Les Combattants : 30 modèles pour donner envie de s’engager

Pas facile de choisir 30 personnalités qui ont marqué le monde pour avoir, chacun à leur manière, refusé l’ordre établi et tenté de changer le cours de l’histoire. Jean-Michel Billioud s’est prêté à l’exercice, et dresse le portrait de personnalités hors du commun, qui donnent envie de s’engager. Il explique ses choix.

Pourquoi avoir écrit et dessiné ce livre?

«J’avais envie de mettre en avant des modèles. Ce livre est fait pour des adolescents un peu informés et pour des adultes. Je ne cherche pas à leur dire: ‘regardez ces gens, comme ils s’engagent, c’est bien’. Je veux donner envie à chacun de s’engager, d’être prêt à mettre son énergie au service d’un combat. Et cela, même si le risque de succès est faible. J’ai gardé dans ma sélection Ludwik Zamenhof, l’inventeur de l’esperanto. Son combat n’a pas abouti, mais il s’est battu comme un lion pour faire avancer son projet et les valeurs qui vont avec. C’est cet engagement que je veux mettre en avant.»

Vous avez choisi 30 personnalités, plus ou moins connues. Comment avez-vous fait votre choix?

«Ça n’a pas été facile. Je souhaitais que chaque combat inclue une certaine universalité, qu’ils parlent à tout le monde. Il fallait donc ne pas couvrir uniquement le 20e siècle, mais aussi d’autres périodes. Je voulais raconter des combats qui me parlent, qui représentent quelque chose à mes yeux. Et je souhaitais également une égalité entre hommes et femmes. Sur ce dernier aspect, ça n’a pas été simple. Non que les femmes se soient moins battu que les hommes, mais leurs combats ont souvent été moins médiatisés.»

Une fois ces critères établis, le choix a-t-il été simple?

«Certains personnages m’ont posé question. Il y a par exemple Émile Zola. Il s’est battu contre la peine de mort et s’est insurgé contre l’antisémitisme, en prenant le parti de Dreyfus. Mais avant cela, il avait tenu des propos très limite sur les juifs! De même, Ernesto Guevara. Il a combattu pour des idéaux, mais il y a bien des aspects de sa personnalité qui posent question, ça n’était pas un tendre. Au final, c’est toujours la notion d’engagement qui l’a emporté. Et l’un comme l’autre se sont pleinement engagés, malgré les réserves que l’on peut avoir.»

À l’inverse, y a-t-il des personnages que vous regrettez ne pas avoir sélectionnés?

«Il y a une dizaine d’individus que j’ai dû laisser de côté. Il y en a deux que je regrette un peu plus. J’aurais voulu raconter le travail de Sigmund Freud, mais en l’occurrence, ça n’était pas forcément un ‘combattant’, malgré son puissant engagement. Je regrette aussi de ne pas avoir gardé le Docteur Denis Mukwege (récent prix Nobel de la paix, qui lutte contre l’utilisation du viol comme arme de guerre, ndlr). Il mène un combat indiscutable, et nous avons malheureusement peu d’Africains dans ce livre.»

Camille Goret

Notre critique de la BD « Les Combattants » :

Bartholomé De Las Casas, Émile Zola, Martin Luther King, Maria Montesori, Jane Goodall… Ils étaient écrivain, religieux, ou militant. Chacun à leur manière, ils ont contribué à changer le monde. Jean-Michel Billioud et Nicolas André dressent ici le portrait de 30 personnalités dont l’engagement a apporté un plus à l’humanité. Pour chacun d’entre eux, une brève présentation est suivie d’une double page en BD qui raconte un moment clé de leur combat. Ensuite, une dernière page fait le point sur ce que ce combat a apporté, qu’il se soit agi de lutter contre l’esclavage, contre la haine, ou pour l’éducation. On y découvre que le résultat de certains combats que l’on imagine gagnés reste très précaire, et que pour d’autres, tout reste à faire. Les auteurs alternent entre des personnages déjà connus que l’on prend plaisir à redécouvrir, et d’autres, moins célèbres ou dont on ne connaît que le nom, dont on découvre la vie et le combat. (cg) 4/5

«Les Combattants», de Jean-Michel Billioud et Nicolas André, Casterman, 126 pages, 18,5 €