La pollution, le dérèglement climatique, la réduction, voire la disparition de leur habitat, la surexploitation des terres… Autant de facteurs humains qui réduisent drastiquement la diversité et la quantité d’insectes et d’autres invertébrés sur Terre.

« Il y a aujourd’hui un large consensus scientifique sur le fait que le déclin des insectes, des autres arthropodes et de la biodiversité dans son ensemble, est une menace très réelle et très sérieuse à laquelle la société doit faire face de toute urgence », alertent des scientifiques internationaux, dans un article publié dans la revue Nature.

L’exemple allemand

Plus de 70 scientifiques, venus des cinq continents, se sont rassemblés pour appeler les autorités à agir immédiatement pour contrer ce déclin. Ils applaudissent l’Allemagne, dont le gouvernement a décidé de consacrer 100 millions € par an pour combattre et inverser le déclin des insectes. « Ce financement devrait faire office d’appel au clairon aux autres pays du monde, en particulier les plus riches, pour qu’ils emboîtent le pas et répondent de manière proactive à la crise, en s’attaquant aux menaces et en mettant en œuvre des solutions », écrivent les auteurs.

Et ces solutions, ce collectif de chercheurs les livrent clef en main. En effet, il ne se contente pas d’appeler à l’action mais propose également une feuille de route pratique. « En tant que scientifiques, nous voulons rassembler toutes les connaissances à notre disposition et les mettre en pratique avec les gestionnaires des terres, les décideurs politiques et toutes les autres personnes impliquées », explique au Guardian le professeur Jeff Harvey de l’Institut néerlandais d’écologie et auteur principal de l’appel. «Fondamentalement, nous pensons stratégiquement, et ça c’est nouveau. Dès à présent, tout doit être pensé pour inverser le déclin des insectes ».

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Agir immédiatement

Ce plan « implique la mise en œuvre immédiate de plusieurs mesures ‘sans regret’», écrivent les auteurs. Ces mesures « sans regret » se réfèrent à des actions à mettre en œuvre dès que possible, qui seront bénéfiques à la biodiversité même si leurs effets directs sur les insectes ne sont pas encore connus. Il s’agit en premier lieu de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. De mettre en œuvre des stratégies de conservation pour les espèces vulnérables, menacées ou en danger en protégeant leur habitat. Il convient aussi de lutter contre les espèces invasives et stopper l’introduction d’espèces exotiques. Les chercheurs encouragent les états à financer des programmes de sensibilisation et à recourir aux incitants fiscaux pour encourager les technologiques et les comportements respectueux de l’environnement (et donc des insectes).

Ces recommandations ne sont pas uniquement adressées aux décideurs politiques. En effet, chacun peut agir à son échelle pour ralentir, voire même inverser le déclin des insectes. Arrêter l’utilisation de pesticides et d’engrais synthétiques, réduire la pollution lumineuse et sonore, favoriser les produits dont la fabrication ne se fait pas au détriment des écosystèmes et des espèces, veiller à la conservation des zones naturelles et des espèces menacées… Autant de solutions auxquelles chacun peut prendre part.

« Surtout, nous ne devons pas attendre d’avoir comblé toutes nos lacunes en matière de connaissance pour agir », plaident les scientifiques. « Nous avons déjà suffisamment d’informations sur certaines causes principales du déclin des insectes pour formuler des solutions. » Des données supplémentaires seront encore compilées et évaluées. En outre, l’impact des nouvelles mesures sera lui aussi évalué afin de les améliorer, dans une approche « d’apprentissage par la pratique », ajoutent les équipes. « Nous devons agir maintenant ».

Oriane Renette

La recherche, un rôle essentiel

En plus des mesures à appliquer immédiatement, les scientifiques ont émis des recommandations à destination du monde académique. Pour mieux comprendre et évaluer ce déclin de la biodiversité, les chercheurs ont un rôle clef à jouer.
Ainsi, les signataires de cet appel publié dans Nature estiment nécessaire de lancer des études et recensements à grande échelle, notamment dans les zones les moins documentées. En évaluant la diversité d’espèces d’insectes et leur état de conservation, ils pourront alors déterminer les espèces prioritaires à préserver (et donc les actions prioritaires à entreprendre). Selon ces scientifiques, il convient aussi, à moyen-terme, de favoriser les recherches sur les facteurs anthropogéniques, soit dus à l’activité humaine, qui conduisent au déclin des insectes.

Parmi les pistes pour le long terme, ils plaident pour la création de protocoles standardisés et la mise en place d’un organe international de documentation et de suivi. De manière globale, ils insistent sur l’importance du recours à la « science citoyenne » pour sensibiliser le public tout en collectant davantage de données, notamment des données du privé et des musées en plus de celles du monde académique, pour évaluer la diversité et l’abondance d’insectes.

Enfin, lancer des partenariats public-privé et des initiatives de financement durable pour restaurer, protéger et créer de nouveaux habitats pour insectes et faire face aux principales menaces semblent aussi une priorité.

 

« Déclin apocalyptique »

D’après un premier bilan mondial, effectué en février 2019, plus de 40% des espèces sont en déclin à travers le monde, et un tiers d’entre elles sont en voie de disparition. À ce rythme-là, tous les insectes pourraient avoir disparu de notre Planète d’ici 100 ans, alertaient les auteurs de cette revue de littérature, publiée dans le journal « Biological Conservation ». Suivre la voie l’extinction, c’est se placer sous la menace d’un « effondrement catastrophique des écosystèmes de la nature ». En effet, les insectes sont essentiels au bon fonctionnement de nos écosystèmes. Ils servent de pollinisateurs, mais participent aussi au recyclage des nutriments et font office de repas pour de nombreuses autres espèces, dont la survie en dépend.