Mobilisation massive en France contre la réforme des retraites

AFP / P. Lopez

TGV, métros ou bus bloqués, écoles fermées et près de 250 cortèges organisés: syndicats, partis d’opposition et «gilets jaunes» engagent jeudi avec l’exécutif un bras de fer autour de la future réforme des retraites, promesse phare du quinquennat d’Emmanuel Macron.

A l’origine de l’appel, le futur «système universel» de retraites par points, censé remplacer les 42 régimes existants (fonctionnaires, privés, régimes spéciaux, complémentaires). L’exécutif promet un système «plus lisible» et «plus juste», quand les opposants s’attendent à une «précarisation» des retraités.

Transports à l’arrêt

Les transports sont perturbés ce jeudi matin avec 90% des TGV et 80% des TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Des grèves illimitées sont prévues à la RATP et à la SNCF où on s’attend déjà à un mouvement dans la durée.

«C’est fidèle à ce qui a été annoncé, il n’y a aucune alerte particulière, relevait la SNCF à 07H30. On constate qu’il y a très peu de voyageurs à bord des trains».

«On est sur un trafic conforme à ce qui a été annoncé mardi soir», assurait également à 07H00 un porte-parole de la RATP. «C’est même un peu mieux que prévu». Les lignes automatiques 1 et 14 fonctionnent normalement et la 8, qui devait rester fermée, a finalement ouvert à 6h30 dans sa partie sud-est avec un train sur quatre à l’heure de pointe.

Ce sera même un train sur deux dans le tramway et sur la 9 (portion est), contre respectivement un sur trois et un sur quatre annoncé. Enfin, 33% des trains roulent sur la 7, contre 25% attendus.

Les routes de l’agglomération parisienne enregistraient elles environ 127 km de bouchons à 07H40, un niveau considéré comme «faible» comparé à un jour normal, selon le site Sytadin de la Direction des routes Ile-de-France.

Jeudi noir aussi en perspective dans les transports à Strasbourg, Bordeaux, Marseille, Nantes ou Lille.

Dans le ciel, les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme de vols.

Plusieurs secteurs mobilisés

Il y aura aussi nombre d’écoles fermées. «70% des enseignants du primaire se sont déclarés en grève, et les taux dans le secondaire devraient être voisins, je n’ai jamais vu ça», a assuré mercredi Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU (premier syndicat).

Policiers, éboueurs, avocats, retraités ou transporteurs routiers – qui planifient des opérations escargots – appellent aussi à l’action. De même que des «gilets jaunes», le Parti socialiste, le PCF, La France insoumise et le Rassemblement national. Et 180 intellectuels, dont Thomas Piketty et Ariane Ascaride, face «aux offensives d’un gouvernement néolibéral et autoritaire».

Anticipant un mouvement long dans un contexte social tendu où les mécontentements se multiplient (hôpital, police, pompiers, enseignants, cheminots, «gilets jaunes»…), l’exécutif maintient le cap.

«Je ne renoncerai pas»

«Je n’y renoncerai pas», avait affirmé le chef de l’État qui a promis de s’exprimer «devant les Français au moment où je le considèrerai opportun».

Le projet précis de réforme sera dévoilé mi-décembre pour un passage au Parlement début 2020. D’autres syndicats peu coutumiers des manifestations sont de la partie: l’Unsa se rassemble en fin de matinée devant Bercy, et la CFTC laisse «libre» ses syndicats.

La suite du mouvement est déjà à l’ordre du jour, avec des assemblées générales en fin de journée dans les entreprises ou administrations, et une réunion vendredi matin de la CGT, FO, FSU, Solidaires, les organisations lycéennes Fidl, MNL, UNL et étudiante Unef.

Solidaires pousse à une nouvelle manifestation samedi, puis à une ou deux grèves interprofessionnelles, le 10 et/ou 12 décembre.

A Paris, le ministère de l’Intérieur s’attend à la présence de «quelques centaines» de «black blocs» et «gilets jaunes radicaux», «quelques milliers» dans tout le pays, une situation quasi habituelle depuis la loi travail de 2016. La préfecture de police a mobilisé près de 6.000 policiers et gendarmes.