Comment mieux observer, admirer et connaître l’arbre pour mieux le protéger ?

Ph. K. Claudius

Proche de nous, l’arbre entretient discrètement ses mystères. Natagora tente d’en dévoiler certains en animant des travaux pratiques et des formations de botanique ou d’éthologie végétale. L’asbl donne des pistes pour mieux l’observer, l’admirer et le connaître, pour mieux le protéger. En voici quelques-unes.

Qu’évoque le mot «arbre» pour vous? Le symbole celtique de liaison entre Terre et Ciel? Un terrain de jeu sur lequel on grimpait, enfant? Un terrain d’investigation pour le naturaliste qui cherche à coller un nom sur chaque espèce? Pour Natagora l’arbre c’est aussi une leçon d’humilité.

Dans un arbre, comme le botaniste Francis Hallé l’a démontré, il apparaît que tout est tout. Une racine mise à nu par une érosion de terrain acquiert de la cuticule et devient tige. Un arbre couché, mais toujours enraciné, lance le développement de branches qui reconstituent la verticalité du tronc. Cette faculté extraordinaire d’échanger, si nécessaire, les fonctions de ses «membres», l’arbre la tient de son immobilité.

Les pouvoirs du handicap

Et cette immobilité est le point de départ d’un ensemble d’adaptations subtiles, qui permettent à l’arbre de survivre face à la concurrence, la prédation, face aux extrêmes climatiques, à l’érosion. Cet état imposé conduit par exemple la plante à user de stratagèmes complexes pour disséminer ses graines: produire des baies attirantes, munir sa graine de crochets se fixant aux poils d’animaux ou la rendre légère et flottante pour être emportée par le vent, la munir d’un appendice sucré utile aux fourmis qui la transporteront…

Face à la concurrence aussi, l’immobilité impose d’user de stratégies diverses, chimiques par exemple. L’arbre peut ainsi sécréter des substances capables d’inhiber la croissance de plantes concurrentes. La fixité de l’arbre va aussi générer chez lui une défense très particulière lorsqu’il est confronté à un obstacle, une pierre, un mur ou un autre arbre, par exemple. Pour éviter une blessure trop importante due à l’usure de contact, l’arbre va augmenter le développement de cellules vivantes, élargir la surface de contact jusqu’au recouvrement total de l’intrus. Ainsi subsistent dans le paysage de nombreux arbres marqués à vie dans leurs cellules; autant de mangeurs de clôture, de murs ou de fil barbelé…

De la capacité de résilier

«Un très vieil arbre est une collection de blessures plus ou moins graves, plus ou moins profondes mais toujours surmontées, puisqu’il est toujours là», écrivait le biologiste Robert Bourdu. La capacité de résilience des arbres est surprenante. Couper un arbre à ras de terre, au collet (on appelle cela une cépée) ne suffit pas toujours à le faire mourir. La plupart des feuillus sont capables de réitérer, rejeter. La souche de l’arbre amputé va même fourmiller de vie, et développer le plus rapidement possible de nombreux rejets, relais du tronc d’origine pour maintenir l’arbre en vie. Les feuilles de ces rejets seront anormalement grandes et larges… d’autant plus efficaces à la photosynthèse.

Cette situation de survie marquera à vie l’architecture et la silhouette de l’arbre. Toutes les espèces ne sont cependant pas égales dans la capacité de réitérer: cette capacité est rare chez les conifères. Chez nous, l’if en est toutefois capable. D’autres arbres «résilients» sont ceux qui, inclinés par le vent, ou en équilibre suite à un glissement de terrain, font tout pour se redresser. Leur stratégie consiste, chez le feuillu, à créer du bois de réaction, du côté opposé à la pente, comme dans un système de hauban. Le conifère, lui, créera un bois de compression du côté de la pente pour rééquilibrer le tronc.

Que de choses à découvrir en observant attentivement les arbres et leur développement… La saison hivernale y est d’ailleurs propice. Beaucoup de mystères restent encore à élucider, mais pointe toujours cette même sensation que plus on en découvre, plus on s’aperçoit qu’on ne sait encore rien.

Françoise Baus

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