Un éclairage public adapté aux chauves-souris, c’est possible !

L’éclairage public a un impact important sur les populations de chauves-souris, d’oiseaux et d’insectes. Le projet Interreg Grande Région Smart Light HUB a pour objectif de limiter cet impact en étudiant les alternatives possibles. Dans ce cadre, Natagora se charge de l’étude de terrain.

Le projet Smart Light HUB vise à mesurer l’impact de l’éclairage public sur plusieurs espèces animales. L’étude de terrain de Natagora, qui commencera au printemps 2020 et se reproduira en 2021, se déroulera en milieu ouvert (prairies, bocages) puis en milieu fermé (bois). Son but est d’évaluer l’effet de lampes LED dites « impactantes » (4 000 kelvins) et d’autres lampes moins impactantes (2 200 kelvins)

Sombres effets de l’éclairage nocturne

En quoi l’éclairage public des routes et chemins peut-il constituer un problème pour certaines espèces animales, et notamment les chauves-souris ? Les lampadaires et autres spots semblent en effet leur fournir un accès facile à la nourriture. Les insectes habitués à voler selon un cap constant par rapport à la lumière de la lune tournent frénétiquement autour des lampadaires. Par une belle soirée d’été, en se promenant le long d’une route de campagne, impossible donc de manquer les pipistrelles, les sérotines ou les noctules, autant d’espèces de chauves-souris en chasse autour des lampadaires.

Le problème est qu’en tournant autour des lampes, les insectes ne se nourrissent pas, ne se reproduisent pas et finissent par mourir épuisés (ou mangés) sans avoir pu perpétuer l’espèce. L’éclairage a donc un effet négatif sur leurs populations, et, par contrecoup, sur de nombreuses espèces de chauves-souris. En effet, seuls les chiroptères à vol rapide profitent de la manne apportée par l’éclairage. Toutes les autres espèces fuient les lieux éclairés et voient leurs opportunités de chasse significativement diminuées.

Plus que la lumière, les chauves-souris fuient en réalité les prédateurs. En Wallonie, les faucons pèlerins et hobereaux sont capables d’attraper un chiroptère en vol. L’éclairage public leur permet de chasser après le coucher du soleil. Or, les chauves-souris, qui n’ont qu’un petit par an, ne supportent quasi aucune prédation. Les espèces qui volent lentement sont des proies plus faciles, et fuient donc logiquement la lumière.

L’éclairage des bâtiments n’est pas à négliger non plus. Les combles des églises, par exemple, attirent souvent des colonies de chauves-souris. Mais la lumière modifie leur comportement. Les colonies de chiroptères qui séjournent dans des bâtiments illuminés sortent trente minutes plus tard que celles qui vivent dans des bâtiments non illuminés et ratent ainsi le pic de concentration d’insecte au crépuscule. Les jeunes sont dès lors moins bien nourris et abordent l’hibernation avec des réserves insuffisantes. Cela entraîne une augmentation de la mortalité hivernale et les colonies finissent souvent par péricliter.

Mise en place d’un réseau d’échanges

Il existe heureusement des solutions : les éclairages publics peuvent être adaptés. Une possibilité est de limiter l’éclairage. Une deuxième solution consiste à choisir la longueur d’onde lumineuse la moins nocive pour l’environnement.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet Smart Light HUB, financé pour un total d’1,78 millions d’euros. Dans ce cadre, l’Université de Liège organisera des sessions de sensibilisation et des sessions de « cocréation » (ateliers d’hybridation) art-science-entreprenariat visant à imaginer des dispositifs lumineux innovants et inspirants. Le Territoire naturel transfrontalier propose que ses parcs soient des lieux démonstrateurs et de sensibilisation quant à la problématique et aux solutions. Quant à l’Université de Trêves, elle travaille à la diffusion vers les acteurs économiques et le marché. L’ensemble des partenaires de ce projet novateur vise ainsi à mettre en place un beau réseau d’échange sur la thématique.

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