Voyage: Un road-trip le long des côtes bretonnes

«C’est joli la Bretagne, et puis c’est pas loin de la France.» Le comique français Coluche avait bien su résumer l’originalité de cette région en une seule phrase. La Bretagne est fantasque. La météo y change en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les arbres y poussent en prenant d’étranges formes et l’âme du roi Arthur y plane de façon quasi perceptible. À une journée de voyage de la Belgique, vous vous retrouvez dans un autre monde, où le temps ne semble avoir aucune prise sur le pays de Merlin.

Je dois bien avouer que mes souvenirs de cette région de France étaient on ne peut plus vagues! Quelques images seulement me revenaient en mémoire: le ciel gris, la mer sauvage battant la plage et une course au trésor débouchant sur la découverte d’un crabe mort… Je suis partie, sans la moindre préparation, dans l’espoir de trouver en chemin ce que je cherchais.

Des forêts de chênes tortueux

À vrai dire, ce sont surtout les amateurs de nature et les fans de culture qui seront comblés par cette région. Les maisonnettes séculaires se dressent dans un paysage d’arbres au moins aussi vieux. Si vous vous promenez dans les forêts bretonnes, vous n’aurez aucune difficulté à imaginer que cette région est le berceau de la légende du roi Arthur. Tout aussi enchanteur est le GR 34. Ce sentier de randonnée suit toute la côte bretonne et totalise un nombre impressionnant de kilomètres: 1.700! Après avoir fait quelques randonnées plus courtes, vous allez spontanément en redemander. Sur le tronçon entre Saint-Jean-du-Doigt et Beg Gracia, vous aurez l’impression d’être le jouet de la mer. À la Pointe de Barnénez, vous pouvez passer par la plage pour examiner de tout près les parcs à huîtres. Faites toutefois attention: la différence de hauteur entre marée haute et marée basse (c’est ce qu’on appelle le «marnage» dans le jargon) est énorme en Bretagne et a surpris plus d’un béotien!

Pour la visite éclair d’une île, vous êtes en Bretagne à la bonne adresse. Ne vous attendez pas à des paysages du type Ibiza, mais bien à de petites perles qui semblent plongées dans un continuum éternel. L’île de Batz est probablement l’une des plus connues – vous ne serez pas le seul touriste – mais est aussi de ce fait facilement accessible. Ce qui ne signifie d’ailleurs pas que vous en reviendrez déçu(e). La côte océanique de l’île est pratiquement déserte et vous pouvez vous y promener pendant des heures au milieu des herbes odorantes. Les amateurs de plantes seront ravis par le Jardin Georges Delaselle. Le microclimat qui y règne crée des situations tropicales. On dirait que des dinosaures vont surgir à tout moment d’entre les plantes!

Petits plaisirs citadins

Si vous voulez faire une pause et réfléchir à la suite de votre voyage, arrêtez-vous à Morlaix. La ville aura l’air un peu bizarre pour le visiteur non averti. Un viaduc massif, jadis bombardé par erreur par les Britanniques, se dresse au-dessus d’un ensemble de toits pentus et de magnifiques bateaux. Bien que ce ne soit en aucun cas un paysage breton typique, c’est justement cette contradiction qui vous permettra de respirer. Le caractère quasi industriel de Morlaix contraste fortement avec le reste de la Bretagne, qui n’a apparemment pas subi de changements trop intrusifs. Heureusement, les heures d’ouverture des établissements horeca, qui ferment leurs portes à 22 h, vous rappellent que vous êtes bel et bien loin de la ville.

La ville de Saint-Malo fait aussi penser à une Fata Morgana. D’ailleurs, en y arrivant, je me suis frotté les yeux afin de m’assurer que je ne voyais pas un mirage! Les maisons s’y élancent majestueusement vers le soleil jusqu’à presque le toucher! Saint-Malo est un méli-mélo de ville militaire austère, de proportions bizarres et, il faut bien l’avouer, d’un trop-plein de touristes. C’est néanmoins une étape indispensable de votre road-trip. Les amateurs d’architecture brutaliste seront comblés avec la piscine extérieure de Bon Secours. Et les fans de littérature ne seront pas en reste. Le fondateur du Romantisme, François-René de Chateaubriand, est enterré sur l’île du Grand-Bé devant la côte de Saint-Malo. Un véritable pèlerinage pour les incroyants!

Comme un coq en pâte

Dans les nombreux villages traversés, on ne remarque malheureusement que trop bien la désertification de la campagne française. Les boulangeries et les bars-tabacs entonnent petit à petit leur chant du cygne et le Français, tellement fier de son pain dans le temps, va chercher de plus en plus souvent sa baguette au supermarché. Heureusement, les crêperies émaillent régulièrement votre route pour y calmer votre faim! Le caramel au beurre salé n’est pas une tendance mode au pays de Merlin, mais un met régional à s’en pourlécher les babines. Avec un petit cidre (un lambig comme disent les Bretons), que demander de plus!
Ce qu’il y a de plus beau en Bretagne, c’est sans conteste le calme – d’autant plus si vous êtes habitué(e) à Bruxelles. Même si, ici aussi, le bruit du «monde civilisé» est rarement totalement inaudible. Comme toujours, vous devrez sciemment partir en quête des petites perles cachées. L’une d’entre elles est indubitablement La Grange de Coatélan. Une ferme du XVIe siècle, un chêne certainement aussi vénérable et de divines côtelettes d’agneaux élevés sur place. Pas besoin de plus pour se sentir chez soi. Bien entendu, les chambres aménagées de façon originale et les lits confortables constituent aussi un bel extra. Le propriétaire, Charlic, issu d’une famille noble, est un artiste et, pendant votre séjour, vous serez entouré de ces œuvres. De son côté, son épouse, Yolande, veille à ce que tout se passe bien et à ce que vous alliez vous coucher le ventre plein. Il n’a jamais été aussi facile d’être comme un coq en pâte!

Camille Van Puymbroeck