Le Chat de Geluck, plus espiègle que jamais : « Je m’amuse toujours autant avec ce personnage »

LAURIE DIEFFEMBACQ / Belga

Le Chat vieillit, mais il n’en reste pas moins en bonne forme. À 36 ans, il est toujours adepte du politiquement incorrect. «Je m’amuse toujours autant avec ce personnage», assure son créateur, le maître Philippe Geluck.

Le premier gag du Chat ne fait pas dans la dentelle avec, d’entrée, une blague sur la burqa. C’est une façon de dire qu’on peut rire de tout?

«C’est sûr que débuter un album humoristique avec une blague sur la burqa, c’est comme débuter un concours de saut à la perche avec une barre à 6,5 mètres! C’est une façon de dire qu’on peut discuter de tout. Ce gag aborde la question de la burqa, mais sans prendre position pour ou contre, sans critiquer ou approuver. Il ne tend la perche à aucune critique. Il s’agit juste de faire une blague en tenant compte du fait que ça existe. Il faut arrêter de toujours avoir peur de parler de cela. Les femmes qui portent la burqa sont les premières à vouloir en parler! Il y a quelques années, un journaliste français qui était à Kaboul avait montré certains de mes dessins à ce sujet à des Afghanes. Elles en avaient bien ri! Elles-mêmes pensaient que le Chat prenait leur défense!»

Dessiner le Chat vous procure toujours autant de satisfaction?

«Oui, et j’en suis le premier étonné! Je m’amuse comme un gamin, les idées me viennent toutes seules… Et les lecteurs sont contents. Certains m’ont même dit que ce nouvel opus est mon meilleur! On pourrait aussi dire qu’il m’a fallu 37 ans pour faire quelque chose de bien, mais bon… (rires).»

Où trouvez-vous vos idées pour renouveler les pensées du Chat?

«C’est ma curiosité du monde qui nourrit la machine. S’il y avait un processus de création clair et reproductible à l’envie, je finirais par m’ennuyer. Il faut que Le Chat explore sans cesse de nouvelles contrées.»

Vous arrive-t-il de renoncer à des dessins, par crainte de choquer, ou de susciter une mauvaise réaction?

«Je ne me suis jamais rien interdit. Il peut m’arriver de trouver des choses inappropriées. Mais de manière générale, je pense qu’on doit rester politiquement incorrect.»

Le Chat, en tout cas, s’en prend à toutes les tendances. Il semble rire et s’interroger sur le véganisme…

«Tout m’intéresse, et le Chat parle donc de tout. Surtout des raisonnements extrêmes. Moi-même je suis sensible à la question de l’environnement, je fais des efforts (il a réduit sa consommation de viande et fait attention au plastique à usage unique, notamment, NDLR). Cela n’empêche pas de rire de cette question, comme de la religion, de la politique, de la société…»

Camille Goret

En quelques lignes

À quelques semaines des fêtes, le Chat est de retour. Il nous entraîne dans une rumba endiablée autour des clichés de société. De quoi mettre un peu d’eau au moulin des débats des repas de famille de la fin de l’année. Religion, véganisme, sexisme, environnement… Tous les thèmes du moment passent à travers ses griffes et en ressortent plus ou moins écorchés. De quoi ravir les amateurs du félin. (cg) 3/5

«La Rumba du Chat», de Philippe Geluck, Casterman, 48 pages, 12€