Le slow sex, ou comment oublier le culte de la performance au profit du plaisir

Ph. Unsplash / V. Nordli

«Le temps c’est de l’argent», cette expression connue de tous serait l’ennemie numéro un de la mentalité slow sex. Vous pouvez donc mettre au placard les quickies et autres parties de jambes en l’air à la va-vite si vous souhaitez donner du crédit à ce concept. Prendre son temps pour éprouver plus de plaisir, c’est l’essence même du slow sex. Ainsi, ses adeptes préfèrent ralentir pour découvrir de nouvelles choses tout en étant connectés à leurs émotions.

Le slow sex, ou littéralement «sexe lent» en français, kézako? Il s’agit en fait d’une façon ralentie de faire l’amour qui se détache de toute forme de pulsion à assouvir. Le but est d’éveiller pleinement ses sens de toutes les manières possibles afin de prendre un maximum de plaisir. Cet éveil, c’est bien joli, mais cela prend du temps et c’est précisément ce qui est au centre du concept. Il s’agit donc de ralentir le rythme sans chercher à tout prix à atteindre l’orgasme, afin de se laisser surprendre par ce dernier.

Dans «Slow Sex, faire l’amour en conscience» (Almasta Éditions, 2013) la sexologue Diana Richardson résume parfaitement le concept: «Nous proposons de ralentir et d’être pleinement présents à chaque instant de la relation sexuelle au lieu de faire l’amour d’une façon si intensément tournée vers l’orgasme que nous passons à côté de la possibilité de ressentir de subtiles nuances tout au long de l’union sexuelle.» Alors, on s’y met?

Préparer le terrain

Ces moments précieux, ils ne s’improvisent pas, comme vous pouvez vous en douter. Dans son livre «L’art de faire l’amour à une femme», Linda Lou Paget insiste sur l’importance de se mettre dans de bonnes dispositions avant de passer à l’acte. Dès lors, un repas au restaurant ou une petite balade romantique sont de belles entrées en matière pour faire monter progressivement la tension qui peut exister entre vous et votre partenaire. Le jeu des caresses et des baisers volés peut d’ores et déjà être présent, tant qu’il ne prend pas le dessus sur le reste.

Une fois rentrés chez vous, la première chose à faire, c’est de couper ses téléphones afin de ne pas être interrompu dans ce moment intime. Ensuite, installez-vous dans un cadre que vous trouvez confortable et que vous avez rangé auparavant. Tout est bon pour le rendre agréable: bougies, encens, musique adaptée, lumière tamisée,etc.

Ne pas lésiner sur les préliminaires

Maintenant que vous êtes dans un environnement confortable, plus rien ne peut vous empêcher de vous abandonner l’un à l’autre. Toutefois, vous êtes encore bien loin de la pénétration. En effet, si vous devenez adepte du slow sex, ce moment deviendra même dispensable tant les objectifs sont ailleurs. Pour réaliser de bons préliminaires, l’une des choses primordiales est le dialogue au sein du couple. Outre le fait de connaître les envies et les préférences de l’autre grâce à des discussions avant, pendant, ou après l’acte sexuel, il s’agit avant tout de s’exciter. Vous l’aurez sans doute remarqué, on ne fait pas mieux pour faire monter la tension sexuelle. Jouez avec les mots: dites à votre partenaire à quel point il vous excite, ce que vous avez envie de lui faire ou à quel point vous l’aimez. Accompagnez tout cela de tendres baisers et de caresses, en mettant toujours le désir au centre de la sexualité pour remplacer la simple pulsion sexuelle.

Nous sommes donc rentrés dans le vif du sujet et la prochaine étape, c’est bien évidemment celle des préliminaires. Ce moment, parfois un peu bâclé par les couples, est essentiel avec l’approche du slow sex car il rend réel tout le désir qui a pu s’accumuler auparavant et permet enfin d’entre en fusion de façon concrète. C’est précisément pour cela que la pénétration devient accessoire. Il ne s’agit plus là d’un pont pour accéder vers la pénétration mais d’une destination en soi. À vous de profiter de ce havre de plaisir à votre façon, toujours en symbiose avec votre partenaire.

Oublier le culte de la performance

Vous l’aurez compris, on est donc bien loin d’une recherche de l’orgasme à tout prix. Au contraire, la temporalité des rapports change complètement et la lenteur est une découverte pleine de surprises. L’orgasme devient quelque chose de provoqué par le plaisir et non son but. On s’éloigne de ce qui est surreprésenté dans la pornographie depuis toujours. Il est néanmoins compréhensible que ce modèle prédomine, puisque le premier contact avec ce monde se fait en moyenne à 12 ans chez les garçons et 13 ans chez les filles, d’après une étude réalisée par l’Université de Liège.

Tout est une histoire de connexions, entre son corps et sa tête, mais aussi avec l’autre. Pour vous et votre partenaire, il s’agit donc de faire passer la performance au second plan, ce qui permet aussi de faire retomber la pression et de s’enlever une certaine forme de responsabilité. Ce qui compte, c’est le voyage effectué ensemble, rempli d’amour et de passion, pas la destination. Le slow sex est une façon de remettre au centre des préoccupations la personnalité de l’autre, dans un élan d’altruisme et de partage. Quoi de plus beau pour deux êtres qui souhaitent consommer leur amour, finalement?

Sébastien Paulus