Muriel Robin : « Quand les gens reculent, moi j’y vais »

Le 18 janvier, Muriel Robin foulera la scène de Forest National pour présenter ‘Et Pof!’, un spectacle durant lequel l’artiste rejoue ses sketchs aujourd’hui devenus cultes. L’occasion pour elle de revenir sur son métier de comédien et ses engagements.

Vous considérez-vous plutôt comme une comique ou comme une comédienne?

«Je ne sais pas ce que c’est une comique, ce n’est pas un métier. Je suis comédienne, je n’ai jamais été comique. Je suis née drôle, on me l’a souvent dit, mais je n’ai aucun point commun avec les gens qu’on dit comiques et qui pensent en vannes, qui ne racontent pas d’histoire. Je ne dis pas que c’est bien ou pas bien, mais ça n’a rien à voir avec ce que je fais. Mon sketch ‘Le salon de coiffure’ fait 18 minutes, ‘l’Addition’ fait 15 minutes. Je ne raconte pas des vannes. Moi je parle à mes personnages, il y a des relations humaines…»

Est-ce que c’est difficile d’être une femme qui fait de la comédie en 2019?

«La question n’est pas de savoir si c’est difficile ou pas même si c’était plus difficile avant. Vous êtes drôle ou vous ne l’êtes pas quelle que soit l’époque. Cela peut être une époque facile pour être drôle mais si vous n’êtes pas drôle, vous n’êtes pas drôle. Et moi je trouve qu’il y a beaucoup de gens pas drôles qui sont sur scène par exemple. Mais pourquoi pas!»

Il y a de plus en plus d’humoristes qui s’autocensurent, ou qui sont attaqués en justice pour des propos dits sur scène… Pense-t-on à cela en écrivant?

«Ils n’ont qu’à écrire d’autres choses… Moi, je peux jouer mes sketchs à des époques différentes, jouer avec une robe à panier, ils marchent pareil. On partage ou on ne partage pas l’addition. Il n’y a pas de censure. Les mecs emmerdés sont ceux qui ont l’habitude de balancer sur les nains, les noirs, les bègues… Il y a des limites à ne pas franchir, des choses qui ont bougé. On continue à rire des homos? À dire la ‘fiotte’? Moi je trouve que c’est bien si on ne le dit pas. Cela ne me fait pas rire, cela ne m’a jamais fait rire. Je pense qu’on peut rire de tout, mais pas sur une scène. Par exemple, je peux rire des violences conjugales, mais à la maison, à deux. Et c’est un rire pour ne pas pleurer… Mais jamais sur scène! La censure, elle a du bon. Après, moi, je ne m’y cogne pas et je ne m’y cognerai jamais car ce sont des thèmes qui ne m’intéressent pas.»

Cela vous fait quoi de refaire vos anciens sketchs pour ce spectacle?

«C’est formidable car les gens connaissent les répliques par cœur.»

Il n’y en a pas dont vous étiez lassée?

«Non car cela fait 23 ans que je ne les ai pas joués, que je ne les ai pas vus… Je les ai relus, et je les avais même oubliés! Les citations, même si je les ai dites 40 fois, on ne s’en rappelle plus 25 ans plus tard. J’ai redécouvert mes sketchs. Je suis tombé de ma chaise en rigolant car j’avais oublié. Et c’est un plaisir fou! D’ailleurs je ne les joue pas pareil. Car je ne suis pas la même, car je m’amuse. Et en plus, incroyable, le public connaît toutes les répliques.»

Comment expliquez-vous cela?

«Je suis arrivée au moment où il y avait encore les cassettes dans les voitures, j’étais donc dans les bagnoles. Après il y a eu les VHS dont j’étais une grosse vendeuse. Puis les DVD. Cela m’a permis d’entrer dans les maisons et les gens regardaient ça le dimanche, le week-end. Les gens en ont bouffés et c’est comme ça que mes sketchs se sont transmis. Ils avaient en plus des thèmes intemporels, donc 30 ans après, c’est pareil. Coup de bol! Sans les cassettes, je ne sais pas si mes sketchs auraient passé les époques.»

Vous êtes une personne engagée (notamment contre la violence faite aux femmes), vous verra-t-on un jour en politique?

«Jamais et toujours! Quand je m’engage, je fais de la politique. Je vois bien qu’ils sont là (les politiciens, ndlr). Tout d’un coup, je rencontre le Premier ministre, j’ai des accès… Mais j’ai choisi d’aider les gens autrement. C’est drôlement attirant de se dire que l’on peut changer le monde, mais ce ne sera pas pour cette vie-ci. Après, ce n’est pas rien de s’engager aujourd’hui. Le moindre mot de travers peut coûter très cher. Il y a des gens qui m’ont dit que si je ne faisais que de la violence conjugale, mes salles n’allaient pas se remplir. Comment concilier les deux? Moi je comprends très bien que les artistes ne s’engagent pas. Après, qu’est-ce que je suis moi? Je suis la porteuse de voix des associations. C’est génial car quand je parle, on m’écoute. Les associations quand elles parlent, qui va leur tendre un micro? Donc je leur dis ‘dites-moi ce qu’il faut dire car je ne suis pas sur le terrain’. Je porte leur voix, et ça fait bouger. En un an, il s’en est passé des choses. Pour l’instant, les associations n’ont pas besoin de moi, mais elles savent que quand elles ont besoin, je suis là. Personnellement, j’ai un Zorro en moi. Donc je n’ai pas de mérite, je suis faite comme ça. Quand les gens reculent, moi j’y vais.»

Clément Dormal