Editors : « Notre histoire est intimement liée à celle de la Belgique »

Rob Baker Ashton

Le 25 octobre, Editors a sorti un album best-of, composé de ses plus grands tubes, mais aussi de trois titres inédits et de huit versions acoustiques. Le groupe britannique est revenu avec nostalgie sur ses 15 années d’existence, particulièrement liées au public belge. Désormais, il souhaite entamer un nouveau chapitre, mais célébrera avant cela son anniversaire durant une tournée européenne, qui les verra passer par la Belgique.

C’est dans un hôtel de la capitale que nous rencontrons Editors pour parler avec eux de «Black Gold», leur album best of. Le groupe, qui est un habitué de Werchter et Pukkelpop, s’apprête à vivre une journée marathon de promotion en Flandre, où ils sont extrêmement populaires. Arrivés la veille au soir, les membres du groupe semblent fatigués, à commencer par Tom Smith, le chanteur charismatique de la bande. Celui-ci est accompagné par Justin et Eliott, qui ont rejoint Editors en cours de route. Accueillis par trois grands sourires et de généreuses poignées de main, nous avons donc parlé durant 30 minutes de l’histoire du groupe avec un parfum de nostalgie. Au fil de la discussion, on sent tout de même Editors impatients de fermer ce chapitre, afin d’en ouvrir un nouveau.

Pourquoi était-ce le bon moment de sortir un album best-of pour Editors?

Tom: «On en parlait depuis un moment et cela nous a pris du temps d’accepter d’éprouver cette sorte de nostalgie, car nous avions jusqu’ici toujours regardé vers l’avant, vers un nouvel album. Ici, la démarche est différente. Editors a fait trois albums avec Chris (ancien guitariste du groupe, ndlr) et trois autres avec les nouveaux membres. Il y avait donc une symétrie qui nous a fait dire: ‘Prenons le temps maintenant de réunir ce que nous avons fait en 15 ans et soyons nostalgiques de tout cela.’»

Au moment où Chris a quitté le groupe, on n’est pas passés loin de la fin du groupe…

Justin: «Au moment où le manager m’a contacté, il m’a bien expliqué dans quoi je mettais le nez. Editors était en crise mais se devait d’assurer les concerts qu’il avait bookés, à commencer par la tête d’affiche à Werchter. J’ai accepté de les rejoindre car je me suis dit que ce serait fun, mais on partait de rien.»

Tom: «Lorsqu’Eliott et Justin sont venus jouer ces quelques concerts, il n’était pas question de rejoindre le groupe et il n’y avait donc aucune pression. On a commencé à être liés artistiquement en composant ‘Sugar’ ensemble, c’est d’ailleurs avec ce titre que nous avons démarré notre show à Werchter et nous étions tétanisés. Mais le public a très bien réagi et le show s’est bien déroulé, ce qui nous a prouvé qu’il acceptait cette version du groupe.»

Si je comprends bien, l’histoire d’Editors est liée à la Belgique…

Tom: «Oui, car sans ce show, qui était d’ailleurs notre premier en tant que tête d’affiche, nous n’aurions pas fait appel à Eliott et Justin. On ne comprend pas trop pourquoi on est si populaires ici et, à vrai dire, c’est aux Belges qu’il faut poser cette question. Notre histoire est intimement liée à celle de la Belgique et elle résonne plus dans ce pays qu’ailleurs. Je pense que le public a un droit de revendication sur ce que l’on fait aussi. Ils se sentent investis dans notre histoire car ils se rendent compte qu’ils en font partie.»

Eliott: «Parfois, ce genre de relation arrive et tu ne peux pas vraiment l’expliquer. Il y a une sorte d’osmose qui se crée et on intègre alors la culture d’un pays.»

D’après vous, la longévité n’est pas cool, pourquoi?

Tom: «C’est le cas chez nous, au Royaume-Uni. Là-bas, il y a des nouvelles sensations tout le temps et les médias adorent cela. Ils veulent toujours découvrir la nouvelle pépite qui fera parler d’elle et qui alimentera leurs articles. Un groupe qui se maintient sur la durée, comme The Cure ou Depeche Mode ne les intéresse pas, alors que partout ailleurs ce sont des monstres sacrés. C’est un peu la même chose pour nous, dans une moindre mesure, ce qui justifie notre statut. On finit par ignorer cela, tant on sait qu’il y a un monde qui existe en dehors du Royaume-Uni.»

Sur cet album, on retrouve tous les hits d’Editors, 8 titres en acoustique et 3 inédits. Ça fait beaucoup!

Tom: «On voulait que chacun des albums soit représenté sur le best of car chacun a son importance. C’était assez simple et naturel de choisir nos morceaux, cela s’est fait par rapport à leur importance dans l’aventure Editors. On voulait offrir aux fans un album avec un peu de tout, et on a pris beaucoup de plaisir à enregistrer les trois nouveaux morceaux qui sont assez fun. Avec ‘Frankenstein’, le message que l’on veut faire passer c’est: sois aussi bizarre que possible parce que c’est comme ça que nous t’aimons. Pour ce qui est des morceaux acoustiques, c’est une corde en plus que l’on ajoute à notre arc.»

On se dirige vers des morceaux plus fun, comme «Frankenstein», à l’avenir?

Tom: «C’est encore trop tôt pour le dire. J’ai vraiment le sentiment que ces trois nouvelles chansons étaient la fin d’un cycle pour Editors. Le premier chapitre était avec Chris et son départ a marqué le début d’un chapitre 2 que l’on doit tout doucement refermer avec cette tournée pour commencer le troisième chapitre. Nous n’avons pas encore écrit quoi que ce soit. Ces deux dernières années on a fait pas mal de shows et avons fait beaucoup de choses musicalement. Ce best of était une façon de regarder une dernière fois derrière nous.»

Que peut-on attendre du concert à Anvers en février?

Tom: «Comme on ne fait pas la promo d’un album, ce sera une grande fête pour célébrer tout ce que l’on a pu faire ces 15 dernières années. On retrouvera donc la plupart des sons présents sur le best of et d’autres que l’on apprécie et que l’on n’a pas joués depuis des années. Parfois, notre musique est plutôt sombre, mais cela ne nous empêche pas de vouloir faire la fête avec nos fans.»

Editors sera en concert au Sportpaleis d’Anvers le 1er février prochain.