Nick Murphy : « Ma musique vient de mon cœur, pas de mon nom »

AFP / T. Wargo

Alors que le grand public l’avait découvert sous le nom de Chet Faker avec des titres comme «Gold», «Drop the game» ou «No Diggity», il surprenait son monde il y a deux ans en changeant d’identité scénique. Il était alors revenu avec son vrai nom, Nick Murphy. Dans la foulée, le chanteur avait livré un concert, en patron, sur la scène de Forest National. Cette année, l’Australien revient chez nous, à l’Ancienne Belgique, ce 20 octobre. Il y présente son album «Run fast Sleep Naked», sorti en mars dernier.

Pourquoi avoir changé de nom il y a deux ans?

«Je fais beaucoup de choses artistiquement parlant. Parfois je ressens que les gens sont un petit peu confus quant à mon travail. J’ai eu le sentiment que je devais faire de la musique librement, sans avoir à me préoccuper du nom que j’empruntais. Je suis devenu très populaire sous le nom Chet Faker, et j’en suis reconnaissant, mais avec ce nom, je me limitais à ce que les gens attendaient. Sous mon vrai nom, je peux arrêter de penser à ce que je dois faire et être moi-même, cela me permet d’élargir mon horizon. Chet Faker fait partie de moi. Ma musique vient de mon cœur, pas de mon nom. La plupart des gens ont compris ce changement. Ceux pour qui ce n’est pas encore clair le comprendront quand je sortirai des nouvelles choses car cela prendra tout son sens.»

Cela veut dire qu’un retour au studio est bientôt prévu?

«Je suis toujours en train de travailler sur de nouvelles choses, cela prend simplement beaucoup de temps. L’industrie de la musique est ce qu’elle est, c’est un monde un peu pourri. Je n’ai donc pas la liberté de sortir ce que je veux, quand je le veux, par rapport aux labels. C’était plus simple avant, quand je pouvais simplement poster mes créations moi-même sur le net. J’ai énormément de contenu en stock et j’espère rapidement pouvoir sortir des nouveaux sons. Tout ce que je veux faire, c’est donner de la musique aux fans.»

L’album que vous avez sorti en mars s’appelle «Run Fast Sleep Naked», d’où vient ce nom?

«J’ai trouvé ce titre quand j’avais 17 ans. Je voulais nommer mon premier album comme ça, mais j’ai fini par oublier avec le temps. J’ai rangé il y a quelque temps dans le garage de ma mère et j’ai trouvé une feuille de papier où c’était écrit. Comme je n’avais pas encore trouvé de titre pour l’album que j’écrivais, j’ai gardé «Run Fast Sleep Naked». C’est parfaitement logique car cela correspond à la mentalité que j’avais quand j’étais plus jeune. Je voyageais partout dans le monde à un rythme fou, autant et aussi vite que je le pouvais.

Revenir à ce titre pour le premier album que je sors sous mon vrai nom, ça tombe sous le sens. Ce «credo» me manque car je suis addict aux nouvelles choses. Je n’aime pas rester statique et tomber dans la routine. Je veux voir de nouvelles choses et ressentir le chaos de l’existence. C’est une démarche intense et tu ne peux pas faire cela tout le temps, sinon tu vieillis très rapidement (rires).»

Ce chaos, on peut le ressentir dans votre musique, mais il semble organisé. Comment rendez-vous cela possible?

«C’est un travail très compliqué, un processus permanent et en s’y attelant encore et encore, cela finit par avoir du sens. C’est précisément le travail d’un artiste. C’est prendre ce chaos, et le traduire en quelque chose que le public peut comprendre. C’est réellement comme ça que de nombreux grands artistes décrivent leur travail. Tout le monde n’arrive pas à gérer le chaos, donc c’est mon rôle d’aider les autres à se sentir mieux et à vivre mieux.»

Le public visé par cet album semble plus spécifique qu’auparavant…

«Oui, car il est très personnel. J’ai appris de nombreuses choses sur moi-même durant son écriture, et je voulais capturer cela pour tous ceux qui passent par la même chose que moi, pour ceux qui sont en train d’apprendre qui ils sont. J’étais dans une phase qui m’a rendu très triste, en colère et complètement perdu. C’est normal de ressentir tous ces sentiments, mais ils ne doivent pas vous contrôler. Soyez vous-même, sans vous soucier du regard des autres! C’est un cliché mais c’est tellement vrai. Les prochains albums vont ouvrir de nouvelles portes et les gens comprendront pourquoi cet opus était si important dans mon processus artistique.»

À la première écoute, c’est difficile de rentrer dans l’album et pourtant, il devient meilleur après chaque écoute de plus. Comment fait-on cela en tant qu’artiste?

«Je ne sais pas, mais avant tout merci beaucoup car je prends cela comme un vrai compliment. Je ressens exactement la même chose par rapport à mes albums préférés. Parfois, les choses les plus importantes dans la vie sont comme ça. On connaît tous un garçon ou une fille qui, à première vue, nous agaçait terriblement. Puis, tu traînes avec cette personne et ce qui t’énervait chez elle, tu commences en fait à l’apprécier. Un bon album, c’est exactement comme ça: quand il te dit la vérité, tu ne l’aimes pas à première vue puis tu finis par l’accepter. Mais c’est un processus que je ne comprends pas bien moi-même.»

Vous êtes une personne plutôt introvertie. Est-ce que cela reste difficile pour vous de partager votre musique avec le public?

«Oui et non. Ça demande toujours beaucoup de se produire sur scène, je le paie cher. Depuis le début de ma carrière, j’ai joué des centaines de fois et je ne me souviens pas d’une seule fois où je me suis dit que c’était facile. Mais ça fait désormais partie de moi et je suis prêt à jouer lorsque l’on me le demande. Je pense que c’est une bonne chose pour le public d’assister à cela sur scène, de voir que même si c’est dur je le fais quand même car je veux partager mon univers avec eux. La scène est très intense, il y a beaucoup de monde qui me regarde et je dois beaucoup donner pour eux. Tu ne peux pas être égoïste sur scène même quand tu ne te sens pas bien. Tu dois ouvrir ton cœur quoiqu’il arrive.»

Quelle place a le côté visuel du show à vos yeux?

«Je m’investis toujours dans l’aspect visuel des concerts. Pour cette tournée, j’ai des effets visuels que j’adore. Cela magnifie toujours ce qui est joué sur scène. C’est amusant car notre show est plus petit, mais également plus grand que par le passé. Avant, nous étions cinq sur scène et nous ne sommes désormais plus que trois, ce qui laisse plus de place pour les images que l’on projette. C’est peut-être le côté le plus excitant de cette tournée.»

La dernière fois que vous êtes venu, c’était à Forest National. Vous en gardez un bon souvenir?

«Je suis très impatient de revenir à Bruxelles, d’autant plus que le concert est sold out. Je me souviens très bien de Forest National, c’était incroyable. Un ami avait filmé l’intégralité du show et la vidéo de «Sanity» a été tournée essentiellement lors de ce concert. Cette fois-ci, j’espère pouvoir visiter la ville car la dernière fois, je n’en avais pas eu l’occasion.»

Sébastien Paulus