La paralysie du sommeil, entre cauchemar et réalité

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C’est sans doute l’un des phénomènes les plus angoissants du merveilleux monde du sommeil. Tandis que l’esprit sort lentement du sommeil, le corps reste, lui, dans un état de paralysie totale, ce qui cause des cauchemars très proches de la réalité où l’impuissance prédomine. Nous avons tenté de comprendre les causes et ce qui découle de ce trouble du sommeil avec le Pr. Philippe Rombaux.

La paralysie du sommeil, c’est un phénomène qui touche au moins une fois au cours de son existence environ 10 à 40% des individus, un chiffre donc particulièrement flou. D’un point de vue scientifique, il s’agit d’un trouble du sommeil, ou plus précisément d’une parasomnie. Cela se caractérise par le fait que le sujet, sur le point de s’endormir (paralysie hypnagogique) ou de s’éveiller (paralysie hypnopompique), mais tout à fait conscient, se trouve dans l’incapacité d’effectuer tout mouvement volontaire. À cela s’ajoutent souvent des hallucinations visuelles ou auditives, qui rendent ce moment particulièrement pénible, une sorte de cauchemar éveillé pour le dormeur. Celui-ci éprouve alors des impressions d’oppression, de suffocation, mais surtout d’anxiété et de frayeur.

«Lorsque je me réveille d’une paralysie du sommeil, c’est une véritable délivrance et j’ai le souffle court car je sors d’une sorte de transe. Mon sursaut réveille d’ailleurs régulièrement ma compagne tant il est violent», témoigne Thomas, régulièrement en proie à des paralysies du sommeil. «Cet état de semi-conscience est quelque chose de terrible. Quand je ressens cette impuissance musculaire malgré ce qui se passe autour de moi, c’est un réel combat qui se joue en moi.»

Cet état peut en fait durer de quelques secondes jusqu’à plusieurs minutes. Dans certains cas, le dormeur assiste à ses hallucinations les yeux parfaitement ouverts, ce qui rend le tout encore plus angoissant. «Un jour, alors que je faisais une sieste dans mon canapé, j’ai vécu un rêve particulièrement réaliste. Couché sur le ventre, j’ai observé impuissant mon chat me grimper dessus et commencer à me triturer le dos. Sans ressentir la douleur physiquement, elle était bel et bien présente mentalement. Lorsque j’ai finalement réussi à me réveiller, j’ai constaté que mon fidèle compagnon n’était même pas dans la pièce», raconte Thomas.

Les causes de ce trouble terrifiant

La cause la plus commune de la paralysie du sommeil, c’est le cas de fatigue intense, par exemple à cause du décalage horaire. L’organisme ne réagit en fait pas aussi vite que d’habitude et le tonus musculaire prend donc quelques secondes de plus que la normale à revenir. Cela peut aussi survenir chez les gens anxieux, stressés, ou dans une période difficile. L’hygiène de vie a également un impact considérable sur la qualité de notre sommeil et, donc, provoquer une paralysie du sommeil.

En fait, le sommeil est découpé en différents cycles. Le dernier d’entre eux est le sommeil paradoxal. C’est celui qui stimule l’activité cérébrale la plus importante au détriment du tonus musculaire. Ainsi, tandis que l’on fait les réveils dont on se souvient, les seuls muscles qui fonctionnent sont respiratoires, cardiaques ou oculaires. Dans le cas d’une paralysie du sommeil, il arrive donc que l’état d’éveil et de sommeil soient juxtaposés, ce qui crée un état conscient lié à un immobilisme musculaire.

Faut-il s’en inquiéter?

Certes, le phénomène peut sembler extrêmement inquiétant et difficile à vivre. Toutefois, il est à relativiser, car il n’est pas fondamentalement dangereux. Ce trouble ne survient en général que très ponctuellement et n’implique pas un problème profond chez le sujet. En cas de répétition, il est tout de même plus sage de consulter un médecin afin d’éventuellement déceler une pathologie peu connue, la narcolepsie. Il existe par ailleurs une composante génétique estimée à 56% par des scientifiques.

Plusieurs techniques peuvent être utilisées pour gérer ces situations et le sentiment d’angoisse qui en découle. Dans tous les cas, le but est de rentrer dans un état plus apaisé et ne pas se laisser envahir par la peur. Vous pouvez donc apprendre des techniques de relaxation, respirer de manière abdominale ou encore penser à des choses plus positives. Le fait de dormir sur le dos est également déconseillé si l’on veut éviter la paralysie du sommeil.

Dès lors, une fois que le phénomène a été appréhendé, la meilleure façon de sortir de cet état est de prendre conscience que cela arrive et l’accepter. Se plonger dans cet état d’acceptation est particulier, mais très efficace. «Lorsque je sens que la paralysie arrive, j’aborde désormais le phénomène avec plus de sérénité. Je sais que je suis impuissant et cela ne me met plus dans un état de panique car je sais gérer mon immobilité. C’est presque devenu agréable, à vrai dire», conclut Thomas.

Sébastien Paulus