Réappropriez-vous la matière première : La laine au cœur de la transition

Ph. X. Janssens

Avec le projet Laine fleurie, Natagora soutient un élevage favorable à la biodiversité et valorise la laine de moutons qui pâturent des sites naturels préservés. Avec cette laine, elle a créé des kits pour se lancer dans le feutrage à l’eau en créant des abat-jour.

On aimerait nous ferait croire que nous sommes des incapables. Fabriquer nous-mêmes? Trop long, trop complexe. L’industrie et la main-d’œuvre bon marché se chargent de tout. Pourtant, revenir aux matières premières, réapprendre les gestes de base pour concevoir les objets du quotidien n’est pas si compliqué. Le travail de la laine, notamment, est à la portée de tous. Il permet facilement de se passer de l’acrylique et du polyester en créant utile, durable, local et esthétique.

Ph. Natagora

Réappropriez-vous la matière première!

Natagora propose de mettre la main à la laine, et de découvrir le feutrage à l’eau en créant des lampes à base de Laine fleurie. Un kit «Do It Yourself» est disponible, et tout s’y trouve: de la laine cardée, du savon de Marseille pour feutrer, des ballons pour mouler la lampe mais également tout le matériel électrique pour illuminer votre création et un tutoriel pour la mener à bien. Le tout a été imaginé et réalisé en collaboration avec une artisane feutrière gaumaise.

Ph. Natagora

Le projet promeut l’utilisation de laines produites par des éleveurs locaux dont les moutons pâturent des milieux riches en biodiversité. Les producteurs sont donc payés correctement pour leur laine. Douze bergers wallons, dont les moutons entretiennent des réserves naturelles, participent actuellement au projet. En valorisant les matières premières renouvelables et locales, en soutenant les petits producteurs, en apprenant à s’approprier les matières premières, ce projet s’inscrit donc dans un mouvement de transition écologique cher à Natagora.

Des vieux métiers et des produits modernes

La laine provient majoritairement de moutons roux ardennais, une race rustique locale à la laine particulièrement bien adaptée au feutrage. Mais avant de la feutrer, il faut la laver et la carder. Le lavage à lieux chez Traitex, une des rares entreprises verviétoise, ancienne capitale mondiale de l’industrie de la laine à avoir résisté à la concurrence (et aux conditions de travail déplorables) asiatique. Pour le cardage, direction Esch-sur-Sûre, au Grand-Duché de Luxembourg. Au musée de la Draperie, des machines de plus d’un siècle, remises en état de fonctionnement, permettent le cardage à façon.

La Laine fleurie ne sert pas qu’à confectionner des luminaires. Cette belle laine va très bientôt servir à créer des textiles. Une partie du lot de laine récoltée, triée et lavée, a ainsi rejoint la filature Terrade à Felletin, petite commune du Limousin, en France. L’entreprise a reçu le label français d’Entreprise du patrimoine vivant qu’elle porte fort bien.

Ph. S. Gilmont

Méthode néo-zélandaise

Voilà pour les produits finis, mais les moutons là-dedans? On veille sur eux et on bichonne leurs toisons. Pour la tonte, Natagora fait appel à l’asbl Revenons à nos moutons, des professionnels qui pratiquent la méthode néo-zélandaise. Cette méthode n’entrave pas le mouton, le tondeur n’utilise pas la force mais le maintien. L’animal se laisse donc aller, et l’opération s’effectue en toute tranquillité.

Tout le long du projet, Natagora a donc pu rencontrer de nombreux acteurs de la filière laine locale, filière à vrai dire sinistrée… mais qui se retisse peu à peu. En partant des moutons qui pâturent les réserves, la laine s’inscrit donc en profondeur dans la transition écologique; un mouvement qui intègre les principes de restauration et de maintien de la biodiversité au cœur de l’engagement de Natagora.

Sylviane Gilmont

www.natagora.be/laine