Le Belge, l’amour et le sexe, au fil des siècles

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Faire la cour, se marier, faire des câlins… Avons-nous encore des choses en commun avec nos ancêtres les Gaulois ou avec les paysans du Moyen Âge ? Didier Dillen, historien et journaliste, s’est intéressé à la sexualité des Belges au fil des siècles et a écrit un livre de 220 pages sur le sujet : « L’histoire amoureuse des Belges », aux éditions La Boîte à Pandore.

Nos ancêtres les Gaulois étaient plutôt partageurs apparemment !

« Oui, lors de la noce, tous les hommes pouvaient coucher avec la future épouse. Le mari en profitait en dernier. Mais contrairement à ce que l’on peut imaginer, ils étaient plutôt raffinés. Les femmes avaient leur mot à dire, contrairement à l’Empire Romain très patriarcal. Aussi, l’homosexualité ne choque personne chez les Gaulois. Il est normal par exemple qu’un guerrier se donne à un autre guerrier. »

Et puis le dogme catholique a fait son œuvre… en tout cas en apparence.

« Avec la religion catholique, l’abstinence est de mise. Rien ne doit être centré sur le plaisir. La procréation doit prévaloir. Il y a de très nombreux jours d’abstinence, jusqu’à 275 par an ! Il y a le dimanche, jour du Christ, le vendredi, la naissance du Christ, les jours de Carême, l’Avent, les jours des fêtes liturgiques… »

Et les gens respectaient cela ?

« On sait, grâce aux retranscriptions des confesses, qu’une confession sur trois était liée au sexe. Les gens ne respectaient pas mais allaient se confesser. Le prêtre imposait alors des pénitences. Il leur demandait par exemple de ne manger que du pain sec et de l’eau ou de réciter des prières. Et ces pénitences pouvaient durer des années. Trois ou quatre ans parfois ! On voit également que dans les registres de naissance, une sur deux arrive quatre ou cinq mois après le mariage. Forcément, on en déduit que les préceptes de l’Église n’étaient pas toujours respectés ! »

Et les habitudes sexuelles étaient plutôt variées, non ?

« Oui et on sait beaucoup de choses sur ce point-là car les gens se confessaient parfois jusque dans les moindres détails. On y parle de fellation, d’anulingus, mais aussi et c’est plus étonnant, de godes-ceintures. Déjà au 11e siècle ! Et ce qui est très drôle c’est que quand le prêtre demandait par exemple : ‘êtes-vous certain de ne pas avoir fait cela ou cela ?’, et bien, l’effet escompté n’était pas atteint car cela donnait souvent des idées aux gens qui se disaient ‘ah, non, tiens ? Ça je n’ai pas encore testé, mais pourquoi pas…’ »

Dans votre livre, vous expliquez le fameux « mariage dans l’année » quand on vide une bouteille…

« Dans les familles paysannes d’alors, durant les longues soirées d’hiver, les voisins se réunissaient pour discuter, faire des occupations manuelles, boire un coup. Et évidemment, on y faisait se rencontrer les filles à marier avec les garçons du village. Les maisons où il y avait plusieurs filles à marier étaient évidemment les plus visitées ! Et quand un galant leur plaisait, elles pouvaient lui faire savoir, par exemple, en lui vidant la fin de la bouteille d’alcool dans son verre. On présumait alors qu’un mariage pourrait avoir lieu dans l’année. »

La demoiselle choisissait donc son époux ?

« Elle avait une marge de manœuvre pour choisir mais souvent, au final, ce sont les parents qui décidaient. Ceci dit, dans les villages, c’était parfois difficile de trouver chaussure à son pied, donc n’importe qui, parfois, faisait l’affaire ! Sauf dans la noblesse bien sûr. Mais dans les villages, on drague partout où l’on peut. On ‘hante’ comme on dit en Wallonie. Et on sait également que les jeunes hommes se frottaient avec du purin de cheval pour aller draguer car si tu avais un cheval, c’était un signe de richesse. »

Il y a de fortes différences entre Flamands et Wallons ?

« Bien sûr que non, la Belgique est une conception récente. Il y avait des différences entre les nobles et les paysans par contre. Et même lors des débuts de la Belgique telle qu’on la connaît aujourd’hui, la puissance de l’Église était pareille des deux côtés linguistiques et les pratiques sexuelles aussi. Il y a, par exemple, la coutume du ‘kiltgang’ où les jeunes filles pouvaient accueillir un jeune homme sur le lit durant une nuit mais il devait rester au-dessus des couvertures et déguerpir avant le lever du jour. Cela existait en Suisse, en Flandre, aux Pays-Bas, dans le nord de la France… On a des écrits de curés qui s’indignent et préviennent les parents que cette coutume va entraîner des âmes damnées. Mais les parents ont continué à accepter cela parce que l’époque était rude, qu’il fallait être deux pour affronter les vicissitudes de la vie et qu’on ne trouvait pas facilement un partenaire. Un dicton paysan dit qu’une ferme sans fermière, c’est comme un bateau sans gouvernail. »

Et on se marie plutôt tard d’ailleurs !

« De la fin du Moyen Âge, jusqu’au 19e, siècle, on se marie à 25 ans en moyenne. Dans certaines régions, l’âge moyen est même de 30 ans pour les garçons. C’est un peu plus tôt dans la noblesse. En 1807, dans la ville flamande d’Eeklo, l’âge du premier mariage se révèle même être 28 ans pour les filles et 32 pour les garçons. Et on ne restait pas mariés longtemps puisque l’espérance de vie était courte et que de nombreuses femmes mourraient en couche. »

Et puis on se mariait ‘pour rire’ aussi…

« Oui, ça, c’est un folklore très répandu à l’époque. À Vresse-sur-Semois par exemple, il y avait le capitaine de la jeunesse, un chef de bande à peu près officiel, qui avait le droit de  se marier pour de faux, avec une cérémonie, devant la pierre à marier. Cette pierre existe toujours. Après, les deux époux devaient rentrer sur le village attachés par une corde et traînant une souche d’arbre ou un gros cailloux, ce qui devait représenter le poids du mariage. L’histoire ne le dit pas mais ça devait certainement concrétiser certaines idylles sous-jacentes ! À certains endroits, on s’amusait aussi à faire des mariages rigolos comme marier les plus jeunes avec le plus vieux… »

Et au 20e siècle, la ville de Sluis a commencé à avoir une certaine réputation, pourquoi ?

« Les Belges allaient chercher leurs coupons de banque à Sluis aux Pays-Bas car c’était un peu le Luxembourg de l’époque. Les Belges allaient également acheter des kilos de beurre car il y était moins taxé qu’en Belgique. Ensuite, la législation étant plus permissive en Hollande que chez nous, les premiers sex-shops et ce qui va avec, sont apparus, et les Belges ont été s’y encanailler. Le tourisme y est devenu énorme ! »

Lucie Hage