Des espaces verts pour s’adapter au changement climatique

Les espaces verts qui parsèment les territoires sont désormais au cœur de stratégies pour favoriser le retour de la biodiversité et contribuer à l’adaptation au changement climatique. Le parc Duden, à Forest, est un exemple de ce qui peut se faire en la matière.

De nouveaux arbres face au réchauffement climatique

Le parc Duden constitue le principal espace de nature du sud-ouest de la Région bruxelloise, dans une zone très densément peuplée. Il est donc devenu assez naturellement un lieu prisé des familles, des promeneurs, ainsi que des coureurs. Mais l’espace légué par Wilhelm Duden en 1911 à condition qu’il devienne un parc ouvert au public fait aujourd’hui face à des difficultés. Le réchauffement climatique, notamment, menace les hêtres centenaires.

En juin dernier, la commune a dû autoriser l’abattage de cinq arbres qui menaçaient de tomber sur les visiteurs, après que la canicule de l’été précédent les a considérablement affaiblis. Le bourgmestre a donné l’autorisation d’abattage en urgence, par nécessité, mais à contrecœur. «On a également commencé à travailler étroitement avec Bruxelles Environnement afin de trouver des solutions pour s’adapter à cette situation et éviter que cela ne se reproduise», explique la porte-parole du bourgmestre. À l’avenir, des solutions d’élagage ou de soutien seront mises en place pour éviter de nouveaux abattages, souligne encore la commune de Forest.

Il faudra surtout s’adapter à la nouvelle réalité climatique. Bruxelles Environnement travaille depuis plusieurs années avec des experts forestiers afin de développer une stratégie de régénération des massifs, «afin de permettre aux jeunes arbres, qui seront les arbres de demain, de se développer et de faire face aux changements climatiques». Les espèces qui sont replantées ont été choisies en veillant à leur adéquation avec le sol, mais également en prenant en compte les aspects historiques et paysagers ainsi que les changements annoncés. Ce sont ainsi des hêtres, chênes, érables, merisier, mélèzes et tilleuls qui ont été sélectionnés pour assurer le couvert forestier des décennies à venir. Cette liste pourrait encore évoluer, en fonction du changement du climat et des connaissances sur ce phénomène.

Des troncs morts

Les gestionnaires du parc ont également décidé de laisser des troncs morts sur pieds, mais aussi au sol, pour garantir un accueil de qualité pour la biodiversité des lieux. Une fois les arbres morts, leurs troncs se laissent envahir d’une quantité d’organisme qui s’y nourrit. Scarabées et fourmis, notamment, s’y réfugient, et transportent avec eux des bactéries qui vont travailler au démantèlement de l’arbre. Il deviendra ainsi un humus fertile, au bénéfice de toute la zone qui l’entoure.

Protéger le sol du piétinement

Dernièrement, les usagers du parc ont pu constater que des barrières de bois ont été installées en bordure des sentiers, limitant l’accès aux zones boisées. «Ces zones maintenues à l’écart du piétinement garantissent à de nombreuses petites plantes à fleurs la possibilité de réaliser leur cycle de reproduction, couvrant le sol d’un véritable tapis végétale coloré. La diminution du tassement du sol est bénéfique pour la flore en général, y compris pour les vieux arbres», souligne Bruxelles Environnement. Combinée à la bonne utilisation des troncs morts, cette mesure doit permettre d’offrir à la faune et à la flore locale l’opportunité de s’exprimer en trouvant des refuges adaptés, mais aussi, et surtout, permettre aux nouveaux arbres plantés de s’enraciner pleinement pour pérenniser le couvert arboré du parc.

Limiter l’érosion

On compte une différence d’altitude de 45 mètres entre le bas et le haut du parc. Dans ces conditions, le risque d’érosion est réel. Des fascines tressées ont été installées afin de retenir la terre ainsi que les résidus organiques qui avaient tendance à dévaler vers le bas du parc. «Nous essayons, avec notre équipe de jardiniers, de maximiser au mieux la matière organique qui pourrait être considérée comme ‘déchet’ en les réintégrant directement dans le site. À l’instar d’une sorte ‘d’économie circulaire’», explique Simon Fierens, de Bruxelles Environnement. Petit à petit, une végétation va s’y développer, et les racines permettront de fixer le sol.

Réapprovisionner la nappe phréatique

Du fait du fort dénivelé, il n’était pas rare de voir les eaux ruisseler sur les pentes du parc en cas de fortes pluies, pour se retrouver dans le bas de Forest et saturer le réseau d’évacuation des eaux de pluie. Des trous ont été creusés dans le sol, avec quelques rigoles pour y diriger l’eau en cas de fortes pluies. Cela doit permettre de garder un maximum d’eau dans le parc, afin que la végétation trouve l’humidité dont elle a besoin. Quand les précipitations sont suffisamment importantes, cela doit également «permettre à l’eau de s’infiltrer dans le sol et de réalimenter la nappe phréatique», souligne Simon Fierens. Enfin, la restauration du cycle naturel de l’eau permet de déconnecter les eaux pluviales du réseau d’égouttage. Cet aspect est d’autant plus important que la «artificialisation des sols», qui sont de plus en plus souvent recouverts de béton et d’asphalte, nuit à l’écoulement naturel de l’eau, et provoque des inondations.

Camille Goret