Florent Oiseau signe le portrait d’un loser attachant dans « Les magnolias »

Pour son troisième roman, l’écrivain français Florent Oiseau brosse le portrait d’un nouveau ‘paumé’. «Les magnolias» raconte l’histoire d’un acteur raté à qui sa grand-mère demande de l’aider à mettre fin à ses jours.

Comme dans vos deux romans précédents, vous brossez les portraits d’anti-héros. C’est devenu votre marque de fabrique?

«Oui, je crois qu’il n’y a que ces personnages que je trouve intéressant à traiter. Si demain, je me mets à écrire l’histoire de quelqu’un à qui tout réussit, je crois que ça sonnera atrocement faux. Je trouve intéressant et confortable de mettre dans la lumière des gens moyens à qui la vie ne sourit pas toujours tout le temps.»

Cela veut dire qu’on n’aura jamais un livre signé Florent Oiseau sur un «super» héros?

«Non je crois qu’on n’aura jamais l’histoire d’un trader ou de quelqu’un qui a une vie très épanouie (rires). Je pense que je ne saurais pas le traiter. Peut-être qu’un jour je vais lasser tout le monde avec mes histoires de losers et que je vais devoir me renouveler mais pour le moment, c’est quelque chose qui me plaît et dans lequel je suis à l’aise.»

En plus, tous vos personnages sont paumés, pas seulement Alain, le personnage principal. Il n’y en a pas un qui pousse les autres vers le haut.

«Non, j’aurais trop peur qu’ils se sauvent. Je n’aime pas les histoires de fiction dans lesquelles les gens réussissent. J’aime bien qu’un loser reste loser et qu’il profite d’une certaine lumière pour rester à l’identique. Je préfère quand il n’y a pas de prise en main. Je ne pense pas ça très romantique. Pour moi, il y a un côté plus léger dans le fait de vivoter et d’accepter son destin.»

Votre personnage principal, Alain, ne sait pas non plus écrire des histoires positives.

«En réalité, je ne me représente jamais vraiment mes personnages. Je ne saurai donc pas vous faire un spin-off sur la vie d’Alain ou des autres. L’oncle, Michel, écrit aussi. C’est juste un ressort. Je n’intellectualise pas le rapport de mes personnages à l’écriture. Je ne vais pas dire que c’est pour faire du remplissage mais presque.»

Alain est un acteur raté qui n’a presque aucun rôle. Le seul qu’il a depuis des lustres, c’est celui d’un simplet. Un rôle qui joue à merveille car ça lui correspond un peu…

«Ça non plus, je n’y avais pas pensé lors de l’écriture. Ça devait être inconscient. J’avoue que dans son rôle de fiction, j’aurais peut-être pu lui donner un rôle plus sympa mais non. Même là-dedans je ne l’ai pas épargné (rires). Il est, en plus, fier de donner une autre vision du simplet, une autre consistance.»

Vous situez votre intrigue principalement dans un home pour personnes âgées. Est-ce une thématique qui vous tient à cœur?

«Si je dois être tout à fait honnête, je n’ai pas vraiment de thématique qui me tient à cœur. Je suis toujours un peu jaloux des écrivains qui expliquent que leur roman part de quelque chose. Moi, en réalité, il ne part de rien. J’ai dû, pour ma vie privée, me rendre quelques fois dans une maison de retraite et j’ai trouvé que c’était un lieu incroyable qui pouvait abriter mon histoire. Et en réalité, ça s’arrête là. Ça ne serait pas honnête de me servir de ça pour vendre mon roman. Je n’ai pas écrit cette histoire pour dénoncer les conditions de vie dans les homes. J’imagine que c’est très compliqué pour toutes les personnes qui les côtoient: les aides-soignants, les résidents, les familles… Je trouvais juste que le rapport au temps était intéressant.»

Maïté Hamouchi

En quelques lignes

Alain est un acteur… raté. Il n’a pas décroché un rôle depuis des lustres. Le dernier était celui d’un cadavre, et celui que son ami, Rico, vient de lui trouver est celui d’un… simplet. Dans sa vie intime, il n’y a pas de quoi non plus se réjouir. Alain n’a de relation qu’avec une prostituée. Il ne voit pas beaucoup sa famille, à part sa grand-mère à qui il rend visite régulièrement à la maison de retraite dans laquelle elle est. Sa grand-mère perd la mémoire et semble avoir oublié de lui avoir demandé de l’aider à mettre fin à ses jours. Comme vous l’aurez compris, une fois de plus, Florent Oiseau ne ménage pas ses personnages. L’écrivain français apporte un regard tendre aux «losers» d’aujourd’hui, à ces gens qu’on définirait de marginaux parce qu’ils n’ont pas de métier récurrent et de vie privée passionnante. Nous avions aimé «Paris-Venise», son précédent roman, nous aimons tout autant «Les Magnolias». Qui a dit qu’il fallait une histoire feelgood et qui se termine bien pour avoir un bon roman?! Pas nous en tout cas! (mh) 3/5

«Les Magniolas», de Florent Oiseau, éditions Allary éditions, 220 pages, 17,90€