Une invasion exceptionnelle de geais des chênes a eu lieu cet automne en Belgique

@Jean-Marie Winants

Une invasion exceptionnelle de geais des chênes a eu lieu cet automne. Comment expliquer ce phénomène ? Le rapport intime de l’oiseau aux fructifications du chêne peut-il nous éclairer ? Le recensement des oiseaux de jardin ces 1er et 2 février permettra de mieux cerner l’ampleur de la chose.

Les ornithologues amateurs, qui suivent chaque année les migrations et notent consciencieusement le nombre de volatiles observés, ont été frappés cet automne par l’abondance de geais des chênes parmi les nuées voyageuses. Un fait étonnant quand on sait que le geai, ce cousin des pies et des corneilles, après s’être reproduit chez nous, aime y passer l’hiver également. Lors du dernier recensement des oiseaux de jardin, en janvier 2019, il était d’ailleurs présent dans un jardin sur trois, confirmant là sa moyenne annuelle.

Une année record

Et pourtant, les statistiques de présence cette année sont particulièrement étonnantes. Au mois d’octobre, près de 10 000 individus étaient ainsi encodés sur observations.be (le portail d’observations naturalistes), contre une moyenne de           2-3000 les années précédentes. Il ne s’agit en fait pas à proprement parler de migration, mais plutôt d’invasions, comme il peut y en avoir certaines années de becs-croisés des sapins ou de jaseurs boréaux. Ces individus semblent provenir d’Europe du nord-ouest et traversent le continent jusqu’en Espagne ou en Italie, s’arrêtant en fonction des ressources disponibles.

Pour comprendre ces mouvements, il faut se pencher sur les habitudes alimentaires et le comportement du geai. Les naturalistes qui ont nommé l’espèce – geai des chênes – n’ont pas pu manquer les rapports étroits qui lient l’arbre et l’oiseau. Les glands constituent ainsi le plus gros de son alimentation de septembre à mars, en représentant jusqu’à 50 %. Si les glands viennent à manquer, il se rabat alors sur les faînes de hêtre, les noisettes, les châtaignes et divers fruits ou baies sauvages. Et lorsqu’est finie la saison, il se décide alors à attaquer ses réserves.

@Jean-Marie-Winants

Le geai est en effet à la fois la fourmi et la cigale de la fable. S’il vocalise au printemps, il n’hésite pas à prévoir également son hiver. Les premières récoltes ont lieu en fin d’été dans le feuillage des chênes. Après quelques semaines, la plupart des glands sont au sol et c’est là qu’on retrouve l’oiseau, sautillant et fouillant parmi les feuilles mortes. Il sélectionne soigneusement, refusant les fruits qui ont rapidement développé le germe et envoyé une racine dans l’humus. Il rejette aussi ceux parasités par une larve ou éclatés et voués à moisir.

Après avoir récolté les glands, il sélectionne un sol meuble où enfouir le résultat de sa maraude. Lorsque la profondeur est insuffisante, il martèle vigoureusement l’endroit du bec pour enfoncer le fruit plus en profondeur. Et comme le geai ne retrouve pas tous les fruits enfouis, de nombreux germent. Geais et chênes ont ainsi développé une relation réellement symbiotique : le premier disséminant le second, qui le nourrit.

Mais revenons-en à nos invasions. Les populations de geais sont donc fortement influencées par la quantité des glandaies. L’espèce peut parcourir de nombreux kilomètres pour trouver sa nourriture favorite. Et comme beaucoup d’autres, elle possède une capacité à l’autorégulation, les individus se dispersant lorsque la taille d’une population devient trop élevée par rapport aux ressources. De pauvres fructifications des chênes dans le nord de l’Europe, couplée à une vague de froid hâtive de début d’automne en Finlande, Suède et Norvège pourraient expliquer cet afflux hors norme, également noté en France ou en Suisse.

Benjamin Legrain

Devine qui vient manger au jardin

Les espèces d’oiseaux communes font l’objet d’un suivi régulier au printemps. En hiver, lorsque les oiseaux sont plus discrets, les données sont plus difficiles à collecter. D’où l’importance du recensement des oiseaux de jardin. Cette année, l’analyse des chiffres devrait permettre de comprendre si les geais sont restés chez nous ou s’ils ont continué leurs chemins. En comparant avec les données européennes, nous pourrons ainsi mieux comprendre ce phénomène d’invasion exceptionnel.

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