« Nous voulons la force de traction des chevaux, pas du pétrole ! »

Ph. Caroline Vincart

Pourquoi travailler la terre avec des chevaux de trait alors qu’on peut le faire avec des tracteurs? C’est une pratique qui s’apparente à un retour en arrière, mais pour Tijs Boelens ça ne l’est pas du tout.

Depuis 2012, Tijs Boelens gère son exploitation agricole, De Groentelaar, dans le Pajottenland. Quelques années plus tard, il rencontre des agriculteurs wallons qui utilisent des chevaux de trait dans leur ferme. «Dans un premier temps, j’étais plutôt sceptique. Pour moi, c’était de la naïveté et du folklore. Puis, j’ai entendu parler de jeunes agriculteurs qui attelaient des bineuses modernes à leurs chevaux. J’ai alors pris conscience que je voulais utiliser dans ma ferme la vraie force de traction des chevaux plutôt que de recourir à encore davantage de tracteurs.»

Moins de gaspillage d’énergie

Il se lance dans l’aventure avec une poignée d’amis. Les jumelles Eva et Jade Fillet ont grandi parmi les chevaux de trait et Corentin Hannon possède une entreprise d’aménagement de jardin écologique, pour laquelle il recourt souvent à son cheval de trait, Sithor. C’est pour Tijs un réel soulagement de rencontrer des personnes partageant les mêmes idées: «Si je n’avais pas eu des gens comme Corentin, Eva et Jade, qui ont tellement de connaissances en la matière, il aurait été illusoire d’essayer de convertir mon entreprise». Bien que le travail avec des chevaux de trait soit un peu plus lent, il est nettement plus économe en énergie. «Pour une seule calorie de nourriture, notre agriculture consomme actuellement dix calories de carburant fossile. Ce qui signifie qu’en réalité l’agriculture ne produit plus d’énergie», explique Tijs. «La différence est énorme par rapport aux années 40 par exemple. À l’époque, une seule calorie de carburant fossile produisait environ deux calories de nourriture.» De plus, un tracteur endommage le sol, ce qui est moins le cas avec un cheval.

Se sevrer de la dépendance au pétrole

Une nouvelle génération de fermiers remplace l’agriculture industrielle par le modèle agro-écologique: un mode durable de production de nourriture. Remplacer le tracteur par le cheval de trait n’en est qu’un des aspects. Il est par exemple aussi important d’utiliser à 100% les eaux de pluie. Cette transition vers l’agro-écologie est selon Tijs d’une importance vitale.

«Avec le changement climatique, nous n’avons en fait plus guère le luxe de faire ce qu’on peut encore pendant dix ans.» Les agriculteurs sont de plus en plus souvent confrontés à des sécheresses extrêmes et des récoltes ratées. L’agro-écologie peut y apporter une réponse. Ce sont des choses très simples mais c’est encore trop peu connu, tant des autorités publiques et de la société civile que du consommateur. Avec davantage de soutien, les fermiers agro-écologiques pourraient réaliser tellement plus, car une agriculture durable demande des investissements. Mais cela doit aussi s’accompagner d’un changement de mentalité. Nous devons nous «sevrer» de notre «dépendance au pétrole», estime Tijs. «Je sais ce que nous pouvons faire. Je sais ce que nos ancêtres ont pu faire en tant que fermiers. Ils ont pu nourrir des villages entiers, des villes entières, alors qu’il n’y avait pas de pétrole.» Du point de vue économique, l’agriculture industrielle reste plus avantageuse selon Tijs, mais ce n’est pas un modèle viable.

«Vouloir la force de traction des chevaux et pas du pétrole est une réponse à une société qui se trouve en fait déjà maintenant dans une crise extrêmement profonde. Car si vous avez besoin de pétrole, une ressource non renouvelable, pour produire de la nourriture, alors vous êtes en pleine crise!»

Qui suis-je ?

Nom : Charlotte Deprez

Âge : 21 ans

Études : Master en Journalisme (VUB)

Domicile : Kuurne

 

La Belgodyssée, qu’est-ce que c’est ?

La Belgodyssée est une initiative de la RTBF, de la VRT et du Fonds Prince Philippe, en partenariat avec Metro et les Éditions de l’Avenir, et avec le soutien de la Chancellerie du Premier Ministre. Ce concours de reportage annuel favorise la collaboration entre jeunes journalistes en devenir, issus des différentes communautés de notre pays, qui travaillent en duos bilingues. À l’occasion de l’édition de cette année, ils mettent en exergue des initiatives positives dans la lutte contre le changement climatique. Rojin Ferho a visité avec son binôme une communauté située à Sint-Katelijne-Waver qui essaie de vivre en mode le plus écologique possible.