Rencontre avec Fantine Harduin, l’étoile montante du cinéma belge

Rien ne semble arrêter Fantine Harduin. Révélée à onze ans dans ‘Happy End’ de Michael Haneke, où elle donnait la réplique à Isabelle Huppert et Matthieu Kassovitz, la jeune Mouscronnoise passe à la vitesse supérieure dans ‘Adoration’, du cinéaste belge Fabrice Du Welz (‘Calvaire’). Un conte horrifique qui lui a valu un prix d’interprétation lors du dernier FIFF, et qui ne fait qu’augmenter son appétit pour le cinéma. Rencontre!

Comment as-tu envisagé le rôle de Gloria, cette ado s’échappant d’un hôpital psychiatrique?

Fantine Harduin: «J’y ai vu un défi, car ce n’est pas un personnage facile. J’aime bien ça, la difficulté. J’ai senti que j’allais passer un cap et toucher à un rôle un peu plus adulte. Je voulais m’en sentir capable. Et puis l’histoire du film me plaisait énormément. Sa douceur, son émotion.»

Tu ne penses pas que ‘Adoration’ est un film d’horreur?

«Pas seulement. Bon, on me voit le visage inondé de sang sur l’affiche, c’est vrai (rires). Mais le film est vécu comme un conte de fées à travers les yeux de Paul (interprété par Thomas Gioria, le jeune héros de ‘Jusqu’à la garde’). C’est un garçon très doux, qui ne comprend pas encore la violence du monde des adultes. Ce regard adoucit toute la violence de Gloria, qui est parfois dure avec lui.»

Comment Fabrice t’a-t-il présenté les thèmes de son film?

«C’est vrai qu’on parle de santé mentale, de destruction et d’éveil à la sexualité. Tous des sujets que Thomas et moi n’avions jamais expérimentés. Fabrice nous a conseillés quelques films à regarder, comme ’L’été meurtrier’, ’Possession’ et ’L’Exorciste’. On a beaucoup parlé, puis il m’a laissée construire mon personnage. Je savais que c’était ma responsabilité et que Fabrice était là pour m’aider. Tout était basé sur l’idée de confiance mutuelle. Je me chargeais du rôle, et lui du film.»

Tu avais déjà vu ses films?

«Non. J’avais 12 ans quand il m’a castée! J’ai voulu regarder ’Alleluia’, mais j’ai préféré arrêter le film parce que je le regardais avec mon père, et je ne voulais pas qu’il panique pour rien. Maintenant que je connais bien Fabrice et qu’on a tourné ’Adoration’ je vais pouvoir le terminer (rires).»

Il y a même une scène où tu joues en flamand!

«Ce n’était pas trop difficile pour moi parce que je suis en immersion à l’école, et je suis donc la moitié de mes cours en néerlandais depuis la troisième maternelle. Mais je ne suis vraiment pas bilingue pour autant. Je peux tenir une conversation mais pas pendant des heures. Du coup, j’ai reçu l’aide d’une coach pour perfectionner mon accent. C’était bien utile parce qu’il y avait énormément d’improvisation pendant le tournage.»

Tu viens de gagner un prix d’interprétation lors du dernier FIFF de Namur. Pas trop la pression?

«Ça m’a tellement touchée! Je pense que c’est une reconnaissance qui fait plaisir, et dont on peut avoir besoin. Ce n’est pas toujours facile de travailler tout en gérant à l’école. Et puis tu reçois ce prix qui te dit: ‘tu joues bien’… Ça donne envie de continuer.»

Qu’est-ce que tu ressens avant de te lancer dans un tournage?

«Il y a toujours un peu de stress parce que je me demande si je vais être à la hauteur des attentes du réalisateur. Mais j’ai surtout hâte en fait. Il y a toutes ces scènes qui ont l’air drôles à tourner, toute l’expérience à emmagasiner, les nouvelles personnes à rencontrer aussi.»

Tu as travaillé avec des acteurs qui font rêver (Duris, Huppert, Kassovitz, Poelvoorde). Tu t’en rends compte?

«Oh oui! Et comme je suis plutôt timide à la base, je n’ose pas toujours leur parler au début. Sur ’Happy End’ je me suis d’abord mise un peu sur le côté. Puis ils sont venus vers moi pour me parler, pour m’apprendre des choses, sans être condescendants. C’était assez impressionnant comme échange.»

Et si tu pouvais choisir le prochain nom sur la liste?

«Jack Nicholson! Ou Anthony Hopkins! Si tu me laisses parler, je ne m’arrête pas. Oh, et Robin Williams aussi. Je sais qu’il est mort mais je crois qu’il m’aurait énormément fait rire.»

Et les réalisateurs?

«Je vise très haut, mais les Dardenne, ça serait dingue. Et sinon Jean-Pierre Jeunet et Tarantino. J’adore les films de Tarantino!»

Stanislas Ide

En quelques lignes

Il était une fois… un garçon nommé Paul. Sa mère travaille dans un hôpital psychiatrique perdu au fond des bois, où il vit en harmonie avec les animaux qui l’entourent. Tout bascule quand il rencontre Gloria, une patiente de son âge, qui lui demande de l’aider à s’échapper. Le nouveau long-métrage du Belge Fabrice Du Welz (‘Calvaire’, ‘Alleluia’) est un peu frustrant. Magnifiquement filmé, il nous plonge dans une ambiance onirique osant marier la cruauté des Frères Grimm à la conceptualisation de l’innocence par Rousseau. Mais le filtre du rêve ne suffit pas à justifier les incohérences dans la construction psychologique de ses personnages. Qu’ils s’enfuient, qu’ils s’aiment ou qu’ils se détruisent, toutes leurs actions semblent forcées, au point d’effriter notre intérêt pour la narration. C’est d’autant plus ennuyeux que son duo de jeunes acteurs (Fantine Harduin et Thomas Gioria) crève l’écran, entre générosité adolescente et magnétisme instinctif. N’empêche, on reste curieux de savoir ce que Du Welz garde sous le coude, tant son plaisir de (bien) filmer est tangible.(si) 3/5