La marche et la nature, meilleures alliées du psy

Au lieu du classique canapé entouré des quatre murs de son cabinet, le ou la psychologue peut aussi vous emmener marcher en forêt. Le mouvement induirait différentes dynamiques mentales agissant comme un accélérateur de changement. Metro a testé pour vous une séance psy en pleine forêt.

Calme et bienveillance, n’est-ce pas ce que nous ressentons le plus souvent lorsque nous sommes plongés au milieu de la forêt? Et marcher ensemble n’est-elle pas la condition idéale pour se confier? Lili Maurus, est psychologue clinitienne et criminologue (et elle a en poche également de nombreuses formations liées au développement personnel) et elle a décidé de sortir de son cabinet boitsfortois pour accompagner ses patients au cœur de la magnifique Forêt de Soignes. Aujourd’hui, on le sait, marcher permet de stimuler la réflexion, la parole et la mémorisation. En résumé, la psychologue aime citer l’écrivain français Jean Giono: «Si tu n’arrives pas à penser, marche. Si tu penses trop, marche. Si tu penses mal, marche encore.»

«Psycho-randonneurs»

Lili Maurus explique que depuis près de 15 ans, dans Central Park, à New York, on croise des psycho-randonneurs: «Ils emmènent leurs patients engloutis par l’anxiété, le stress ou les problèmes familiaux en balade pour un ‘walk and talk’ qui allie marche, écoute active, conseil et nature.» Et rien que de respirer l’air pur vous mettrait dans un «good mood», améliorant instantanément votre humeur, entre autres grâce à la sérotonine, la fameuse «hormone du bonheur».

Diminution du stress et meilleure concentration

Au-delà de la complicité générée par la marche en tandem et qui facilite donc l’échange et l’alliance thérapeutique, des études scientifiques ont démontré un puissant impact de la marche au niveau neurologique: «la mémoire à court terme est améliorée de près de 20%, on constate une meilleure concentration et une augmentation de 50% notre faculté à résoudre des problèmes d’une manière créative. Un bain de forêt de 30 minutes fait diminuer le taux de cortisol, ralenti la fréquence cardiaque, augmente l’activité du système vagal, celui qui gère le repos et diminue l’activité du système adrénergique, celui qui vous met en état d’alerte donc de stress, ainsi que l’anxiété et l’humeur dépressive», énumère la psychologue.

Puissant accélérateur d’évolution

Dans notre société, énormément de personnes sont déconnectées de leur corps. Nous aurions perdu l’habitude de l’écouter et donc de comprendre les signaux qu’il nous envoie. Or, ce dernier est en lien direct avec notre mental et agir sur le corps permet donc d’agir directement sur l’esprit: «L’action de marcher met la personne en mouvement et agit comme un puissant accélérateur d’évolution et de changement. La tête et le corps sont connectés, lorsque vous changez l’un, vous changez l’autre. En plus, plus on a de contrôle sur son corps, plus on sent que l’on peut avoir de la maîtrise sur sa vie», précise Lili Maurus, qui ajoute que symboliquement, à chaque pas que fait le patient, «il se décolle un peu plus de la problématique dans laquelle il s’est englué.»

Des métaphores qui marquent

En pratique: je retrouve Lili Maurus en bordure de la Forêt de Soignes (nous nous connaissons déjà, elle m’a reçue dans son cabinet plusieurs fois). Pendant une heure, nous allons marcher tranquillement et nous parler. Première impression, elle me semble plus proche, un peu comme une amie. Deuxième chose qui me saute aux yeux, je ressens une intense sérénité qui provient de ce cadre arboré qui me semble très sécurisant et bienveillant. Et puis, pendant notre discussion Lili va fréquemment me montrer des éléments de la nature qui résonnent particulièrement bien avec les sujets abordés. C’en est presque magique! Et comme on dit, une image vaut parfois mieux qu’un long discours. «Le cadre de la nature permet d’accéder à des prises de conscience et une symbolique porteuse de sens de situations problématiques souvent de manière plus rapide qu’en cabinet de consultation», confirme la psychologue.

Un exemple? Je lui dis que je ne veux pas de troisième enfant mais qu’au fond de moi j’ai du mal à faire ce «deuil». Elle me montre alors toutes les petites pousses autour d’un arbre. Ce sont des «bébés» hêtres. Parmi eux, seulement un ou deux deviendra un bel et grand arbre (si vous avez lu le livre «La vie secrète des arbres», vous avez probablement été marqué par cette information car en effet, un arbre, au cours de sa vie, n’engendrera qu’un ou deux descendants qui arriveront à l’âge adulte).

Autre métaphore: nous avons le choix de continuer notre chemin vers les hauteurs et la lumière ou de descendre un petit sentier sinueux, sombre, vers les zones marécageuses. Spontanément, j’entraîne nos pas vers ce sentier et je commence à aborder un sujet vraiment intime. Elle me dit alors qu’elle comptait aller vers les hauteurs et que mon choix du petit sentier corroborait parfaitement avec cette envie de m’épancher sur un sujet que l’on pourrait situer dans les «profondeurs de l’âme». En tout cas, la métaphore entre mes ovules et les jeunes pousses de hêtre me revient souvent à l’esprit! Je suis un peu plus détendue avec l’idée de faire en sorte que mes deux enfants deviennent de beaux et grands arbres centenaires plutôt que d’engendrer de nouvelles pousses…

Quoi qu’il en soit, seul, entre amis ou avec votre «psy», une heure de marche en forêt ne coûte rien et apporte un vrai bénéfice sur votre santé et votre mental.

Lucie Hage

www.lilimaurus.be