Les collants écolos en fibre recyclée de Rev Society

Ph. Rev Society

Diplômées de Science Po, il y a moins d’un an, Aurore Jacques et Laetitia Paput, 26 et 25 ans, ont décidé de quitter leur emploi pour de grands créateurs de mode (Louis Vuitton et Lanvin) dans le but de créer Rev Society, leur propre marque de collants écologiques. Un pari ambitieux et en passe d’être réussi!

Comment est né votre projet?

«Nous avons toutes les deux travaillé dans la mode et dans le luxe. Nous aimions beaucoup ce milieu très créatif mais ce sont des grosses institutions dans lesquelles les process pour s’orienter vers des développements plus écologiques sont plus compliqués et mettent beaucoup de temps. On est arrivées à un point où ça a fini par entrer en contradiction avec nos valeurs. Nous avons donc regardé ce que nous pouvions faire nous-mêmes, à notre échelle, pour réconcilier la mode et l’écologie. Nous avons constaté qu’il n’y avait rien, ou presque rien, concernant les collants.»

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par REV Society (@revsociety_) le

« on rêvait d’une mode plus écologique et vraiment engagée »

D’où vient le nom Rev Society ?

« Ce sont les trois premières lettres de « rêver » car on rêvait d’une mode plus écologique et vraiment engagée, de révolutionner la mode et faire revivre les matières. »

Comment sont fabriqués vos collants ?

«Tout d’abord, on a regardé ce qu’on pouvait faire concernant la matière et on s’est rendues compte qu’on ne pouvait pas trouver d’autres matières pour faire des collants que le polyamide (NDLR: le fameux nylon) car sinon il n’y a pas le même rendu sur la jambe. On a donc sélectionné un polyamide recyclé à partir de déchets industriels et qui ne vient pas de l’autre bout de la planète. Notre fil vient d’Italie et est créé à partir de chutes de bobines et de vêtements en polyamide. Avant, ces déchets étaient brûlés ou enfuis. Le polyamide est une matière qui peut être recyclée à l’infini, ou presque. Aujourd’hui, nous avons la technologie pour le recycler et refaire un fil qui a les mêmes qualités qu’un fil vierge. Cette technique utilise 80% d’eau en moins qu’un fil vierge et émet 90% de CO2 en moins dans l’atmosphère. Nous avons ensuite étudié le design du collant pour augmenter sa qualité et sa durabilité. Nous avons opté pour un tricotage fait en Italie avec une maille resserrée. Nous avons également choisi un tricot 3D qui permet d’augmenter la résistance. Enfin, on a fait des choses très simples mais qui n’existent pas sur la majorité des collants en mettant des renforts à la pointe du pied et du talon, les deux endroits où les collants filent le plus facilement à cause du frottement.

Ce sont ensuite des convictions plus personnelles mais on voulait aussi s’engager auprès des femmes en créant des collants confortables avec une ceinture très large, avec une maille très douce et sans coutures à l’entrejambe.»

« l’obsolescence programmée est présente sur la plupart des collants »

Les fabricants traditionnels de collants ont été accusés d’obsolescence programmée. Pensez-vous que ce soit le cas ou qu’un collant est par définition très fragile ?

« Le collant est un produit de lingerie qui est extrêmement fin et en contact avec la peau sur un très grande surface. Par essence, c’est donc un produit qui est plus fragile. Mais aujourd’hui l’obsolescence programmée est présente sur la plupart des collants à cause de l’utilisation d’un fil de très mauvaise qualité qui va casser très facilement. Cela passe aussi par la manière dont les mailles sont tricotées mais aussi par les techniques de fabrication.

Tous les produits utilisés dans le traitement du nylon entrent également en compte. Ces produits chimiques peuvent affaiblir la fibre. Il y a aussi la teinture car aujourd’hui la plupart des collants sont teints dans des énormes bacs avec des produits particulièrement nocifs pour l’environnement mais aussi pour le collant. Tout cela donne un produit qui va filer extrêmement facilement et pour lequel les fabricants ne se sont pas du tout posés de questions sur sa résistance. De notre côté les teintures sont certifiés Oeko-Tex. »

Comment s’est passé le financement participatif ?

« On ne s’attendait pas à un retour pareil. Notre objectif de préventes a été multiplié par quatre. La première production a été financée grâce au financement participatif et elle va arriver la semaine du 14 février. Dès que la production arrivera, les collants seront commercialisés via une plateforme de vente en ligne sur notre site (rev-society.com). Nous sommes également en discussion avec des distributeurs. On voudrait que les produits soient accessibles au plus grand nombre mais on ne veut pas non plus remettre en question nos valeurs écologiques. On avance rapidement mais on réfléchit chaque étape. »

Quel sera le prix de vente et vos collants seront-ils livrables en Belgique?

«En France, le prix moyen d’un collant bas de gamme et sans engagement est de 9 €. Pour rentrer dans nos frais et faire fonctionner la marque, nous arrivons à 24 € pour le modèle 30 deniers semi-transparent et à 27 € pour le modèle 50 deniers qui est presque opaque. Ce coût s’explique parce que la matière recyclée est plus chère que la matière vierge, que nous avons choisi un tricotage de qualité et que nous faisons tout en Europe. Notre produit est un peu plus cher que ce qu’il y a sur le marché mais c’est aussi un gage de qualité.

Bien sûr, ils seront livrables en Belgique. Nous avons d’ailleurs eu pas mal de vente en Belgique via notre crowdfunding

« Personne ne récolte les collants »

Vous aimeriez également vous investir dans la filière du recyclage. Aujourd’hui, concrètement que se passe-t-il avec les collants usés et troués ?

« On travaille d’arrachepied sur cela car c’est un très gros souci. Actuellement, les collants ne sont pas récupérés et recyclés. Le problème, c’est qu’il manque des acteurs entre et les centres de tri et de recyclage. Personne ne récolte les collants. Nous allons donc essayer de travailler avec une association pour établir des bornes de récupération des collants. On travaille également avec un laboratoire de recherche qui a pour but de recycler les collants. Idéalement, d’ici deux ans, on va pouvoir récolter des collants usagés pour fabriquer des collants de la même qualité. »

Avez-vous d’autres projets ?

« On est en train de travailler sur les collants fantaisie qui sont énormément demandés. Les chaussettes sont également un gros poste pour nous car c’est aussi un article qui s’use très facilement et qui utilise des matières qui ne sont pas très écologiques. Les chaussettes nous sont autant demandées par les femmes que par les hommes. Nous avons plein d’autres idées mais pour l’instant, nous allons nous arrêter à ces deux projets qui sont déjà deux gros chantiers. »

Thomas Wallemacq

www.rev-society.com