Le carnaval de Rio, entre féérie et messages politiques

AFP / C. Da Souza

Une immense tête de mort dorée, une sirène noire dans un aquarium: la féerie et les messages politiques se sont invités dans la nuit de dimanche à lundi au sambodrome, haut lieu d’un carnaval à la fois somptueux et contestataire.

Malgré la vague ultra-conservatrice qui a déferlé sur le Brésil depuis l’arrivée au pouvoir il y a un an du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, Rio est déjà plongée dans l’ivresse du carnaval depuis plusieurs jours.

Pas moins de 2 millions de fêtards ont pris part à des cortèges délurés où la bière coule à flots dans les rues tout au long du week-end. Mais c’est au sambodrome que cette gigantesque fête populaire prend toute sa dimension féerique, avec des chars somptueux pouvant mesurer plus de dix mètres de haut et des milliers de danseurs aux costumes brillant de mille feux sous les projecteurs.

Sept des 13 principales écoles de samba de Rio défilent dimanche soir et les six autres lundi, dans l’espoir de convaincre les jurés de leur attribuer le titre très convoité de champion du carnaval. Un an de travail jugé en un peu plus d’une heure, devant quelque 70.000 spectateurs et des millions de téléspectateurs.

Des défilés engagés

Cette année, au-delà du strass et des paillettes, les écoles de samba ne lésinent pas sur les messages politiques. La championne en titre, Mangueira, sera la troisième à se présenter dimanche, avec un défilé qui s’annonce très engagé: un Jésus «au visage noir, au sang indigène et au corps de femme», né dans une favela et prêchant un message de tolérance. Le choix de ce thème a suscité de nombreuses critiques de groupes ultra-conservateurs, qui l’ont jugé blasphématoire.

La chanson de Mangueira a pour titre «La vérité vous rendra libre», extrait d’un verset biblique cité à maintes reprises par Jair Bolsonaro, qui a bénéficié de l’appui massif des Eglises évangéliques lors de son élection en octobre 2018.

Les aides supprimées

Pour la première fois, les écoles de samba, qui donnent toute sa splendeur au carnaval brésilien, se présentent sans subvention publique de la mairie. Depuis son élection en 2016, le maire Marcelo Crivella, pasteur évangélique, a toujours snobé la plus grande fête populaire du Brésil.

Les subventions, qui s’élevaient à deux millions de réais par école en 2017 (environ 625.000 € au taux de change moyen de cette année), ont été réduites progressivement, jusqu’à disparaître cette année.

«Comme on n’a plus de subvention, on doit se débrouiller pour que le défilé soit prêt à temps. On organise des évènements au siège de l’école pour obtenir des fonds, on est une grande famille», explique, Leila Aparecida, 52 ans, membre d’Estacio de Sa.