[interview] Alain Chabat, entre réel et virtuel dans ‘#JESUISLA’

Ne cherchez pas Alain Chabat sur les réseaux sociaux : vous ne le trouverez pas. le comédien culte de ‘La Cité de la Peur’ admet qu’il y perdrait trop de temps, entre la reprise du Burger Quiz et les comédies des amis (‘Play’ et on le verra bientôt dans ‘Kaamelott’). Mais pour #JESUISLA d’Eric Lartigau (‘La Famille Bélier’), il s’est prêté au jeu : il va jusqu’en Corée pour une fille rencontrée sur Instagram… et devient un hashtag malgré lui.

Comment choisissez-vous vos rôles en général ?

Alain Chabat : « Déjà, je vais vers des trucs que je n’aurais pas pu faire moi-même. Ensuite, j’aime sentir que le ou la cinéaste a quelque chose à raconter qui lui tient à cœur – même si je ne comprends pas tout. Qu’il y a un point de vue, que je vais être dirigé… Sinon ça ne m’intéresse pas. Il y a aussi la façon de le faire. J’ai refusé des projets parce que je me suis dit que je n’allais pas m’entendre avec les gens. Je peux être casse-couille sur des détails, on va dire. Mais si les valeurs essentielles sont là, en tout cas les miennes, j’y vais, même si c’est pas forcément une colonie de vacances. »

Éric Lartigau a dit vouloir vous mettre dans une zone d’inconfort, vous avez senti ça ?

« Il y a des films où je me dis ‘ça, jamais de la vie j’arriverai à le faire’ ; où c’est même plus une zone d’inconfort, mais d’incompétence ! Mais là je me suis dit, puisqu’il me demande, je vais pouvoir le faire. Je lui ai fait confiance. Faut pas que je réfléchisse, en fait. Moins je réfléchis, mieux je me porte – en tout cas quand je fais l’acteur chez quelqu’un d’autre ! »

Les réseaux sociaux, c’était une zone d’inconfort aussi pour vous ?

« C’est vrai que je n’ai pas d’Insta, pas de Twitter, pas de Facebook… Je pense que ça ne me servirait à rien. Enfin, je vois bien qu’il y a de quoi se marrer sur Instagram, que c’est un espace assez créatif. Mais je pense que ce qui me gênerait, au fond, ce sont les commentaires, positifs ou négatifs. Si on me dit ‘C’est super t’es génial’, soit je ne le crois pas… soit je le crois, et alors c’est l’enfer (rires). Et si on me dit ‘C’est de la merde’… soit ça me touche, et alors ça me démonte… »

En fait si vous n’êtes pas sur les réseaux sociaux, c’est parce que vous avez peur d’y passer trop de temps ?

« Ouais. Déjà que je perds du temps avec mon portable à regarder des trucs… c’est vraiment chronophage. Mais je pense que si j’étais là-dedans, je serais forcément tombé dedans. »

A l’époque Nuls vous n’étiez pas confronté à ces retours du public ?

« Si, mais… C’est plus compliqué d’écrire des insultes, de plier la lettre, la mettre dans une enveloppe, lécher le timbre, poster le truc… c’est un moment d’énervement très long (rires). Dégainer un tweet, ça va plus vite ! »

Selon vous pourquoi Stéphane, votre personnage, reste aussi longtemps dans cet aéroport ?

« Bonne question. Je pense qu’il ne perd pas espoir. Et puis il fait plein de petites rencontres qui le détournent un peu de son but. Je pense qu’il se laisse prendre dans cette bulle… vu qu’il flotte déjà un peu au départ, dans sa vie au Pays Basque, où il n’est pas vraiment là. Et puis c’est particulier un aéroport, il y a un côté tout est possible, tu peux d’un coup dégainer un passeport et dire : ‘Tiens, Bucarest ça a l’air bien’… »

 

Elli Mastorou

En quelques lignes

Un restaurant qui marche bien au Pays Basque, la nature, des enfants en âge de se marier… On dirait que Stéphane (Alain Chabat) a tout ce dont il a besoin autour de lui. Mais ce quinquagénaire nonchalant a un petit plaisir coupable : papoter sur Instagram avec une Coréenne francophile nommée Soo. Une amitié 2.0 qui aurait pu en rester là… Mais Stéphane décide de rencontrer Soo pour de vrai. Il achète un billet, et hop direction Séoul…  Il n’aurait jamais pu imaginer tout ce qui allait lui arriver. Et nous non plus ! Entre la romance, la comédie d’aventures et la quête de soi, Eric Lartigau (‘La Famille Bélier’) signe un film déjanté, improbable et avec un soupçon de mélancolie. A travers les (més)aventures réelles et virtuelles de son héros dans cet aéroport, #Jesuislà questionne notre rapport au présent. Drolatique et attendrissant, Alain Chabat s’avère parfait dans ce rôle de doux paumé. Juste dommage pour les longueurs de rythme, qui dilapident un poil le capital sympathie. (em)

3/5