Une petite sieste et c’est reparti !

AFP PHOTO / Karen BLEIER

Bonne pour la concentration, la vigilance, l’humeur, le système immunitaire… Les bienfaits de la sieste sont nombreux. Arrêtez donc de culpabiliser si le sommeil vous prend en journée et laissez-vous tomber dans les bras de Morphée.

S’il est de notoriété publique que Winston Churchill était un amateur de cigare et de whisky, on sait un peu moins qu’il aimait les siestes. Une caractéristique que le Vieux Lion partage avec Napoléon, Thomas Edison et Albert Einstein. Ce dernier était d’ailleurs connu pour faire de nombreuses siestes sur sa journée et pour ne pas profiter de longues nuits de sommeil. De ce point de vue, Einstein se rapprochait de 85% des mammifères de la planète, qui partagent eux aussi leur sommeil sur plusieurs périodes de la journée. À l’inverse, la plupart des humains voient leurs journées partagées sur deux longues périodes distinctes : la phase éveillée et la phase endormie. Ce qui ne nous empêche pas de piquer un petit somme de temps en temps.

De nombreux bienfaits

Et pour cause, les bienfaits de la sieste sont nombreux. Comme le rappelle la Sleep Foundation américaine, les siestes permettent de restaurer la vigilance, d’améliorer les performances, et de réduire les accidents. Des constats partagés par la Nasa qui, il y a 25 ans déjà, a découvert qu’une sieste de 40 minutes chez ses pilotes et ses astronautes augmentait leurs performances de 35% et leur niveau de vigilance de 54%! La sieste aurait également un effet positif sur notre système immunitaire et notre rapport au stress. C’est en tout cas ce qu’a découvert Brice Faraut, chercheur en neurosciences dans l’équipe Vigilance, Fatigue, Sommeil et Santé publique (VIFASOM) à l’Université Paris Descartes, dans une étude publiée en 2015. Parmi ses autres bienfaits, notons une baisse de la tension artérielle, une amélioration de l’humeur et des bénéfices psychologiques, la sieste pouvant être un excellent moyen de se relaxer et de faire une pause dans sa journée.

Une sieste de combien de temps ?

La Sleep Foundation recommande, pour une sieste idéale, de s’endormir de 20 à 30 minutes maximum, si possible entre 13h et 15h. Cette fenêtre de deux heures serait en effet le moment idéal pour booster votre vigilance, sans que la sieste ne vous laisse dans un état vaseux pour le reste de la journée. Dormir plus tard, ou plus longtemps, pourrait également avoir un impact négatif sur votre sommeil une fois la nuit tombée. Optez aussi pour un environnement calme pour trouver le sommeil. Évitez un maximum les endroits bruyants et trouvez une pièce où la température est confortable. Si vous souffrez d’un manque de sommeil conséquent, vous pouvez très ponctuellement opter pour une sieste plus longue, d’une durée d’1h30, qui correspond à un cycle du sommeil.

Quoi qu’il en soit, faites attention à ne pas durablement remplacer votre sommeil par des microsiestes. On conseille généralement aux adultes de dormir des nuits de 7 à 9h pour être suffisamment reposés. Selon une étude de NewPharma, une personne sur deux estime ne pas assez dormir en Belgique.

Clément Dormal

Une question de culture

Si la (micro)sieste est plutôt mal vue en Belgique, ce n’est pas le cas partout dans le monde. Au Japon, un des pays où l’on dort pourtant le moins selon une étude parue dans Science Advances fin 2018, elle est même considérée normale et porte un nom spécifique : l’inemuri. Ce que l’on pourrait traduire par « dormir tout en étant présent ». Dans l’Empire du soleil levant, la microsieste se pratique donc dans les transports en commun, voire au travail ! Il s’agit même d’une manière de montrer que l’on se donne à fond au boulot. Tellement à fond que l’on a besoin de récupérer grâce à la sieste. Si la pratique est bien vue, elle reste néanmoins réglementée. Vous devez par exemple faire votre sieste à la vue de tous et être apte à reprendre le travail dès le réveil. L’inemuri cache également une réalité du travail plus sombre. Le Japon est en effet connu pour ses journées de labeur interminables qui causent de nombreux cas de « karoshi », ou mort par excès de travail. Selon une réforme du travail votée en 2018, les Japonais peuvent effectuer jusqu’à 100 heures supplémentaires par mois, alors que la zone à risque de « karoshi » a été fixée à 80 heures par les autorités.

 

Attention à la sieste trop longue

Si ses bienfaits sont nombreux, attention toutefois à ne pas régulièrement faire des siestes de plus d’une heure. Selon une étude parue en septembre 2016 et réalisée par des chercheurs de l’université de Tokyo, les personnes qui font des siestes de plus de 60 minutes par jour présentent « un risque significativement plus élevé de diabète de type 2 » par rapport à ceux qui ne font pas de sieste. Ce risque supplémentaire est évalué à 45% selon l’étude. Si les résultats interpellent, ils doivent aussi être pris avec précaution. « Un des biais possibles est que les gens qui sont peu actifs et en surpoids ou obèses sont probablement plus enclins à faire des siestes durant la journée. Or ces personnes ont aussi plus de chances de développer un diabète », a ainsi observé Paul Pharoah, professeur à l’université de Cambridge (Royaume-Uni).