Michel Denisot pour « Toute ressemblance » : « Je joue avec la fiction à partir d’histoires vraies »

Pigiste à l’ORTF, commentateur sportif sur TF1, il a fréquenté les monstres sacrés de la télé française comme Guy Lux, Yves Mourousi ou Thierry Roland. Mais il fut surtout le visage du Grand Journal de Canal+ de 2004 à 2013. Journaliste, animateur et producteur depuis plus de 40 ans, Michel Denisot signe à 74 ans son premier film, ‘Toute Ressemblance…’. Une comédie déjantée menée par Franck Dubosc sur les coulisses de la télé, qui confirme que le show-business est une drogue dure: difficile à arrêter.

‘Toute ressemblance’ est truffé d’anecdotes sur le milieu de la télé. J’imagine qu’on vous demande souvent si c’est vrai?

Michel Denisot: «Oui, et je réponds toujours cette phrase de Boris Vian qui est au début du film: ‘tout est vrai puisque je l’ai inventé!’ Ça résume bien la façon dont j’ai travaillé. Je joue avec la fiction, mais uniquement à partir de choses qui sont vraies. Je mélange des histoires pour en faire une.»

Malgré ce titre, il y a bien des aspects de votre film qui vous ressemblent?

«Je voulais qu’il n’y ait rien de moi, mais forcément c’est impossible. Je n’ai jamais présenté le journal de 20 heures, je suis marié depuis 45 ans, je ne prends pas de drogues… Malgré tout, les gens qui me connaissent m’ont dit que le film me ressemblait. Le ton, par exemple, c’est moi. Ou la musique. Le mélange des genres aussi, j’adore ça. D’où l’idée de faire jouer Franck Dubosc face à Denis Podalydès de la Comédie Française (rires)

Votre métier de présentateur télé implique de fréquenter beaucoup de monde du milieu culturel, politique… Comment on évite le conflit d’intérêts, le manque d’objectivité journalistique?

«Quand on fait une émission quotidienne, on ne reçoit pas que des gens qu’on aime. D’ailleurs ce n’est pas notre métier! On est censés interviewer tout le monde de la même façon. Ce n’est pas facile, mais c’est ça qui intéressant. Après, il faut essayer d’entretenir des bonnes relations, pour avoir les contacts directs, court-circuiter les communicants… Bon, je dis ça, mais moi je ne le faisais pas (rires). Je n’ai jamais invité quelqu’un de connu de chez moi!»

Votre pire interview?

«(Il réfléchit) Je ne veux pas être désagréable avec les gens, mais j’ai reçu Dorothée il y a très longtemps (animatrice d’émission pour enfants sur TF1 de 1987 à 1997, NDLR). Je voulais faire une interview d’elle en tant que personne (son vrai nom est Frédérique Hoschedé, NDLR), mais elle refusait de sortir du personnage de Dorothée. Toutes mes questions hors Dorothée, elle me les renvoyait, pas moyen de les poser!»

Une interview qui vous a touché particulièrement?

«Il y en a beaucoup… Je dirais Jacques Higelin et sa fille Izïa, chantant ensemble pour la première fois. C’était vers la fin du Grand Journal, un moment très émouvant. (Le Grand Journal s’est arrêté en 2017, et Jacques Higelin est mort en 2018, NDLR).»

Un de vos pires moments de télé?

«(Réfléchit) À Cannes, quand un type est arrivé avec un pistolet et une grenade. (En 2013, durant l’émission du Grand Journal délocalisé à Cannes pour le festival, un homme tire des balles factices sur le plateau, provoquant la panique et l’arrêt de l’émission, NDLR). Je ne sais même pas pourquoi il a fait ça. Après coup ils se sont avérés factices, mais sur le moment on a paniqué. On s’est enfermés avec Daniel Auteuil et toute l’équipe pendant dix minutes dans le local à côté. C’est là où j’ai dit ‘j’arrête’. Je vois des signes dans les choses: c’était ma neuvième année, je commençais à sentir que je n’avais plus le même appétit…»

Vous avez pris la bonne décision, alors?

«Ah oui. Mais ce n’était pas facile: c’était tellement bon (rires)

Elli Mastorou

Notre critique du film « Toute ressemblance… »

Le titre du film nous prévient d’emblée, mais impossible de ne pas chercher les ressemblances avec la vraie vie dans cette histoire sur les coulisses de la télé. Mensonges, coups bas, drogues, compliments: tout est inventé, mais tout est vrai. Pour son premier essai derrière la caméra, le journaliste et présentateur Michel Denisot brouille les pistes pour raconter l’histoire de CSG, alias Cédric Saint-Guérande (Franck Dubosc). Présentateur vedette du journal de 20h et très populaire auprès des Français, il n’évitera aucun sale coup quand le nouveau directeur de la chaîne tente de le remplacer. Sorte de ’99 francs’ version Paysage Audiovisuel Français, on ne retiendra pas de ‘Toute ressemblance’ son scénario, qui s’éparpille autour de son héros aussi charmant que salaud. Mais on ne lui demande pas tant. Niveau divertissement, le cahier des charges est largement rempli, grâce à un humour réparti entre comique de situation et répliques bien senties, mais aussi au défilé de stars et personnalités qui ont accepté de se prêter au jeu. (em) 3/5