L’écoanxiété, le nouveau mal du siècle ?

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Le changement climatique nous met face à de nouvelles réalités. Conséquences parfois oubliées du réchauffement: celles sur notre bien-être. Les conséquences du réchauffement peuvent provoquer en nous un cocktail d’émotions: on se sent angoissé, inquiet, impuissant, nostalgique… Quels mots mettre sur cet état psychique? Et surtout, que recouvre-t-il vraiment?

L’environnement impacte notre bien-être psychique et nos émotions. Épuisement des ressources naturelles, déclin de la biodiversité, surconsommation, pollution, crise du plastique, vagues de chaleur… Les sentiments face au réchauffement climatique, chaque jour un peu plus médiatisé, varient: l’indignation, l’angoisse, la culpabilité, l’impuissance, la colère, l’inquiétude, la tristesse… Rare sont ceux qui sont entièrement indifférents à cette question. Et pour certains, tous ces problèmes environnementaux peuvent être vécus sur un mode très anxiogène.

Huit Belges sur dix inquiets pour le climat

En début d’année, un sondage Ipsos réalisé pour Le Soir indiquait que plus de huit Belges sur dix se disent inquiets face au changement climatique. Cela traduit bien que les changements environnementaux occupent l’esprit de nombreux citoyens.

De la prise de conscience découle parfois un mal-être important. Certains craignent l’effondrement de notre civilisation, d’autres des conditions de vie insoutenables pour leurs enfants, d’autres encore la modification de leur environnement, quand ils ne subissent pas déjà les conséquences immédiates du réchauffement. Lorsque les menaces qui pèsent sur notre planète angoissent particulièrement une personne, cette angoisse porte un nom: on parle d’écoanxiété.

L’écoanxiété, nouveau mal du siècle?

L’écoanxiété est ce sentiment de détresse face aux grands bouleversements de notre climat et de notre environnement, et aux conséquences potentiellement désastreuses et irréversibles qu’ils peuvent engendrer. Ce sentiment d’angoisse, voire de panique par moments, touche plus particulièrement les jeunes générations. Si l’écoanxiété n’est pas une nouvelle émotion en soi, elle se repend de plus en plus ces dernières années. Les citoyens sont de plus en plus sensibilisés, informés et conscients de cette problématique, extrêmement médiatisée qui plus est.

L’écoanxieux ne ressent pas forcément que des angoisses. L’écoanxiété peut aussi être liée à un sentiment d’impuissance: on se sent démuni, seul face à ces changements, sans savoir comment agir pour inverser la tendance. Elle peut aussi s’accompagner d’un sentiment de culpabilité lorsque l’on pose des actes que l’on sait néfastes pour l’environnement (comme réserver un vol en avion ou acheter une bouteille en plastique). Cette culpabilité peut être très lourde à porter psychiquement pour l’individu.

De la dépression à l’action

Ce mal-être, cette «dépression verte» peut avoir des conséquences sur l’individu comme le stress élevé, les insomnies, un mal-être psychique et physique… Avant d’être l’égérie que l’on connaît, Greta Thunberg avait traversé une période très difficile. En regardant un reportage télévisé, l’adolescente avait soudainement pris conscience de la brutalité et la radicalité des conséquences du réchauffement. Après cela, elle s’était sentie déprimée, avait arrêté ses leçons de piano, se nourrissait très peu, tombait dans un mutisme inquiétant…

Chez certains, ces angoisses sont si fortes qu’elles les empêchent même d’agir. Ils sont «éco-paralysés». Glenn Albrechet, philosophe australien spécialiste des questions environnementales, s’est penché sur cette éco-paralysie. D’après le philosophe, certains individus ressentent une forte apathie face à l’environnement, une complaisance. Un désengagement de la réalité qui serait, selon Glenn Albrechet, dû au ressenti psychothérapique, et non à une décision active de l’individu. Il aurait le sentiment qu’il ne peut rien faire qui serait suffisant. Chez lui, les sentiments d’angoisse, de peur et d’impuissance se manifesteraient donc par une paralysie face aux enjeux environnementaux.

Si chez certains ces angoisses sont tout à fait paralysantes, elles peuvent aussi se transformer en actions et permettre à l’écoanxieux de changer ses comportements et de s’engager dans la lutte pour le climat. Ce n’est pas Greta qui nous contredira.

Oriane Renette