Revenir au Nokia 3310, un bon moyen de souffler et se déconnecter

Ph. Kevin Steinhardt

Dans un monde de plus en plus connecté, certaines personnes éprouvent l’envie de souffler, de ne plus regarder leur smartphone toutes les deux minutes et de revenir à une époque où les GSM se contentaient d’envoyer des SMS et de passer des appels. Après les smartphones, les «dumbphones» vont-ils faire leur retour ?

À l’aube de l’avènement de la 5G, nous vivons dans une société de plus en plus connectée. Selon les dernières statistiques de Statbel, près de 75% des Belges âgés de 16 à 74 ans ont utilisé un smartphone au cours des trois derniers mois. Ils sont 92% des 16-24 ans, 91% des 25-43 ans et 86% des 35-44 ans contre 32% des 65-74 ans. Les smartphones sont utilisés pour surfer sur internet, aller sur les réseaux sociaux, correspondre par mail, consulter les informations ou encore son compte en banque. Quasiment la moitié des internautes belges écoute de la musique en streaming (46%) et regarde des vidéos (48%).

Un monde trop connecté ?

Le smartphone peut rendre accro. Selon une étude britannique, nous le consultons en moyenne 221 fois sur une journée. Il déclenche aussi des maux étranges. Qui n’a jamais sorti son téléphone de sa poche en pensant qu’il venait de vibrer? C’est le phénomène des vibrations fantômes. En 2016, un nouveau mot a d’ailleurs fait son apparition dans le Petit Robert: nomophobie. Contraction de l’expression anglophone «no mobile phobie», ce terme désigne la dépendance extrême au téléphone portable et la peur panique de se retrouver sans lui.

Dans ce contexte où le smartphone semble être devenu le prolongement du bras de certaines personnes (ce qui n’est d’ailleurs pas sans effet sur la morphologie humaine) ou une extension de nous-mêmes, des citoyens éprouvent le besoin de se déconnecter. Il existe des méthodes douces. Certains smartphones proposent ainsi un mode Zen qui permet uniquement de recevoir des appels et de passer un coup de fil urgent durant un laps de temps défini. Des applications permettent également de faire des récapitulatifs du temps passé quotidiennement ou hebdomadairement sur telle ou telle application, et accessoirement de fixer des limites de temps.

Du smartphone au dumbphone

Mais certains utilisateurs ont décidé d’aller plus loin et d’abandonner leur smartphone pour revenir à la base: un bon vieux GSM du début des années 2000 comme le mythique Nokia 3310, qui résistait à tous les chocs, dont la batterie pouvait tenir jusqu’à une semaine et qui permettait de faire l’essentiel, à savoir passer et recevoir des appels et des SMS (et accessoirement jouer à Snake!).

Étudiante en deuxième année de médecine, Clara a fait ce choix. «Jusqu’à l’année dernière, j’avais un iPhone 7. Ce qui a changé le regard que je portais dessus, c’est de réaliser, au moment de la rentrée en première année de médecine, qu’il me serait impossible d’atteindre le niveau de concentration requis tout en ayant mon smartphone à portée de main. Même si je n’avais pas l’impression d’être sur mon téléphone, j’ai rapidement remarqué que je levais régulièrement la tête de mes cours afin de voir si j’avais des notifications, ce qui induisait des saccades dans mon rythme de travail», a expliqué la jeune femme à nos confrères de Slate. «Cela peut paraître bizarre, mais c’est comme si me séparer de mon smartphone m’avait soulagée d’un poids. C’est pour cette raison que j’ai décidé de ne pas reprendre mon iPhone, même après avoir validé ma première année», conclut l’étudiante.

Flicage et écologie

Les raisons de renoncer au smartphone peuvent être multiples. Certaines personnes constatent que l’utilisation d’un smartphone a des impacts directs sur leur santé comme le fait d’avoir mal aux yeux ou à la tête. D’autres personnes s’inquiètent des émissions d’ondes électromagnétiques de ces téléphones dits «intelligents». C’est un élément négligé par beaucoup de consommateurs mais chaque appareil dispose d’un DAS (débit d’absorption spécifique). Cette valeur chiffrée correspond au rayonnement électromagnétique qui sera absorbé par votre corps en utilisant l’appareil et peut être comparée.

Si certaines personnes renoncent aux smartphones, c’est également pour arrêter de transmettre des données personnelles à des entreprises tierces. Enfin, leur nombre est encore minime mais de plus en plus de citoyens n’achètent plus de smartphone pour des raisons écologiques. Le processus et le lieu de production, les matériaux utilisés, la courte durée d’utilisation de l’appareil ainsi que le manque de recyclage des déchets qui en sont issus font de cette industrie récente un «désastre écologique», estime Greenpeace. Et ce n’est peut-être pas un hasard si, malgré la croissance du marché chinois, depuis plusieurs trimestres, les ventes de smartphones à l’échelle mondiale sont en baisse.

Thomas Wallemacq