Babak Anvari évoque Wounds, son film d’horreur pour Netflix

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Le réalisateur Babak Anvari est né à Téhéran, mais vit à Londres depuis qu’il y a fait ses études dans une école de cinéma. Il y a trois ans, il avait déjà montré un bel échantillon de ses capacités avec le film de fantômes ‘Under the Shadow’. Aujourd’hui, il y ajoute l’obscur body horror ‘Wounds’. Un homme à l’imagination sombre, disons.

Dans la compétition officielle de Cannes, Netflix n’est toujours pas le bienvenu, mais cela ne veut pas dire que le service de streaming soit absent du festival. Prenez le film ‘Wounds’. Après avoir produit le premier film de Babak Anvari ‘Under the Shadow’, Netflix a sauté sur l’occasion de produire aussi son deuxième film en tant que réalisateur, l’histoire d’un barman (Armie Hammer) qui découvre que la réalité est plus étrange et plus lugubre qu’il ne s’était imaginé. Netflix a finalement choisi la section de la Quinzaine des Réalisateurs pour présenter cet intrigant body horror au public européen. Pas en compétition officielle, certes, mais Anvari s’en fiche complètement, vu le grand enthousiasme avec lequel il nous parle de son film.

Quels célèbres prédécesseurs aviez-vous en tête en tournant ‘Wounds’?

Babak Anvari: «David Cronenberg surtout, et un peu David Lynch. Je suis aussi un fan obsessionnel de la trilogie des ‘appartements’ de Roman Polanski: ‘Rosemary’s Baby’, ‘Repulsion’ (‘Répulsion’) et ‘The Tenant’ (‘Le Locataire’). Dans le domaine de la littérature, la ‘weird fiction’, comme on dit, m’a toujours intriguée. H.P. Lovecraft en est le parrain, mais Nathan Ballingrud, qui a écrit l’histoire sur laquelle est basé ‘Wounds’, en est un digne héritier.»

Pourquoi avoir choisi cette l’histoire de Ballingrud ‘The Invisible Filth’ en particulier?

«Je me disais qu’elle était parfaite pour succéder à ‘Under the Shadow’, mon premier film. C’était l’histoire d’une femme qui parvenait à résister à l’oppression et à se libérer. ‘Wounds’ quant à lui parle d’un homme qui pense qu’il peut tout prendre selon son bon vouloir, du fait qu’il est beau et charmant. Mais en réalité, il n’a pas de valeurs et il est creux à l’intérieur. Je trouvais que c’était une bonne métaphore d’un problème actuel.»

Le film parle aussi de la lutte des classes. Qu’est-ce qui était déjà dans la nouvelle originale et qu’avez-vous rajouté dans le film?

«La nouvelle aborde le sujet indirectement, mais je voyais des tas de possibilités pour développer ces idées. J’ai compris que je pouvais en faire un film qui plairait dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Je ne voulais surtout pas faire la morale. Vous pouvez voir ‘Wounds’ comme un pur divertissement horrifique, mais vous pouvez aussi y voir des couches plus profondes. J’aime l’horreur parce que c’est un genre qui vous donne la possibilité d’aborder, par le biais de métaphores et d’allégories, toutes sortes de sujets sensibles et difficiles. Ici, il s’agissait de cette masculinité toxique, ou la manière dont des Millennials se cachent derrière leurs gadgets.»

L’horreur est très populaire en ce moment. Trouvez-vous difficile de proposer quelque chose qui soit encore original?

«Vous devez savoir que je suis, en réalité, une terrible mauviette (rires). Il n’en faut pas beaucoup pour m’effrayer. Ma stratégie est donc de chercher les choses qui me font peur et de les partager ensuite avec le reste du monde. Mes films sont le reflet de mes propres phobies et angoisses. Et celles-ci sont nombreuses. Les cafards, par exemple, comme vous pouvez en déduire de ‘Wounds’ (rires). J’essaie de croire mon côté rationnel selon lequel le surnaturel n’existe pas, mais j’ai aussi un autre côté qui, hélas, est capable de crier beaucoup plus fort. C’est aussi la raison pour laquelle je me consacre à l’horreur. C’est un genre très thérapeutique.»

Qu’est-ce qui vous a amené à Armie Hammer pour le rôle principal?

«Ce n’était pas simple. Il nous fallait quelqu’un de charmant, mais qui devait être sexy aussi. Au début du film, il donne l’impression de quelqu’un avec qui on a envie d’aller boire une bière, mais au fur et à mesure que l’histoire avance, vous commencez à vous poser des questions à son sujet. Je dois avouer que j’étais nerveux quand je suis allé présenter ce scénario à Armie, car ‘Wounds’ est très différent des films qu’il a faits jusqu’ici. Mais il trouvait que c’était justement une bonne raison de le faire. Il s’est d’ailleurs donné à fond. Il suffit de voir l’incroyable transformation qu’il subit au cours du film.»

Ruben Nollet

En quelques lignes

Vous êtes du genre à préférer un film qui explique tout dans les moindres détails? Dans ce cas, ‘‘Wounds’, le film de Netflix, ne sera probablement pas votre tasse de thé. Le réalisateur Babak Anvari – dont le premier film ‘Under the Shadow’ vaut certainement la peine d’une petite recherche – s’est inspiré de la nouvelle ‘The Invisible Filth’ de Nathan Ballingrud. Cet écrivain américain, quant à lui, est clairement un admirateur des grands maîtres de l’horreur comme H.P. Lovecraft, qui inventèrent des histoires de menaces insidieuses qui planent sur l’être humain, mais dépassent sa compréhension. ‘Wounds’ est un film d’horreur obscur qui se passe dans et autour du Rosie’s Bar, un café de la Nouvelle Orléans. L’homme derrière le comptoir s’appelle Will et pense qu’il peut se passer d’une personnalité ou d’ambitions car il ressemble à s’y méprendre à Armie Hammer. Cette conviction est mise à l’épreuve lorsqu’il entre en possession d’un GSM et découvre une tout autre réalité (bien plus dangereuse). ‘Wounds’ est finalement trop vague et les personnages sont trop vite brossés pour laisser des blessures profondes. Mais le mélange purulent de paranoïa perceptible, d’horreur physique et de concepts intrigants, vaut néanmoins la peine d’un petit essai. Du moins, si vous avez l’estomac bien accroché.(rn) 3/5