Pico Bogue s’expose au musée de la BD

Ph. Daniel Fouss - Musée de la BD

L’une habite à Bruxelles, l’autre à Paris. L’une est scénariste, l’autre est dessinateur. L’une est mère, l’autre est son fils. Ensemble, Dominique Roques et Alexis Dormal ont créé Pico Bogue. Douze ans plus tard, leur petit héros s’expose pour la première fois au musée de la BD.

Ph. Daniel Fouss – Musée de la BD

Comment cette expo est-elle née ?

Alexis Dormal : « Il y a un an, Mélanie Andrieu, la commissaire, nous a contactés pour nous demander si  nous étions partants. Nous l’étions évidemment. Nous nous sommes rencontrés deux ou trois fois chez Dargaud à Bruxelles et je lui ai apporté des originaux. J’ai également fait quelques dessins supplémentaires pour venir compléter le fil de l’exposition. Lorsque j’ai découvert le résultat, c’était une surprise. Je ne m’attendais pas à un résultat aussi varié, avec notamment avec le côté ludique et les jeux pour enfants avec Ana Ana (NDLR : La petite sœur de Pico qui fait l’objet de livres jeunesses). »

Qu’est-ce que ça fait d’être exposé au Musée de la Bande Dessinée ?

AD : « Je ne vous dirai pas que ça ne me fait pas plaisir ! C’est une reconnaissance incroyable.»

Dominique Roques : « Moi, ça me fait plaisir pour Alexis mais sinon je suis une vieille amortie, alors je m’en fiche. »

AD : « Moi comme je ne suis pas encore tout à fait amorti, ça peut toujours m’être utile ! (rires) Et surtout, je trouve que l’expo est bien faite et pétillante. Ça m’a revigoré dans l’envie de continuer à dessiner. »

Comment est né Pico Pogue ?

DR : « Alexis dessine depuis qu’il est tout petit. Il faisait des études à rallonge. Après ses études de cinéma, ces dernières études portaient sur le dessin. Je me suis dit qu’il faudrait qu’il ait quelque chose à montrer à des éditeurs et qu’ils voient qu’il sait dessiner des histoires. Au début, je ne voulais pas devenir le scénariste d’Alexis, je voulais simplement qu’il ait quelque chose à montrer. Finalement, à force de faire des essais, nous avions une BD qui était terminée. Nous l’avons envoyée à plusieurs éditeurs et Dargaud nous a dit : ‘Ok c’est parti’. Après, ils nous ont demandé d’en faire d’autres et me voici devenue scénariste pour mon fils. »

Comment avez-vous l’habitude de travailler ?

AD : « Tout part de l’idée de maman. Les premières années, nous travaillions ensemble dans la même maison. Maintenant, on travaille à distance grâce à FaceTime. Ce qui est génial, c’est que comme on s’adore, on peut tout se dire et on est vraiment complémentaires. C’est un tel luxe de pouvoir tout se dire et de travailler sans stress. Parfois, on se complète aussi dans l’écriture. Il n’y a pas  vraiment de limites. Elle peut me conseiller sur le jeu d’acteur comme moi je peux lui suggérer un mot. »

DR : « Quand il lit le sketch, il sait pourquoi je l’ai écrit et ce que je veux dire. »

Comment faites-vous Dominique pour trouver toutes ces nouvelles idées ?

DR : « Mais en fait, elles sont là. Il faut simplement les prendre. »

AD : « On a l’impression d’entendre Macron qui dit qu’il suffit de traverser la rue pour trouver un boulot. (rires) »

DR : « C’est la vie qui me fait avoir ces idées. J’ai un côté qui réfléchit beaucoup donc je prends des notes. Dans la vie, il y a parfois des choses illogiques qui m’interpellent. Je continue aussi à lire beaucoup et à apprendre des choses. »

AD : « En fait, maman écrit sur base de tout ce qui l’énerve et il faut que ça se retourne en jubilation. Nous ne sommes pas du tout de nature dépressive mais on a commencé Pico à un moment où nous étions tous les deux assommés par des ennuis dans la vie. On a vraiment eu envie de se retaper et de se reconstruire ensemble. On s’est aussi donné un métier l’un à l’autre. On voulait se faire du bien. J’avais envie de dessiner de jolis bords de mer, des maisons avec des jardins. Aujourd’hui encore, je continue de m’amuser à dessiner ça. »

Comment se passe la création d’un album ?

AD : « Le plus difficile est sans doute d’assembler les histoires et de trouver un fil rouge. Tex Avery disait que l’humour ça tient en un quart de seconde. En BD, ça tient à un quart de bulle ou à un quart de dessin en trop. Mais c’est passionnant et j’adore ça. A priori on ne peut pas guider le regard du lecteur. Il est libre de son choix de lecture, de sa vitesse de lecture mais il y a des petits trucs dont on peut se servir pour mettre certains effets dans la narration comme la place de la case muette, si je dois mettre une case en une bulle ou si je dois la décomposer en quatre bulles. Parfois je redessine cinq fois une histoire avant de trouver la bonne mise en scène. Et à ce moment-là, maman a la bonne idée de me dire ‘Je pense que je vais la réécrire’. »

Qu’est-ce qui vous attend en 2020 ?

AD : « On travaille sur l’album suivant, le 12e déjà, qui sortira en septembre. Il y aura aussi deux Ana Ana. Et après, ce sera le Pico de l’année suivante. Je suis toujours tenté de me dire : ‘Tiens, si je faisais quelque chose à côté ?’. Mais finalement, Pico me donne envie de continuer. S’il y a quelque chose de nouveau, pourquoi ça ne serait pas avec lui ? Il nous accompagne depuis des années et pourquoi, il n’évoluerait pas avec nous. »

Thomas Wallemacq

L’exposition « Pico Bogue en famille » est visible jusqu’au 31 mai 2020 au Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles