Écouter de la musique en travaillant : Bonne ou mauvaise idée ?

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C’est une question qui revient souvent. Écouter de la musique permet-il de mieux travailler? Au boulot, tout le monde a son opinion. Vous avez probablement un collègue qui passe son temps les écouteurs enfoncés dans les oreilles alors que, pour vous, la musique n’est rien d’autre qu’une source de distraction. Et à en croire la science, vous avez tous les deux raisons.

On le sait, la musique a des effets sur notre corps et notre esprit. Il a par exemple été prouvé qu’elle permettait de lutter contre le stress, de diminuer la douleur ou de limiter les symptômes de certaines maladies. En sport, des études ont mis en avant l’influence de la musique sur les performances des sportifs. «Plusieurs études scientifiques révèlent que la musique peut avoir un impact favorable sur la performance sportive. La musique diminue les sensations de malaise qui découlent de l’activité physique, elle augmente la tolérance à l’effort, elle aide à la concentration et à la préparation mentale», explique le Centre français de ressources en Médecine du Sport et Sport Santé.

Le mythe de l’effet Mozart

En ce qui concerne le travail, de nombreuses études ont tenté de trouver un lien entre musique et productivité. En 1993 déjà, des chercheurs Américains ont publié dans la revue Nature une étude qui évoquait un lien entre une réussite élevée dans certains tests de raisonnement spatial et l’écoute de sonates de Mozart. Ce lien supposé a été appelé l’«effet Mozart».

Problème, ces résultats cachaient de gros problèmes méthodologiques, notamment en ce qui concerne le nombre de participants et la reproductibilité de l’expérience. Après de nouvelles études, l’effet Mozart a finalement été démenti par la communauté scientifique. Le mythe a pourtant la peau dure et il n’est pas rare que des personnes fassent le lien entre écoute de musique classique et intelligence.

Un boost de créativité

Mais tout n’est pas noir pour autant. Dans une étude publiée en 2005 dans Psychology Research, Teresa Lesiuk, professeure de thérapie musicale à l’université de Miami, a prouvé que ceux qui écoutaient de la musique effectuaient plus efficacement des tâches et proposaient de meilleures idées que ceux qui travaillaient en silence. Selon elle, les travailleurs devraient écouter la musique qui leur plaît, peu importe le style.

«L’écoute de musique basée sur le choix des travailleurs a un effet positif sur la qualité du travail et sur le temps consacré à la tâche», concluait-elle d’ailleurs dans son étude. Un résultat confirmé en 2011 dans la revue PLOS One, des chercheurs étant arrivés à la conclusion que le fait d’écouter une musique connue a un effet positif sur la concentration, à l’inverse des musiques que l’on découvre. En 2017, une autre étude, toujours dans PLOS One, révélait finalement qu’écouter de la musique «heureuse» aidait à avoir des pensées divergentes, c’est-à-dire des idées créatives et originales.

Des effets négatifs

On l’a vu, écouter de la musique permettrait d’être plus créatif et, dans certains cas, d’être plus concentré. Ce second point fait pourtant débat au sein de la communauté scientifique. En 2010, des chercheurs se sont intéressés à l’impact de la musique sur la capacité d’apprendre une série de chiffres et de lettres. Et selon les résultats publiés dans la revue Applied Cognitive Psychology, cette influence serait négative. Écouter de la musique, qu’importe si on l’aime ou pas, serait moins productif que de mémoriser la série dans le silence. «Pour réduire les effets négatifs de la musique de fond lorsqu’on essaye de se souvenir d’informations, il faut soit effectuer la tâche en silence, soit écouter uniquement la musique avant d’effectuer la tâche», concluaient à l’époque les chercheurs.

Un résultat confirmé l’année dernière dans une étude réalisée par le Dr. Neil McLatchie, de l’Université de Lancaster. Avec une distinction cependant au niveau du type de musique écouté, celle avec paroles étant selon lui plus défavorable à la concentration.

Un juste milieu?

Comment souvent dans ce genre de situation, la réponse à la question pourrait être plus personnelle. En 2013, des chercheurs finlandais et italiens ont étudié l’influence de la musique sur le travail de musiciens et de non-musiciens. Pour ce faire, deux types de morceaux étaient proposés aux participants: des musiques familières et des musiques neutres. Résultat, les musiciens avaient tendance à être plus efficaces dans leur tâche avec des musiques familières. Alors que l’effet inverse était observé chez les personnes qui ne pratiquaient pas de musique. Les effets positifs ou négatifs du travail en musique seraient donc plus personnels.

Clément Dormal

L’éducation musicale bénéfique chez les enfants

Si l’intérêt d’écouter de la musique en travaillant est encore débattu, l’utilité de l’apprentissage de la musique dès le plus jeune âge n’est plus à prouver. On note en effet plusieurs liens entre la pratique de la musique et le développement de l’enfant. Les parents qui battent la mesure en bougeant et chantant avec leurs bébés, dès six mois, auraient par exemple une communication plus intense entre eux que les autres. Plus tard, les comptines et les chansons permettent à l’enfant de développer son langage, mais aussi à connaître son corps tout en développant sa motricité. Et selon une étude réalisée sur 18.000 étudiants canadiens, les jeunes qui suivent des cours de musique sembleraient mieux réussir leurs études que les autres.